| Pendant que les ex-salariées de
lusine Palace Parfums de Saint-Nicolas-dAliermont, déménagée en catimini à
Noël 2002, couraient après leurs indemnités devant les prudhommes, leurs
présumés « vrais patrons » étaient condamnés par la justice. Cest que
lenquête préliminaire ouverte fin janvier 2003 a abouti à une audience
correctionnelle qui sest soldée par un jugement le 15 juin dernier. Parfums des
Champs et leur gérante, Peggy Maaz, ont été condamnés à une amende.Si les victimes
ont souvent intérêt à porter leur différend sur la place publique, pour frapper
lopinion sur leur triste sort à travers les médias, la justice en revanche ne
saccommode pas des tam-tams et autres caisses de résonance, et elle avance en
silence. Ce qui ne veut pas dire que sa discrétion et sa lenteur ne saccompagnent
pas de quelque résultat. Ainsi dans laffaire Palace
Parfums, qui avait à juste titre ému lopinion en janvier 2003, les véritables
responsables ont-ils été sanctionnés récemment par le tribunal correctionnel de
Pontoise à 30 000 euros damende pour la société Parfums des Champs, et à 8 000
euros pour sa gérante de lépoque, Peggy Maaz, remplacée depuis à la tête de la
société par son frère Rony. Et comme pour « frapper » Al Capone les « Incorruptibles
» enquêteurs des années trente lavaient coincé pour fraude fiscale, cest
pour non déclaration douverture détablissement, direction dun
établissement sans désignation de responsable et mise sur le marché de produits sans
avoir prévenu le centre anti-poison que les Parfums des Champs et Peggy Maaz ont été
condamnés.
Cette nouvelle ne consolera sans doute pas entièrement les ex-salariées de
Palace Parfums, la société qui conditionnait à Saint-Nicolas-dAliermont les
parfums fabriqués dans les usines de Parfums des Champs. Mais elle leur redonnera
peut-être confiance en la justice. Leur usine aliermontaise avait en effet été
liquidée tambour battant en janvier 2003. En rentrant de leurs congés de Noël, les
ouvrières avaient découvert une usine vidée, danciens patrons disparus dans la
nature, et un gérant-homme de paille, Philippe Nanot, dont la mission consistait à
solder la boutique
Perquisition au château
dEnghien
En même temps que laffaire devenait très médiatique
- avec notamment la déclaration du ministre des Affaires sociales de lépoque,
François Fillon, accusant « les patrons voyous » - la procédure judiciaire était
enclenchée.
Les gendarmes de la compagnie de Dieppe sintéressaient aux anciens
gérants de Palace Parfums, parmi lesquels Mme Peggy Maaz, et à M. Nadim Khouri Klink, un
ami de Mme Maaz qui sétait présenté devant les salariées de Palace Parfums comme
étant « le patron de la société ». Les enquêteurs établissaient les liens entre
Parfums des Champs et Palace Parfums avant octobre 2002, époque à laquelle la société
aliermontaise avait été « refilée » à Philippe Nanot et à un autre gérant
prête-nom, M. Nassim Benchabane.
Accompagnés de leurs collègues du Val-dOise, les gendarmes dieppois
avaient notamment perquisitionné mi-janvier 2003 au siège des Parfums des Champs, le
luxueux château « écossais » dEnghien-les-Bains, en région parisienne. Cette
perquisition et cette enquête devaient déboucher bien plus tard sur les mises en
accusation de Parfums des Champs et de Peggy Maaz par le parquet de Pontoise, dans le
Val-dOise.
Car si les gendarmes dieppois avaient établi que des feuilles de paie au nom
des salariées de Palace Parfums avaient été établies depuis le château
dEnghien, siège des Parfums des Champs - ce qui permet aujourdhui aux
ex-salariées de revendiquer des indemnités supplémentaires pour le travail effectué à
domicile pour le compte de Parfums des Champs - leurs collègues du Val-dOise
avaient visiblement mis la main sur dautres éléments.
Personne à laudience
Ces éléments ont été transmis au parquet de Pontoise qui
a donc diligenté une enquête. Celle-ci sest traduite par une citation du Procureur
de la République devant le tribunal correctionnel de Pontoise. Une première audience
prévue le 23 mars dernier a été renvoyée, seul le liquidateur de Palace Parfums
sy étant présenté. Une seconde citation a été envoyée par lettre recommandée
le 13 avril dernier pour que les absents également cités soient présents. Mais ni la
société Parfums des Champs, ni Mme Peggy Maaz, son ancienne gérante jusquau
printemps dernier et la gérante de Palace Parfums jusquen octobre 2002, nont
réclamé ce courrier recommandé. Il ny avait donc évidemment personne à la
seconde audience et pour entendre le jugement qui a été prononcé le 15 juin dernier.
Palace Parfums relaxé
Tous poursuivis pour les mêmes motifs, Palace Parfums,
Parfums des Champs et Peggy Maaz nont pas connu le même sort. Palace Parfums, dont
le liquidateur est Me Philippe Leblay, a évidemment été relaxé, car selon le tribunal
« il convient de constater lextinction de laction publique en ce qui concerne
la société qui est liquidée ».
En revanche, Parfums des Champs a été condamné à 30 000 euros damende,
et Mme Peggy Maaz à 8 000 euros damende pour « ouverture ou exploitation non
déclarée dun établissement de fabrication, de conditionnement ou
dimportation de produits cosmétiques, direction dun établissement de
fabrication, de conditionnement ou dimportation de produits cosmétiques sans avoir
désigné de personne qualifiée responsable » et pour « mise sur le marché de produits
cosmétiques sans transmission préalable au centre anti-poison des substances utilisées
».
Il est amusant de noter que les faits ont été commis à Enghien-les-Bains
seulement pour Mme Maaz, mais à Enghien et à Saint-Nicolas-dAliermont pour la «
personne morale » Parfums des Champs qui, jusquau printemps dernier, était la
même
Enfin, à défaut de règlement de lamende, le tribunal précise que « la
contrainte de corps sexercera sil y a lieu à lencontre des Parfums des
Champs et de Mme Peggy Maaz ». Ce qui signifie quà défaut de paiement, les
condamnés pourraient être physiquement interpellés et présentés devant le tribunal.
Cest peu probable, mais ça ne manquerait pas dintéresser au plus haut point
les ex-salariées de Palace Parfums
O. B.
Au Conseil des
prud'hommes
Les indemnités des ex-Palace Parfums
attendront le 20 octobre
Après Eddy et Rony, quel autre membre de la famille
Maaz allait bien pouvoir se présenter mercredi après midi au tribunal des
prudhommes ? En tout cas sûrement pas Peggy, lintrouvable et mystérieuse
ex-gérante de la défunte entreprise Palace Parfums. Le tribunal des prudhommes
reste partagé sur les indemnités réclamées par les salariés. Il faudra donc attendre
le 20 octobre.
Aujourdhui, je crains le pire » lançait avant le début de
laudience lune des anciennes salariées de lentreprise. Et le pire
nest pas venu. Le meilleur reste peut-être à venir. En réalité, il ne sortira
pas grand-chose de ce nouvel épisode judiciaire.
« Ils ne sont pas capables de nous juger. Aujourdhui, lautre partie
nétait pas là. A croire quils étaient au courant de ce qui allait se passer
» lance une autre salariée à peine cinq minutes après le délibéré. Dans la salle,
les plaignants repartent dans le calme habitués de ce genre de non décision.
Malgré tout, limbroglio qui alimente régulièrement toutes les
spéculations a trouvé un nouvel écho mercredi devant le conseil des prudhommes.
Lentreprise de conditionnement et de vente en gros qui était installée à
Saint-Nicolas-dAliermont na plus aucune existence, sinon devant les tribunaux.
« Jamais lancienne gérante nosera venir face à nous »
affirmaient en juillet dernier les salariées de lentreprise aliermontaise. Une
prédiction vérifiée mercredi. Mais laffaire Palace Parfums nest plus
aujourdhui que lun des épisodes de ce feuilleton judiciaire aux allures
dun interminable Dallas. Car dans le collimateur de la justice une autre société
pointe son nez. Lentreprise Parfum des Champs qui crée et distribue des parfums
serait en réalité au cur du système. Client unique de Palace Parfums, Parfum des
Champs poursuit toujours ses activités. La société aliermontaise assurait en réalité
lenrichissement de lautre entreprise à moindre coût. Un coût que les
salariées ont payé le prix fort. Aujourdhui, celles-ci réclament des comptes et
des têtes au premier rang desquels figure Peggy Maaz, gérante de la société
jusquà lautomne 2002.
« Des dossiers dévidence »
En juillet dernier, lavocate dieppoise, Marie-Pierre
Ogel, représentant les salariées, réclamait la requalification de 19 contrats à durée
déterminée en contrat à durée indéterminé en sappuyant sur le code du travail.
Un moyen comme un autre de trouver le chaînon manquant dans cette obscure affaire et
récolter des indemnités et des dommages et intérêts pour les salariées. De leur
côté, les avocats parisiens de lentreprise avaient insisté sur le « caractère
injustifié » dune requalification, puisquil y a prescription au moins pour
six dentre eux.
« Pour treize dossiers, la partie adverse reconnaît les irrégularités »
explique Maire-Pierre Ogel. Et dajouter : « Ce sont des dossiers dévidence.
Je suis choquée quil ny ait pas de décision. On se moque de nous mais nous
ne baisserons pas les bras. Nous nous battons contre des patrons voyous. Je croyais que la
justice viendrait à notre secours ». La juridiction paritaire (moitié représentants
des syndicats, moitié du patronat) du conseil des prudhommes nayant pu
trancher, il faudra attendre le 20 octobre à 9 h 30, et la nomination dun magistrat
professionnel pour savoir si les salariées auront droit à des indemnités. La moitié
dentre elles a dû prendre une journée de congé pour se rendre au tribunal de
Dieppe. Quant à lautre moitié, elle est toujours au chômage.
L.H. |