Journal du vendredi 8 octobre 2004

En marge de l'affaire Palace Parfums
Les Parfums des Champs condamnés
à 30.000 euros d'amende

Pendant que les ex-salariées de l’usine Palace Parfums de Saint-Nicolas-d’Aliermont, déménagée en catimini à Noël 2002, couraient après leurs indemnités devant les prud’hommes, leurs présumés « vrais patrons » étaient condamnés par la justice. C’est que l’enquête préliminaire ouverte fin janvier 2003 a abouti à une audience correctionnelle qui s’est soldée par un jugement le 15 juin dernier. Parfums des Champs et leur gérante, Peggy Maaz, ont été condamnés à une amende.Si les victimes ont souvent intérêt à porter leur différend sur la place publique, pour frapper l’opinion sur leur triste sort à travers les médias, la justice en revanche ne s’accommode pas des tam-tams et autres caisses de résonance, et elle avance en silence. Ce qui ne veut pas dire que sa discrétion et sa lenteur ne s’accompagnent pas de quelque résultat.

Ainsi dans l’affaire Palace Parfums, qui avait à juste titre ému l’opinion en janvier 2003, les véritables responsables ont-ils été sanctionnés récemment par le tribunal correctionnel de Pontoise à 30 000 euros d’amende pour la société Parfums des Champs, et à 8 000 euros pour sa gérante de l’époque, Peggy Maaz, remplacée depuis à la tête de la société par son frère Rony. Et comme pour « frapper » Al Capone les « Incorruptibles » enquêteurs des années trente l’avaient coincé pour fraude fiscale, c’est pour non déclaration d’ouverture d’établissement, direction d’un établissement sans désignation de responsable et mise sur le marché de produits sans avoir prévenu le centre anti-poison que les Parfums des Champs et Peggy Maaz ont été condamnés.

Cette nouvelle ne consolera sans doute pas entièrement les ex-salariées de Palace Parfums, la société qui conditionnait à Saint-Nicolas-d’Aliermont les parfums fabriqués dans les usines de Parfums des Champs. Mais elle leur redonnera peut-être confiance en la justice. Leur usine aliermontaise avait en effet été liquidée tambour battant en janvier 2003. En rentrant de leurs congés de Noël, les ouvrières avaient découvert une usine vidée, d’anciens patrons disparus dans la nature, et un gérant-homme de paille, Philippe Nanot, dont la mission consistait à solder la boutique…

Perquisition au château d’Enghien

En même temps que l’affaire devenait très médiatique - avec notamment la déclaration du ministre des Affaires sociales de l’époque, François Fillon, accusant « les patrons voyous » - la procédure judiciaire était enclenchée.

Les gendarmes de la compagnie de Dieppe s’intéressaient aux anciens gérants de Palace Parfums, parmi lesquels Mme Peggy Maaz, et à M. Nadim Khouri Klink, un ami de Mme Maaz qui s’était présenté devant les salariées de Palace Parfums comme étant « le patron de la société ». Les enquêteurs établissaient les liens entre Parfums des Champs et Palace Parfums avant octobre 2002, époque à laquelle la société aliermontaise avait été « refilée » à Philippe Nanot et à un autre gérant prête-nom, M. Nassim Benchabane.

Accompagnés de leurs collègues du Val-d’Oise, les gendarmes dieppois avaient notamment perquisitionné mi-janvier 2003 au siège des Parfums des Champs, le luxueux château « écossais » d’Enghien-les-Bains, en région parisienne. Cette perquisition et cette enquête devaient déboucher bien plus tard sur les mises en accusation de Parfums des Champs et de Peggy Maaz par le parquet de Pontoise, dans le Val-d’Oise.

Car si les gendarmes dieppois avaient établi que des feuilles de paie au nom des salariées de Palace Parfums avaient été établies depuis le château d’Enghien, siège des Parfums des Champs - ce qui permet aujourd’hui aux ex-salariées de revendiquer des indemnités supplémentaires pour le travail effectué à domicile pour le compte de Parfums des Champs - leurs collègues du Val-d’Oise avaient visiblement mis la main sur d’autres éléments.

Personne à l’audience

Ces éléments ont été transmis au parquet de Pontoise qui a donc diligenté une enquête. Celle-ci s’est traduite par une citation du Procureur de la République devant le tribunal correctionnel de Pontoise. Une première audience prévue le 23 mars dernier a été renvoyée, seul le liquidateur de Palace Parfums s’y étant présenté. Une seconde citation a été envoyée par lettre recommandée le 13 avril dernier pour que les absents également cités soient présents. Mais ni la société Parfums des Champs, ni Mme Peggy Maaz, son ancienne gérante jusqu’au printemps dernier et la gérante de Palace Parfums jusqu’en octobre 2002, n’ont réclamé ce courrier recommandé. Il n’y avait donc évidemment personne à la seconde audience et pour entendre le jugement qui a été prononcé le 15 juin dernier.

Palace Parfums relaxé

Tous poursuivis pour les mêmes motifs, Palace Parfums, Parfums des Champs et Peggy Maaz n’ont pas connu le même sort. Palace Parfums, dont le liquidateur est Me Philippe Leblay, a évidemment été relaxé, car selon le tribunal « il convient de constater l’extinction de l’action publique en ce qui concerne la société qui est liquidée ».

En revanche, Parfums des Champs a été condamné à 30 000 euros d’amende, et Mme Peggy Maaz à 8 000 euros d’amende pour « ouverture ou exploitation non déclarée d’un établissement de fabrication, de conditionnement ou d’importation de produits cosmétiques, direction d’un établissement de fabrication, de conditionnement ou d’importation de produits cosmétiques sans avoir désigné de personne qualifiée responsable » et pour « mise sur le marché de produits cosmétiques sans transmission préalable au centre anti-poison des substances utilisées ».

Il est amusant de noter que les faits ont été commis à Enghien-les-Bains seulement pour Mme Maaz, mais à Enghien et à Saint-Nicolas-d’Aliermont pour la « personne morale » Parfums des Champs qui, jusqu’au printemps dernier, était la même…

Enfin, à défaut de règlement de l’amende, le tribunal précise que « la contrainte de corps s’exercera s’il y a lieu à l’encontre des Parfums des Champs et de Mme Peggy Maaz ». Ce qui signifie qu’à défaut de paiement, les condamnés pourraient être physiquement interpellés et présentés devant le tribunal. C’est peu probable, mais ça ne manquerait pas d’intéresser au plus haut point les ex-salariées de Palace Parfums…

O. B.

 

Au Conseil des prud'hommes
Les indemnités des ex-Palace Parfums
attendront le 20 octobre

Après Eddy et Rony, quel autre membre de la famille Maaz allait bien pouvoir se présenter mercredi après midi au tribunal des prud’hommes ? En tout cas sûrement pas Peggy, l’introuvable et mystérieuse ex-gérante de la défunte entreprise Palace Parfums. Le tribunal des prud’hommes reste partagé sur les indemnités réclamées par les salariés. Il faudra donc attendre le 20 octobre.

Aujourd’hui, je crains le pire » lançait avant le début de l’audience l’une des anciennes salariées de l’entreprise. Et le pire n’est pas venu. Le meilleur reste peut-être à venir. En réalité, il ne sortira pas grand-chose de ce nouvel épisode judiciaire.

« Ils ne sont pas capables de nous juger. Aujourd’hui, l’autre partie n’était pas là. A croire qu’ils étaient au courant de ce qui allait se passer » lance une autre salariée à peine cinq minutes après le délibéré. Dans la salle, les plaignants repartent dans le calme habitués de ce genre de non décision.

Malgré tout, l’imbroglio qui alimente régulièrement toutes les spéculations a trouvé un nouvel écho mercredi devant le conseil des prud’hommes. L’entreprise de conditionnement et de vente en gros qui était installée à Saint-Nicolas-d’Aliermont n’a plus aucune existence, sinon devant les tribunaux.

« Jamais l’ancienne gérante n’osera venir face à nous » affirmaient en juillet dernier les salariées de l’entreprise aliermontaise. Une prédiction vérifiée mercredi. Mais l’affaire Palace Parfums n’est plus aujourd’hui que l’un des épisodes de ce feuilleton judiciaire aux allures d’un interminable Dallas. Car dans le collimateur de la justice une autre société pointe son nez. L’entreprise Parfum des Champs qui crée et distribue des parfums serait en réalité au cœur du système. Client unique de Palace Parfums, Parfum des Champs poursuit toujours ses activités. La société aliermontaise assurait en réalité l’enrichissement de l’autre entreprise à moindre coût. Un coût que les salariées ont payé le prix fort. Aujourd’hui, celles-ci réclament des comptes et des têtes au premier rang desquels figure Peggy Maaz, gérante de la société jusqu’à l’automne 2002.

« Des dossiers d’évidence »

En juillet dernier, l’avocate dieppoise, Marie-Pierre Ogel, représentant les salariées, réclamait la requalification de 19 contrats à durée déterminée en contrat à durée indéterminé en s’appuyant sur le code du travail. Un moyen comme un autre de trouver le chaînon manquant dans cette obscure affaire et récolter des indemnités et des dommages et intérêts pour les salariées. De leur côté, les avocats parisiens de l’entreprise avaient insisté sur le « caractère injustifié » d’une requalification, puisqu’il y a prescription au moins pour six d’entre eux.

« Pour treize dossiers, la partie adverse reconnaît les irrégularités » explique Maire-Pierre Ogel. Et d’ajouter : « Ce sont des dossiers d’évidence. Je suis choquée qu’il n’y ait pas de décision. On se moque de nous mais nous ne baisserons pas les bras. Nous nous battons contre des patrons voyous. Je croyais que la justice viendrait à notre secours ». La juridiction paritaire (moitié représentants des syndicats, moitié du patronat) du conseil des prud’hommes n’ayant pu trancher, il faudra attendre le 20 octobre à 9 h 30, et la nomination d’un magistrat professionnel pour savoir si les salariées auront droit à des indemnités. La moitié d’entre elles a dû prendre une journée de congé pour se rendre au tribunal de Dieppe. Quant à l’autre moitié, elle est toujours au chômage.

L.H.


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Archives 2002 
Archives 2003  Archives 2004
Recherche   Accueil