A
lheure où la direction de Nestlé envisage de fermer le site de production de
Nescafé et Ricoré de Marseille, celui de Dieppe sest lancé dans un vaste plan
dinvestissement. 40 millions deuros sont en effet engagés pour anticiper la
mise aux normes des installations de lyophilisation et mettre lusine dieppoise sur
les rails dune productivité de haute technicité. Le rapatriement de la production
marseillaise à Dieppe pourrait en plus se traduire par des emplois pour la région.
Le malheur des uns fait peut-être le bonheur des autres, mais pas
seulement. Tandis que des menaces de fermeture pèsent sur lusine Nestlé de
Saint-Menet, près de Marseille, lautre site français de production de Nescafé
et Ricoré, celui de Dieppe, a lui plutôt le vent en poupe. Dimportants
travaux ont en effet démarré il y a quelques mois. Pour anticiper sur
linterdiction mondiale de production de gaz à effet de serre à la fin 2010
(protocole de Kyoto), lusine dieppoise abandonne en effet dès à présent sa tour
de lyophilisation au fréon pour la remplacer par un système de refroidissement à
lammoniaque et au dioxyde de carbone.
Ces travaux sont prévus entre novembre 2005 et février 2006, et ils
provoqueront un arrêt de la production lyophilisée de quatre mois qui inquiète par
avance certains salariés. Ils redoutent en effet de devoir prendre des congés durant
cette période (lire les Infos du 31 août). « Cest
vrai que ce ne sera pas simple, indique Bénédicte Poinssot, la directrice de
Nestlé-Dieppe, mais en répartissant larrêt de production sur deux années
civiles, nous limiterons limpact sur les coûts de revient et la baisse de
production sera mesurée. Mais que le personnel se rassure: nous prendrons en compte ses
aspirations autant que les exigences industrielles, et respecterons évidemment
lobligation légale daccorder douze jours de congés consécutifs entre mai et
octobre ».
Et la directrice veut surtout démentir les rumeurs de menaces sur le site de
Dieppe que font courir les salariés de Saint-Menet, soutenus par un sénateur communiste
des Bouches-du-Rhône. Imagine-t-on en effet la direction générale de Nestlé laisser
choir une usine dans laquelle 40 millions deuros auront été investis entre début
2004 et fin 2006?..
En chantier depuis
quelques mois
Car dès avant le remplacement du système de
lyophilisation, lusine est déjà en chantier permanent. Les systèmes de
torréfaction et de captation des arômes sont en effet remplacés par des installations
de haute technologie. Deux torréfacteurs neufs, qui nont plus rien à voir avec les
vieilles machines construites au démarrage de lusine en 1970, sont déjà à
lessai et un troisième va ensuite être installé. Les systèmes qui empêchent les
arômes du café de se volatiliser au cours du processus de fabrication sont également
constamment améliorés. « Les 40 millions deuros de travaux sur trois ans sont
engagés en plus des travaux courants damélioration permanente et dentretien
des installations » se félicite Bénédicte Poinssot.
A Nestlé-Dieppe, en effet, le café arrive brut via le port du Havre. Ce café
vert est torréfié à Dieppe, passe par des « préservateurs » darômes
avant et après être moulu dans de gros moulins à café, puis arrive dans
dénormes percolateurs qui fabriquent le café liquide, comme à la maison. Vient
ensuite létape du séchage ou de la lyophilisation, qui consiste à retirer
leau et toute humidité pour ne laisser que des granulés secs de Nescafé
qui redonnent un café au goût de vrai café dès quon y ajoute de leau
chaude. Les « spécial filtre » et autres « altarica » sont lyophilisés
(très haute température, puis congélation rapide), tandis que les autres nescafés et
« lami » Ricoré sont séchés par pulvérisation dair chaud.
Les deux tiers des produits lyophilisés partent à lexportation.
« Dieppe est la
plus performante
du monde »
« Lusine de Dieppe est la plus performante
du monde pour la production de poudres lyophilisées » nhésite pas à affirmer
la directrice du site. Et elle entend bien le rester, «par une stratégie de
développement pour nous rendre encore plus performants technologiquement et augmenter
notre capacité de production. Ceci grâce à la technique, mais également du fait
dun personnel compétent qui maîtrise au mieux les installations, tant du point de
vue de la production, que de la maintenance, des améliorations continues de fiabilité et
la remise en cause de nos façons de faire pour être encore plus performants. Si le site
de Saint-Menet devait fermer, nous récupérerions en effet sa production ».
Laugmentation de productivité de Dieppe saccompagnerait dès lors
du reclassement sur la zone industrielle de Rouxmesnil-Bouteilles de salariés de
lusine des Bouches-du-Rhône, et selon Bénédicte Poinssot, « sans doute de
quelques embauches ». Ce qui assurerait évidemment la pérennité et la
consolidation dune usine « importante pour Dieppe, mais aussi pour le groupe
Nestlé » conclut Bénédicte Poinssot.
On est loin des bruits alarmistes venus de Marseille, et des inquiétudes du
sénateur communiste Robert Bret qui nous indiquait début septembre quune « rumeur
évoque le projet de Nestlé de fermer sept sites en France, même ceux qui sont
rentables, en délocalisant les productions vers létranger, afin de dégager au
moins 6 milliards de francs suisses dici 2006 ». Mais laffaire Perrier a
montré que le géant suisse de lalimentaire pouvait aussi faire machine arrière,
en revenant sur la vente par Nestlé Waters France de la source minérale gardoise
O.B.
Une étude de
productivité des sites Nestlé
Après avoir évoqué le 8 juin dernier au Sénat la fermeture de
lusine de Saint-Menet (13), et indiqué que selon lui « le site de Dieppe est
lui aussi menacé », le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Robert Bret a
répondu le 3 septembre, par le biais de son assistante parlementaire, à nos
interrogations sur ces rumeurs.
Il évoque « le programme doptimisation industrielle interne au groupe
Nestlé, baptisé Globe, dont le principe est de comparer à travers tous les sites
Nestlé dans le monde, la performance des usines, les techniques de fabrication, la
rentabilité des produits et la productivité des salariés, le tout à laide
dun système dinformation en temps réel et un contrôle de gestion individuel
».
Ce programme « Globe » aurait démontré, toujours selon le sénateur
Bret, « quà Saint-Menet, une boîte de 250 grammes de Ricoré coûte 22 % de
plus que lorsquelle est fabriquée à Dieppe, que le coût de fabrication des
tablettes de chocolat au lait y est (toujours près de Marseille, NDLR) sept fois
plus élevé que dans lusine russe de Samara, mais que le Nescafé revient deux fois
moins cher à Araras au Brésil quà Dieppe, ce qui peut faire penser quà
court terme lusine de Dieppe pourrait également être menacée ».
Même si Nestlé a vendu son usine Buitoni du Vaucluse en 2003,
sapprêterait à vendre sa production de poudres de lait de Challerange (Ardennes)
et retirerait dautres marchés à Boué (Aisne) et Epinal (Vosges), une fermeture de
Dieppe paraît surréaliste quand dans le même temps le groupe engage 40 millions
deuros dans lusine de Rouxmesnil-Bouteilles. Certes, on a bien vu Renault
lâcher son usine toute neuve de Vilvorde, en Belgique, mais tout de même
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