Journal du 1er octobre 2004

L'usine de Dieppe investit
dans une nouvelle technique de lyophilisation

40 millions d'euros de travaux
et des embauches chez Nestlé

A l’heure où la direction de Nestlé envisage de fermer le site de production de Nescafé et Ricoré de Marseille, celui de Dieppe s’est lancé dans un vaste plan d’investissement. 40 millions d’euros sont en effet engagés pour anticiper la mise aux normes des installations de lyophilisation et mettre l’usine dieppoise sur les rails d’une productivité de haute technicité. Le rapatriement de la production marseillaise à Dieppe pourrait en plus se traduire par des emplois pour la région.

Le malheur des uns fait peut-être le bonheur des autres, mais pas seulement. Tandis que des menaces de fermeture pèsent sur l’usine Nestlé de Saint-Menet, près de Marseille, l’autre site français de production de Nescafé et Ricoré, celui de Dieppe, a lui plutôt le vent en poupe. D’importants travaux ont en effet démarré il y a quelques mois. Pour anticiper sur l’interdiction mondiale de production de gaz à effet de serre à la fin 2010 (protocole de Kyoto), l’usine dieppoise abandonne en effet dès à présent sa tour de lyophilisation au fréon pour la remplacer par un système de refroidissement à l’ammoniaque et au dioxyde de carbone.

Ces travaux sont prévus entre novembre 2005 et février 2006, et ils provoqueront un arrêt de la production lyophilisée de quatre mois qui inquiète par avance certains salariés. Ils redoutent en effet de devoir prendre des congés durant cette période (lire les Infos du 31 août). « C’est vrai que ce ne sera pas simple, indique Bénédicte Poinssot, la directrice de Nestlé-Dieppe, mais en répartissant l’arrêt de production sur deux années civiles, nous limiterons l’impact sur les coûts de revient et la baisse de production sera mesurée. Mais que le personnel se rassure: nous prendrons en compte ses aspirations autant que les exigences industrielles, et respecterons évidemment l’obligation légale d’accorder douze jours de congés consécutifs entre mai et octobre ».

Et la directrice veut surtout démentir les rumeurs de menaces sur le site de Dieppe que font courir les salariés de Saint-Menet, soutenus par un sénateur communiste des Bouches-du-Rhône. Imagine-t-on en effet la direction générale de Nestlé laisser choir une usine dans laquelle 40 millions d’euros auront été investis entre début 2004 et fin 2006?..

En chantier depuis quelques mois

Car dès avant le remplacement du système de lyophilisation, l’usine est déjà en chantier permanent. Les systèmes de torréfaction et de captation des arômes sont en effet remplacés par des installations de haute technologie. Deux torréfacteurs neufs, qui n’ont plus rien à voir avec les vieilles machines construites au démarrage de l’usine en 1970, sont déjà à l’essai et un troisième va ensuite être installé. Les systèmes qui empêchent les arômes du café de se volatiliser au cours du processus de fabrication sont également constamment améliorés. « Les 40 millions d’euros de travaux sur trois ans sont engagés en plus des travaux courants d’amélioration permanente et d’entretien des installations » se félicite Bénédicte Poinssot.

A Nestlé-Dieppe, en effet, le café arrive brut via le port du Havre. Ce café vert est torréfié à Dieppe, passe par des « préservateurs » d’arômes avant et après être moulu dans de gros moulins à café, puis arrive dans d’énormes percolateurs qui fabriquent le café liquide, comme à la maison. Vient ensuite l’étape du séchage ou de la lyophilisation, qui consiste à retirer l’eau et toute humidité pour ne laisser que des granulés secs de Nescafé qui redonnent un café au goût de vrai café dès qu’on y ajoute de l’eau chaude. Les « spécial filtre » et autres « altarica » sont lyophilisés (très haute température, puis congélation rapide), tandis que les autres nescafés et « l’ami » Ricoré sont séchés par pulvérisation d’air chaud. Les deux tiers des produits lyophilisés partent à l’exportation.

« Dieppe est la plus performante
du monde »

« L’usine de Dieppe est la plus performante du monde pour la production de poudres lyophilisées » n’hésite pas à affirmer la directrice du site. Et elle entend bien le rester, «par une stratégie de développement pour nous rendre encore plus performants technologiquement et augmenter notre capacité de production. Ceci grâce à la technique, mais également du fait d’un personnel compétent qui maîtrise au mieux les installations, tant du point de vue de la production, que de la maintenance, des améliorations continues de fiabilité et la remise en cause de nos façons de faire pour être encore plus performants. Si le site de Saint-Menet devait fermer, nous récupérerions en effet sa production ».

L’augmentation de productivité de Dieppe s’accompagnerait dès lors du reclassement sur la zone industrielle de Rouxmesnil-Bouteilles de salariés de l’usine des Bouches-du-Rhône, et selon Bénédicte Poinssot, « sans doute de quelques embauches ». Ce qui assurerait évidemment la pérennité et la consolidation d’une usine « importante pour Dieppe, mais aussi pour le groupe Nestlé » conclut Bénédicte Poinssot.

On est loin des bruits alarmistes venus de Marseille, et des inquiétudes du sénateur communiste Robert Bret qui nous indiquait début septembre qu’une « rumeur évoque le projet de Nestlé de fermer sept sites en France, même ceux qui sont rentables, en délocalisant les productions vers l’étranger, afin de dégager au moins 6 milliards de francs suisses d’ici 2006 ». Mais l’affaire Perrier a montré que le géant suisse de l’alimentaire pouvait aussi faire machine arrière, en revenant sur la vente par Nestlé Waters France de la source minérale gardoise…

O.B.

Une étude de productivité des sites Nestlé

Après avoir évoqué le 8 juin dernier au Sénat la fermeture de l’usine de Saint-Menet (13), et indiqué que selon lui « le site de Dieppe est lui aussi menacé », le sénateur communiste des Bouches-du-Rhône Robert Bret a répondu le 3 septembre, par le biais de son assistante parlementaire, à nos interrogations sur ces rumeurs.

Il évoque « le programme d’optimisation industrielle interne au groupe Nestlé, baptisé Globe, dont le principe est de comparer à travers tous les sites Nestlé dans le monde, la performance des usines, les techniques de fabrication, la rentabilité des produits et la productivité des salariés, le tout à l’aide d’un système d’information en temps réel et un contrôle de gestion individuel ».

Ce programme « Globe » aurait démontré, toujours selon le sénateur Bret, « qu’à Saint-Menet, une boîte de 250 grammes de Ricoré coûte 22 % de plus que lorsqu’elle est fabriquée à Dieppe, que le coût de fabrication des tablettes de chocolat au lait y est (toujours près de Marseille, NDLR) sept fois plus élevé que dans l’usine russe de Samara, mais que le Nescafé revient deux fois moins cher à Araras au Brésil qu’à Dieppe, ce qui peut faire penser qu’à court terme l’usine de Dieppe pourrait également être menacée ».

Même si Nestlé a vendu son usine Buitoni du Vaucluse en 2003, s’apprêterait à vendre sa production de poudres de lait de Challerange (Ardennes) et retirerait d’autres marchés à Boué (Aisne) et Epinal (Vosges), une fermeture de Dieppe paraît surréaliste quand dans le même temps le groupe engage 40 millions d’euros dans l’usine de Rouxmesnil-Bouteilles. Certes, on a bien vu Renault lâcher son usine toute neuve de Vilvorde, en Belgique, mais tout de même…


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