Le visage serein de ceux qui
nont rien à se reprocher, Marie Humbert a repris sa croisade. Cette mère de
famille qui avait abrégé les souffrances de son fils cloué sur un lit dhôpital
de Beck, dans le Pas-de-Calais brandit désormais létendard du droit à mourir.
Elle a reçu le soutien de deux associations et parcourt actuellement la France pour
imposer une loi « Vincent-Humbert ». Une loi dinitiative populaire aux allures de
manifeste, une loi pour la liberté de mourir.Soulagée pour
son fils désormais « heureux », Marie Humbert, véritable icône médiatique pour
leuthanasie, se bat pour les autres et contre lhypocrisie. Avec plus de 66000
signatures déjà enregistrées sur les 100000 prévues dici la fin novembre, le
projet de loi « Vincent-Humbert » est aujourdhui défendu par quelques
célébrités et beaucoup danonymes. Et même si lopinion semble globalement
favorable à leuthanasie et que la pratique est sans doute plus répandue quil
ny paraît, le procédé est toujours puni par la loi. Le sujet est encore tabou
dans lhémicycle et les parlementaires continuent de faire la sourde oreille.
Lassociation Faut quon sactive a donc décidé daller plus loin et
plus vite que le gouvernement. En rédigeant un projet de loi « Vincent-Humbert », le
président de la jeune association, Vincent Léna, veut aussi « sensibiliser les jeunes
». Parce que la mort nest pas le monopole des aînés, tout le monde doit se sentir
concerné et doit surtout avoir le choix de vivre ou mourir. Mais attention, pour éviter
les dérapages, il faut inscrire le projet dans la loi. « La loi « Vincent-Humbert »
prendra la forme inédite en France dune proposition de loi dinitiative
populaire. Lorsque nous aurons au moins le soutien de 100000 citoyens, nous demanderons au
Parlement den débattre » explique Vincent Léna.
Les défenseurs du projet ont trouvé un soutien auprès de lassociation
pour le droit à mourir dans la dignité (ADMD), fervents défenseurs depuis plus de vingt
ans de leuthanasie. « Les autorités médicales, légales et religieuses agitent le
spectre des débordements » explique le docteur Jean Cohen, président de lADMD.
Mais le médecin gynécologue, membre co-fondateur du planning familial, dénonce
volontiers lhypocrisie générale. « En France, nous ne sommes pas habitués à
lidée de la mort. La Hollande et la Belgique ont mis en place une loi. Les gens
atteints de maladies incurables peuvent être accompagnés pour mourir. Ils doivent être
lucides et réitérer plusieurs fois leur demande devant témoin ». En France, beaucoup
de médecins refuseraient de pratiquer leuthanasie et seraient plutôt enclins à
renvoyer les cas désespérés vers des confrères moins pointilleux vis-à-vis de la loi.
Une hypocrisie qui agace Jean Cohen, lequel préférerait une législation clairement
établie. Mais si la loi navance pas plus vite, cest aussi par manque de
mobilisation générale. « Les jeunes ne se sentent pas concernés par la mort, tandis
que les plus âgés ont souvent peur de lenvisager ». Du côté du corps médical
aussi, on est partagé. « Certains médecins qui pratiquent leuthanasie dans des
cas bien précis, craignent quune loi les oblige à assurer cette pratique »
explique Jean Cohen. Et dajouter: « La loi autorise à refuser un traitement. Ce
qui signifie des souffrances supplémentaires sans garantir la mort. Il faut donc imposer
un amendement à la loi qui puisse accepter les cas dexception afin daider les
gens qui le souhaitent à partir ». Entre soins palliatifs et euthanasie, le débat reste
donc ouvert et ne semble pas devoir se refermer tout de suite. A moins bien sûr que la
loi « Vincent-Humbert » vienne un jour répondre aux questions et éteindre les cris de
douleur silencieux de ceux qui ne veulent plus souffrir.
L.H.
Les Informations Dieppoises: Comment vous est venue
lidée dun projet de loi Vincent-Humbert?
Marie Humbert: La loi proposée par le gouvernement ne peut pas nous convenir.
Avec lassociation Faut quon sactive, nous avons décidé de rédiger
notre propre loi en collaboration avec lAssociation pour le droit à mourir dans la
dignité (ADMD). La différence entre les deux projets, cest que nous proposons une
aide à la fin de vie pour les mourants mais pas seulement. Car rien nest prévu par
le gouvernement pour les cas semblables à celui de mon fils qui était un légume mais
pas malade aux yeux de la loi. Cest-à-dire ceux qui peuvent rester 30 ou 40 ans
dans un coma irréversible et sans espoir. Nous demandons donc une parenthèse dans la loi
afin dintroduire les cas particuliers et donner aux malades le choix. Pourquoi nous
refuse-t-on le droit de partir tranquillement? Notre vie nous appartient.
I.D.: Comment se prépare une décision comme la vôtre de mettre fin à la vie
de votre fils?
M.H.: Mon fils a toujours demandé à mourir lorsquil était sur son lit.
Quand je lai vu sacharner à vouloir en finir, jai voulu laider.
Mes deux fils étaient pompiers. Ils ont eu souvent loccasion de ramasser des
personnes sur la route. Ce genre de conversation sur la mort était fréquent à la
maison. Mes deux enfants se sont toujours promis dabréger leurs souffrances si
lun des deux venait à se trouver dans ce genre de situation.
Mais lorsque Vincent a eu son accident, même le président de la République ne
pouvait rien faire pour nous. Aujourdhui, je ne veux plus que cela arrive à
dautres. Mon fils est heureux désormais mais il y en a tellement dautres qui
souffrent. Je naurais jamais cru quil y avait autant de misère. Chaque jour,
je reçois des lettres de gens qui connaissent la même situation que moi.
I.D: Le docteur qui a débranché votre fils après votre geste a été
poursuivi comme vous. Avez-vous regretté de lavoir entraîné dans cette affaire?
M.H.: Jai été soulagée dapprendre que le Conseil de lordre
avait reconnu quil avait fait son travail de réanimateur. Javais en effet ce
poids sur la conscience. Mais il faut que la médecine fasse quelque chose. Elle aussi
doit reconnaître le droit à mourir.
I.D.: Et vous, où en êtes-vous avec la justice?
M.H.: Je devrais être convoquée par le juge dici une quinzaine de jours.
Jattends avec impatience le rapport des psychiatres et le démarrage de mon procès.
I.D.: Votre projet de loi veut aller plus loin que celui du gouvernement. En
quoi consiste-t-il précisément?
M.H.: Depuis que nous avons entamé notre tour de France le 24 septembre,
beaucoup de gens nous soutiennent et veulent nous voir imposer cette loi dinitiative
populaire qui serait une première en France. Les citoyens ont eux aussi le droit de
décider dune loi. Malgré tout, il y a aussi des gens qui ny sont pas
favorables mais nous nimposons rien à personne. A Saint-Etienne, une dame ma
dit quun membre de sa famille était dans le coma depuis six ans. Elle a tout à
fait le droit de rester dans cette situation. Mais il y a aussi des religieuses et des
curés qui nous soutiennent. Je suis moi-même très catholique, bien que je ne sois pas
pratiquante.
I.D.: Et si Vincent ne vous avait pas demandé de mourir?
M.H.: Cest évidemment une question qui mest souvent posée.
Franchement, si Vincent ne mavait pas demandé aussi souvent de laider à
partir, je ne sais pas ce que jaurais fait.