| Cest fait depuis mercredi matin.
En avril dernier, la société dorganisation de transport maritime Léon-Vincent,
administrée par le Dieppois André Bodel, avait entamé des pourparlers avec le groupe
belge Sea Invest en vue dun rachat. Le compromis avait été signé lété
dernier, et la vente a eu lieu le 17 novembre à Paris. Mais il va falloir attendre les
prochains jours pour connaître les intentions du nouvel actionnaire. Avec
203 millions deuros de chiffre daffaires en 2003 et un résultat net dun
million deuros, la société Léon-Vincent est un géant français du transport
maritime. La société se classe en septième position dans son secteur, derrière SDV
logistique internationale (815 millions deuros), mais devant plus de 500 autres
entreprises classées comme elle sous lintitulé « organisation de transports
internationaux ».
Vu de Dieppe, le principal opérateur fruitier du port semblait un colosse aux
pieds dargile, mais cest bien un géant qui vient dêtre absorbé par un
géant encore plus gros: le groupe belge Sea Invest. Et cest le PDG de
Léon-Vincent, le Dieppois André Bodel, qui a pris lui-même le téléphone mardi pour
nous annoncer que la vente des actions de son entreprise aurait lieu le lendemain,
mercredi 17 novembre dans les salons dun cabinet davocats parisien.
Laffaire était engagée depuis avril dernier. André Bodel, 74 ans, avait
entamé les pourparlers. Cet été, un compromis de vente était signé. Il a ensuite
fallu plus de quatre mois pour finaliser la vente dun groupe dont le siège est à
Calais (mais lex-dirigeant à Dieppe), qui emploie environ 871 salariés, qui
dispose de huit agences portuaires en France, avec leurs filiales de manutention et de
transport, des filiales en Guyane et dans les Antilles françaises et des participations
dans dautres groupes comme MGM.
« Nous cédons la totalité du capital », indiquait mardi André Bodel qui, le
lendemain jour de la signature avec ladministrateur de Sea Invest, Philippe Van de
Vyvere, se retrouvait de fait à la retraite. Cest donc lensemble du groupe
Léon-Vincent qui passe dans les mains de Sea Invest. En 2003, le capital social de
Léon-Vincent était estimé à 4,7 millions deuros. « Le repreneur a assuré
quil ny aurait aucun bouleversement, voulait rassurer lancien PDG à la
veille de la vente. Son but est de créer des synergies et des réductions de coût ».
« Ne rien savoir,
cest pire que tout »
Ces propos rassureront-ils les salariés dieppois de
Léon-Vincent, et en particulier les 46 dockers de la filiale Dieppe-Manutention? Sur le
port mercredi matin, cétait le flou absolu. « Cela fait six mois que nous savons
quil existe un compromis, mais nous navons aucune information de la direction
» indique Sylvain Varnier, secrétaire du CE de Dieppe-Manutention. « Le capital a
changé de mains, mais on ne sait absolument pas ce que Sea Invest veut faire à Dieppe,
surtout avec les problèmes en Côte dIvoire qui ralentissent le trafic fruitier »
ajoute Jean-François Arent, délégué CGT des dockers.
Il sinquiète aussi à juste titre de lavenir du port, car « il
faut que des bateaux viennent dans le port de commerce, mais il faut aussi du matériel,
des grues pour décharger. Est-ce que les collectivités sont prêtes à mettre les moyens
pour que Sea Invest continue à faire transiter les marchandises dans le port de Dieppe?
». Evidemment, les 120000 tonnes de fruits déchargées à Dieppe ne pèsent pas lourd en
face du million de tonnes déversées à Anvers.
Mais les dockers nen ont pas pour autant des préjugés sur leur nouveau
patron. Ils espèrent, par exemple, que le groupe belge pourra faire venir des fruits
émanant dautres compagnies que lOCAB avec qui travaillait jusqualors
Léon-Vincent. « Avant, nous travaillions aussi avec la Compagnie fruitière. Peut-être
Sea Invest aura-t-il les moyens de la faire revenir, mais on ne sait rien ». Il peut y
avoir des espoirs, il peut y avoir des désillusions, « mais le fait de ne pas savoir,
cest pire que tout » conclut Jean-François Arent. « On ne sait même pas si la
paye tombera encore dans deux mois ». Le prochain conseil dadministration du «
Léon-Vincent nouveau » devrait en dire plus. Les salariés de Dieppe Manutention sauront
alors par exemple si Thomas Bodel, le neveu dAndré, reste à son poste de directeur
général
O.B.
Léon-Vincent: 62 ans
dhistoire
Cest à Calais en 1932 que la petite entreprise
familiale de manutention et de transit maritime créée en 1871 par son père prend le nom
de son successeur qui la développée: Léon Vincent. Dans le port de Calais,
cest essentiellement du bois et du charbon qui transitent, mais des agences ouvrent
progressivement dans tous les grands ports français, et notamment à Dieppe où Lucien
Bodel décroche le premier trafic de bananes des Canaries.
Cest son fils, André, qui deviendra ensuite le PDG de Léon-Vincent. Et
cest souvent à Dieppe où se trouve la direction générale (même si le siège
reste à Calais) que sont prises les décisions de ce groupe qui sest ouvert au
transport des graines, huiles, sables, minerais, viandes et poissons, voitures, matériel
électronique, fibre optique et même matières dangereuses. Mais à Dieppe, ex-premier
port fruitier de France, cest toujours le transport des bananes et ananas
dAfrique, mandarines et oranges du Maroc, qui fait tourner lagence.
* Les agences: Calais (manutention, transit de matériaux et de véhicules),
Dieppe (fruits), Fécamp (bois), La Havre (commission transport de marchandises en
transit), Honfleur (bois), Bordeaux (commission transport de marchandises en transit),
Marseille et Fos-sur-Mer (fruits, produits du Maghreb, dIsraël et de Côte
dIvoire). Des filiales sont également installées en Guyane, Martinique,
Guadeloupe, Saint-Martin.
* Les filiales: Transcosatal (transport routier, 21 agences en France, 3 à
létranger), Safir et Melon (commission transport de marchandises en transit en
Guadeloupe), Somotrans (commission transport de marchandises en transit en Martinique),
Sotem (transit de fruits du Maghreb à Dieppe), Marseille Manutention et Dieppe
Manutention (dockers), Ivoire logistique (fruits et marchandises périssables en Côte
dIvoire).
* Le nouvel actionnaire: Sea Invest a été créé à la fin des années vingt
pour transporter déjà des fruits et jus de fruits à bord dune quinzaine de
bateaux dont le groupe est propriétaire. En 1999, Sea Invest rachète 50 % du capital de
lopérateur français Saga Terminaux portuaires (deux ports en mer du Nord, deux en
Manche dont Le Havre, dix en Atlantique, quatre en Mediterranée et trois sur la Seine),
puis les 50 % restants en 2000 pour fonder Sea Invest France. Avec Léon-Vincent, cela
fait du groupe belge le tout premier opérateur de transit maritime de marchandises en
France. |