Passée entre un cas dhomicide
involontaire et des violences volontaires sur mineur, laffaire de Laurent Martin
semblait bien secondaire. Même si le conseiller municipal dieppois a écopé de deux ans
de privation de droits civils et civiques (et sera donc démissionné du conseil ,
sil ne fait pas appel) pour avoir « emprunté » des fonds, dans la caisse du
Festival des cerfs-volants, ses agissements nont rien de comparable avec de telles
violences. Dautant que lemprunt de lannée précédente a été
remboursé, mais un peu tard
Y a-t-il eu tentative de
détournement de la part de lancien adjoint au tourisme ? Laurent Martin
ex-président du festival des cerfs-volants comparaissait mardi pour avoir tenté de
détourner 3 690 euros correspondant à la vente des produits dérivés du festival 2002.
Cest le commissaire aux comptes de lassociation Dieppe capitale du cerf-volant
qui avait alerté le parquet sur une « anomalie ». « Il y a eu un laps de temps où
vous navez pas dit la vérité » explique en préambule le juge Vannier. Alors, que
sest-il passé entre le 7 septembre 2002, au moment du festival, et le 5 juin 2003
lorsque Laurent Martin décide de rembourser ?
« Vous avez reconnu avoir gardé la recette des produits dérivés du festival
2002. Le commissaire aux comptes vous a relancé en mars puis avril. Et fin mai 2003, il a
signalé le fait au procureur. En août vous avez commencé à rembourser en vous faisant
prêter une somme » explique la présidente du tribunal. Le prêteur nest
dailleurs pas nimporte qui puisquil sagit tout simplement de
lépouse du maire de Dieppe, Annick Leveau.
« Laffaire est simple et non contestée » souligne
le procureur de la République. Et dajouter : « Laurent Martin a gardé
largent des produits dérivés pour des dépenses personnelles ». Alors y a-t-il
réellement eu abus de confiance ? « La totalité de la somme a été remboursée » se
défend Laurent Martin. Lélu dieppois avait repris lorganisation du festival
des cerfs-volants en 2001, alors que les prétendants au poste ne se bousculaient pas
vraiment. Son avocat, Me Brument va dailleurs insister sur ce point : « M. Martin
se bat depuis vingt ans pour ses convictions. En 2001, il est lhomme des premiers
jours chargé de représenter la municipalité dans les associations ». Pour son premier
coup dessai à la tête du festival 2002, le nouveau président réalise « un coup
de maître » précise encore la défense. Mais la « révolution de palais » qui va
suivre en octobre 2002 va brouiller la donne. Laurent Martin quitte alors ses fonctions au
tourisme.
« Pour réussir une opération comme le festival, il faut que le président et
lassociation se soient démenés pour avoir le meilleur rapport qualité-prix »
estime
Me Brument. Cest dans ce contexte que le président Martin inaugure le principe des
produits dérivés. « Cétait la première fois que cette vente avait lieu »
tente-t-il de justifier. Pour son avocat, il na pas commis de « carambouilles ».
Il est vrai que le commissaire aux comptes na pas eu de difficultés pour suivre à
la trace la somme dargent « égarée » mais inscrite aux comptes de
lassociation. Lors de lassemblée générale du 8 avril 2003, les membres de
lassociation Dieppe capitale du cerf-volant ne semblent dailleurs pas
sinquiéter de ce trou dans les finances et personne ne réclame la démission du
président. Pas même ses opposants politiques, dailleurs.
Menacé de saisie sur sa maison à la suite de problèmes financiers annexes,
Laurent Martin aurait donc emprunté la somme des produits dérivés peut-être pour une
période ponctuelle. Mais bien sûr, cest illégal. « Il avait un besoin immédiat
dargent. Voilà le péché de M. Martin » souligne maître Brument. A lété
2003 et malgré une situation financière toujours délicate, Laurent Martin obtient
finalement laide de lépouse du député maire. « M. Martin est un honnête
homme quil faut aider immédiatement. La somme est alors déposée sur le compte »
insiste son avocat. Depuis le débiteur a également remboursé son généreux prêteur au
rythme de 350 euros par mois.
Quoi quil en soit, sans caisse noire ni véritable détournement, le
festival du cerf-volant poursuit son envol depuis 2000. En 2004, tous les records ont
été battus, que ce soit en termes daffluence et de résultats financiers. Quelques
semaines plus tard, Laurent Martin présentait sa démission pour raisons
professionnelles. Mardi dernier, il a été condamné à 4 mois de prison avec sursis et
deux ans de privation de ses droits civiques et civils. « Je vais voir dans les jours qui
viennent avec mon avocat pour savoir si nous faisons appel. Je suis totalement
écuré et mon avocat ma dit lui-même quil navait jamais vu cela
» explique M. Martin. Et dajouter : « Je suis toujours conseiller municipal et je
nai pas lintention de démissionner. Lorsque lon est un homme public, on
a des devoirs. Malgré tout le juge est souverain et je ne suis pas suffisamment qualifié
pour commenter sa décision ».
Il nempêche que la privation de ses droits civiques, civils et de famille
entraîne sa radiation automatique du conseil municipal. Mais Laurent Martin pourrait bien
faire appel. Il a dix jours pour se décider. Une situation et des sanctions qui en
rappellent dautres, même si les faits reprochés sont bien différents
Laurent Hellier