Journal du 3 décembre 2004

L'élu devra quitter le conseil municipal
Laurent Martin condamné pour avoir "emprunté"
dans la caisse des cerfs-volants

Passée entre un cas d’homicide involontaire et des violences volontaires sur mineur, l’affaire de Laurent Martin semblait bien secondaire. Même si le conseiller municipal dieppois a écopé de deux ans de privation de droits civils et civiques (et sera donc démissionné du conseil , s’il ne fait pas appel) pour avoir « emprunté » des fonds, dans la caisse du Festival des cerfs-volants, ses agissements n’ont rien de comparable avec de telles violences. D’autant que l’emprunt de l’année précédente a été remboursé, mais un peu tard…

Y a-t-il eu tentative de détournement de la part de l’ancien adjoint au tourisme ? Laurent Martin ex-président du festival des cerfs-volants comparaissait mardi pour avoir tenté de détourner 3 690 euros correspondant à la vente des produits dérivés du festival 2002. C’est le commissaire aux comptes de l’association Dieppe capitale du cerf-volant qui avait alerté le parquet sur une « anomalie ». « Il y a eu un laps de temps où vous n’avez pas dit la vérité » explique en préambule le juge Vannier. Alors, que s’est-il passé entre le 7 septembre 2002, au moment du festival, et le 5 juin 2003 lorsque Laurent Martin décide de rembourser ?

« Vous avez reconnu avoir gardé la recette des produits dérivés du festival 2002. Le commissaire aux comptes vous a relancé en mars puis avril. Et fin mai 2003, il a signalé le fait au procureur. En août vous avez commencé à rembourser en vous faisant prêter une somme » explique la présidente du tribunal. Le prêteur n’est d’ailleurs pas n’importe qui puisqu’il s’agit tout simplement de l’épouse du maire de Dieppe, Annick Leveau.

Carambouilles ou non ?

« L’affaire est simple et non contestée » souligne le procureur de la République. Et d’ajouter : « Laurent Martin a gardé l’argent des produits dérivés pour des dépenses personnelles ». Alors y a-t-il réellement eu abus de confiance ? « La totalité de la somme a été remboursée » se défend Laurent Martin. L’élu dieppois avait repris l’organisation du festival des cerfs-volants en 2001, alors que les prétendants au poste ne se bousculaient pas vraiment. Son avocat, Me Brument va d’ailleurs insister sur ce point : « M. Martin se bat depuis vingt ans pour ses convictions. En 2001, il est l’homme des premiers jours chargé de représenter la municipalité dans les associations ». Pour son premier coup d’essai à la tête du festival 2002, le nouveau président réalise « un coup de maître » précise encore la défense. Mais la « révolution de palais » qui va suivre en octobre 2002 va brouiller la donne. Laurent Martin quitte alors ses fonctions au tourisme.

« Pour réussir une opération comme le festival, il faut que le président et l’association se soient démenés pour avoir le meilleur rapport qualité-prix » estime
Me Brument. C’est dans ce contexte que le président Martin inaugure le principe des produits dérivés. « C’était la première fois que cette vente avait lieu » tente-t-il de justifier. Pour son avocat, il n’a pas commis de « carambouilles ». Il est vrai que le commissaire aux comptes n’a pas eu de difficultés pour suivre à la trace la somme d’argent « égarée » mais inscrite aux comptes de l’association. Lors de l’assemblée générale du 8 avril 2003, les membres de l’association Dieppe capitale du cerf-volant ne semblent d’ailleurs pas s’inquiéter de ce trou dans les finances et personne ne réclame la démission du président. Pas même ses opposants politiques, d’ailleurs.

Menacé de saisie sur sa maison à la suite de problèmes financiers annexes, Laurent Martin aurait donc emprunté la somme des produits dérivés peut-être pour une période ponctuelle. Mais bien sûr, c’est illégal. « Il avait un besoin immédiat d’argent. Voilà le péché de M. Martin » souligne maître Brument. A l’été 2003 et malgré une situation financière toujours délicate, Laurent Martin obtient finalement l’aide de l’épouse du député maire. « M. Martin est un honnête homme qu’il faut aider immédiatement. La somme est alors déposée sur le compte » insiste son avocat. Depuis le débiteur a également remboursé son généreux prêteur au rythme de 350 euros par mois.

Quoi qu’il en soit, sans caisse noire ni véritable détournement, le festival du cerf-volant poursuit son envol depuis 2000. En 2004, tous les records ont été battus, que ce soit en termes d’affluence et de résultats financiers. Quelques semaines plus tard, Laurent Martin présentait sa démission pour raisons professionnelles. Mardi dernier, il a été condamné à 4 mois de prison avec sursis et deux ans de privation de ses droits civiques et civils. « Je vais voir dans les jours qui viennent avec mon avocat pour savoir si nous faisons appel. Je suis totalement écœuré et mon avocat m’a dit lui-même qu’il n’avait jamais vu cela » explique M. Martin. Et d’ajouter : « Je suis toujours conseiller municipal et je n’ai pas l’intention de démissionner. Lorsque l’on est un homme public, on a des devoirs. Malgré tout le juge est souverain et je ne suis pas suffisamment qualifié pour commenter sa décision ».

Il n’empêche que la privation de ses droits civiques, civils et de famille entraîne sa radiation automatique du conseil municipal. Mais Laurent Martin pourrait bien faire appel. Il a dix jours pour se décider. Une situation et des sanctions qui en rappellent d’autres, même si les faits reprochés sont bien différents…

Laurent Hellier


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