Deux ans dincertitude et de
combat juridique auront finalement abouti à un premier jugement. Mercredi, dix-neuf
anciennes salariées de Palace Parfums ont obtenu satisfaction dans laffaire qui les
opposait à la société Parfums des Champs. Celle-ci a été condamnée à verser près
de 70000 euros à la suite de la requalification de leur contrat. Et ce nest
peut-être quun début
Neuf heures, mercredi. Une
petite voiture se gare péniblement juste devant le tribunal des prudhommes en
laissant échapper une épaisse fumée noire. Une femme de 45 ans environ descend avec un
large sourire en forme de prémonition. Cette journée sannonce belle. Sur le
trottoir den face, ses anciennes collègues de la défunte entreprise Palace Parfums
éclatent de rire après le périlleux créneau quelle vient de réaliser. Mais le
plus beau créneau de la journée a sans doute été trouvé par maître Marie-Pierre Ogel
et François Garraud. Les deux défenseurs des salariées ont su sengouffrer dans la
faille pour obtenir gain de cause. En arrivant au tribunal, ils affichaient
dailleurs eux aussi le sourire, dautant que de lautre côté de la
barre, les représentants de Parfums des Champs (lentreprise pour laquelle
travaillaient aussi cerains ex-Palace Parfums) étaient absents et peut-être déjà
résignés.
Le juge départiteur à peine assis délivre déjà une partie du message: « Le
conseil a requalifié lensemble des dix-neuf contrats à durée déterminée ».
Dans la salle, les yeux deviennent brillants et le soulagement est palpable. Une à une,
le juge annonce les sommes versées à chacune des ex-salariées. Entre indemnités de
requalification, préavis et dommages et intérêts, les sommes vont de 2300 à 6500 euros
par personne selon le nombre de contrats.
« Dans cette affaire, tout le monde obtient gain de cause.
Lessentiel est acquis, nous allons faire payer les patrons voyous. Si jétais
juge, jaurais rendu le même jugement plein pot » estime maître Garraud. Un cri de
soulagement partagé par les ex-salariés. « Cest la première bonne nouvelle
depuis deux ans », lance la spécialiste du créneau.
« Sur les 90 contrats de lentreprise de Saint-Nicolas depuis 1997, 78
sont précaires selon le registre du personnel » explique maître Garraud. Par
conséquent la porte est ouverte pour les autres. « Les salariés qui nont pas
engagé de procès peuvent désormais le faire. Il faut faire passer le mot » insiste
lavocat auprès de ses clientes. Trois dentre elles se sont dores et
déjà fait connaître et pourraient bien faire des émules. Pour lavocate
Marie-Pierre Ogel, il reste à la partie adverse un délai dappel dun mois. «
Nous ne sommes pas à labri, mais cela métonnerait tout de même. Dici
un mois, nous demanderons les fonds ».
Lentreprise Parfums des Champs déjà condamnée en juin 2004 à 30000
euros damende par le tribunal correctionnel de Pontoise pour non déclaration (voir
Les Informations Dieppoises du 8 octobre) devra donc verser 70000 euros de plus aux 19
ex-salariées de Palace Parfums de Saint-Nicolas-dAliermont. Et ce nest sans
doute pas terminé.
Mercredi 24 novembre, un autre volet du dossier, cette fois contre
lentreprise disparue Palace Parfums, dont les dirigeants étaient les mêmes
jusquà lautomne 2002, sera examiné par la cour dappel de Rouen
concernant des heures supplémentaires et du travail à domicile. « Ce genre de décision
nous met du baume au cur. Cest la première fois que nous sortons du tribunal
avec le sourire » conclut une ancienne salariée avant de reprendre sa voiture garée sur
le trottoir den face. Mais avec son indemnité, fût-elle maximum, elle pourra à
peine sen acheter une autre.
L. H.