Journal du 14 mai 2004

Toutes les pistes restent possibles pour les enquêteurs
Un mort dans l'incendie

Criminel ? Accidentel ? Toutes les pistes sont explorées par les enquêteurs, après l’incendie qui a fait un mort et un blessé grave, mercredi matin rue d’Ecosse. La présence de Pascal Grenon, 35 ans, découvert inconscient dans l’appartement situé au-dessus du sien pose question.

Pourquoi les secours ont-ils découvert Pascal Grenon, inconscient, au deuxième étage du 85 rue d’Ecosse alors qu’il habite au premier ? Le moins que l’on puisse dire c’est que les circonstances de l’incendie qui a ravagé cet immeuble étroit de quatre appartements, à l’angle de l’impasse Morel, restent bien mystérieuses. D’autant qu’une voisine affirme avoir entendu quelques heures plus tôt, « alors qu’il avait cassé les carreaux de son appartement » la future victime de ce drame dire « qu’il allait foutre le feu à 5 heures ». Un témoignage qui reste cependant largement à vérifier.

Toujours est-il que c’est un peu après 6 heures, mercredi matin, que le feu s’est déclaré dans le petit appartement du premier étage. Au rez-de-chaussée, le chien de Julien, un étudiant de 19 ans du lycée Pablo-Neruda qui devait passer son BTS le matin-même, donne l’alerte. « Le labrador de mon frère a aboyé, et c’est lui qui a alerté les secours », raconte le frère du jeune locataire du premier étage, ce dernier étant parti passer son examen juste après le drame. Lui, en tout cas, s’en sera tiré indemne.

Même issue heureuse pour Blandine, 22 ans, qui occupait le troisième étage, sous les combles. « Je dormais, et vers 6 h 15 j’ai entendu voler les vitres du dessous en éclats. Me rendant compte de ce qui se passait, j’ai essayé de sortir, mais il y avait déjà des flammes dans l’escalier. Alors, j’ai calfeutré ma porte, ouvert la fenêtre, et je me suis mise à crier durant un quart d’heure ». Il ne se sera pas tout à fait passé un quart d’heure avant que les secours, alertés par Julien, arrivent. La présence d’esprit de Blandine et la rapidité des secours lui ont sans doute sauvé la vie. « Elle n’aurait pas pu passer dans l’escalier », confirment les pompiers qui l’ont sortie du brasier par la grande échelle. Transportée à l’hôpital pour un contrôle et un petit coup d’oxygène, car elle avait inhalé du gaz carbonique, la jeune femme est ressortie en fin de matinée.

Un mort,
un blessé grave

Mais si les locataires du rez-de-chaussée et du troisième s’en sont très bien sortis, ce n’est malheureusement pas le cas de ceux des premier et deuxième étages. C’est en effet au deuxième que les pompiers découvriront les corps inanimés de deux hommes. Ceux-ci étaient couchés sur le plancher. Ils avaient inhalé beaucoup de monoxyde de carbone et ils portaient les traces de nombreuses brûlures, car « le plancher devait chauffer à 180° avec l’incendie qui ravageait l’appartement du dessous » explique un enquêteur.

Pascal Grenon, un Rmiste de 35 ans originaire de Boulogne est alors dans l’état le plus critique. « Il était en arrêt ventilatoire et circulatoire » explique Georges Nivesse, le commandant de l’équipe de secours. « Nous avons réussi à faire repartir le cœur, mais il était toujours inconscient à son arrivée aux urgences de l’hôpital ». Malheureusement, en fin d’après-midi, les médecins ne pouvaient plus rien faire et Pascal Grenon devait décéder à 17 h 30 à l’hôpial, quelques heures après avoir été extirpé des flammes.

Son compagnon d’infortune, Jacky Dubos, un ancien Aliermontais d’une cinquantaine d’années chez qui le jeune Boulonnais avait été trouvé sans connaissance, était lui aussi dans un état grave. Il était inconscient, car « il avait inhalé beaucoup de fumée et de gaz, mais il respirait » poursuit Georges Nivesse. Hier, il était toujours dans un état de santé inquiétant.

« L’hypothèse
d’une tierce personne n’est pas exclue »

Au total, ce sont une trentaine de pompiers de Dieppe et Arques-la-Bataille qui ont été appelés sur les lieux du sinistre. Les deux locataires qui s’en sont sortis indemnes ont été relogés, Blandine par la mairie et Julien dans sa famille. Le maire d’Auffay, propriétaire de l’immeuble, s’est lui aussi rendu sur place.

Puis, c’est une kyrielle d’experts qui sont arrivés sur les lieux. Le plus attendu était celui de la police judiciaire de Paris, arrivé hier après-midi, qui doit tenter de démêler cette affaire qui semble bien compliquée. Car les enquêteurs n’excluent aucune hypothèse. « Nous n’éludons pas l’intervention d’une tierce personne » déclarait mercredi soir une source proche de l’enquête. « Il peut s’agir aussi bien d’un accident que d’un incendie criminel. »

Dans l’appartement, il ne semblait pas y avoir de traces d’hydrocarbure. Mais la présence de Pascal Grenon au deuxième étage, comme réfugié chez son voisin âgé de vingt ans de plus que lui, interpelle évidemment les enquêteurs. « L’expert parisien doit venir pour tenter de déterminer le mode opératoire qui a déclenché l’incendie » conclut notre enquêteur. Si elle n’est pas plus certaine que l’accident, la thèse criminelle est tout de même sérieusement explorée. D’autant qu’après la mort de Pascal Grenon, mercredi après-midi, le parquet s’est saisi de l’affaire.

L’autopsie du corps de Pascal Grenon devra être réalisée lundi matin. Elle permettra de dire si un coup reçu par la victime est antérieur à l’incendie ou a été provoqué lors d’une chûte à cause de la perte de conscience provoquée par l’inhalation de gaz. Pour l’heure, le parquet n’a pas ouvert d’information judiciaire, mais ce pourrait être le cas en fonction des résultats des expertises et de l’autopsie.

O. B.


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