| Criminel ? Accidentel ? Toutes les
pistes sont explorées par les enquêteurs, après lincendie qui a fait un mort et
un blessé grave, mercredi matin rue dEcosse. La présence de Pascal Grenon, 35 ans,
découvert inconscient dans lappartement situé au-dessus du sien pose question. Pourquoi
les secours ont-ils découvert Pascal Grenon, inconscient, au deuxième étage du 85 rue
dEcosse alors quil habite au premier ? Le moins que lon puisse dire
cest que les circonstances de lincendie qui a ravagé cet immeuble étroit de
quatre appartements, à langle de limpasse Morel, restent bien mystérieuses.
Dautant quune voisine affirme avoir entendu quelques heures plus tôt, «
alors quil avait cassé les carreaux de son appartement » la future victime de ce
drame dire « quil allait foutre le feu à 5 heures ». Un témoignage qui reste
cependant largement à vérifier.
Toujours est-il que cest un peu après 6 heures, mercredi matin, que le
feu sest déclaré dans le petit appartement du premier étage. Au rez-de-chaussée,
le chien de Julien, un étudiant de 19 ans du lycée Pablo-Neruda qui devait passer son
BTS le matin-même, donne lalerte. « Le labrador de mon frère a aboyé, et
cest lui qui a alerté les secours », raconte le frère du jeune locataire du
premier étage, ce dernier étant parti passer son examen juste après le drame. Lui, en
tout cas, sen sera tiré indemne.
Même issue heureuse pour Blandine, 22 ans, qui occupait le troisième étage,
sous les combles. « Je dormais, et vers 6 h 15 jai entendu voler les vitres du
dessous en éclats. Me rendant compte de ce qui se passait, jai essayé de sortir,
mais il y avait déjà des flammes dans lescalier. Alors, jai calfeutré ma
porte, ouvert la fenêtre, et je me suis mise à crier durant un quart dheure ». Il
ne se sera pas tout à fait passé un quart dheure avant que les secours, alertés
par Julien, arrivent. La présence desprit de Blandine et la rapidité des secours
lui ont sans doute sauvé la vie. « Elle naurait pas pu passer dans lescalier
», confirment les pompiers qui lont sortie du brasier par la grande échelle.
Transportée à lhôpital pour un contrôle et un petit coup doxygène, car
elle avait inhalé du gaz carbonique, la jeune femme est ressortie en fin de matinée.
Un mort,
un blessé grave
Mais si les locataires du rez-de-chaussée et du troisième
sen sont très bien sortis, ce nest malheureusement pas le cas de ceux des
premier et deuxième étages. Cest en effet au deuxième que les pompiers
découvriront les corps inanimés de deux hommes. Ceux-ci étaient couchés sur le
plancher. Ils avaient inhalé beaucoup de monoxyde de carbone et ils portaient les traces
de nombreuses brûlures, car « le plancher devait chauffer à 180° avec lincendie
qui ravageait lappartement du dessous » explique un enquêteur.
Pascal Grenon, un Rmiste de 35 ans originaire de Boulogne est alors dans
létat le plus critique. « Il était en arrêt ventilatoire et circulatoire »
explique Georges Nivesse, le commandant de léquipe de secours. « Nous avons
réussi à faire repartir le cur, mais il était toujours inconscient à son
arrivée aux urgences de lhôpital ». Malheureusement, en fin daprès-midi,
les médecins ne pouvaient plus rien faire et Pascal Grenon devait décéder à 17 h 30 à
lhôpial, quelques heures après avoir été extirpé des flammes.
Son compagnon dinfortune, Jacky Dubos, un ancien Aliermontais dune
cinquantaine dannées chez qui le jeune Boulonnais avait été trouvé sans
connaissance, était lui aussi dans un état grave. Il était inconscient, car « il avait
inhalé beaucoup de fumée et de gaz, mais il respirait » poursuit Georges Nivesse. Hier,
il était toujours dans un état de santé inquiétant.
« Lhypothèse
dune tierce personne nest pas exclue »
Au total, ce sont une trentaine de pompiers de Dieppe et
Arques-la-Bataille qui ont été appelés sur les lieux du sinistre. Les deux locataires
qui sen sont sortis indemnes ont été relogés, Blandine par la mairie et Julien
dans sa famille. Le maire dAuffay, propriétaire de limmeuble, sest lui
aussi rendu sur place.
Puis, cest une kyrielle dexperts qui sont arrivés sur les lieux. Le
plus attendu était celui de la police judiciaire de Paris, arrivé hier après-midi, qui
doit tenter de démêler cette affaire qui semble bien compliquée. Car les enquêteurs
nexcluent aucune hypothèse. « Nous néludons pas lintervention
dune tierce personne » déclarait mercredi soir une source proche de
lenquête. « Il peut sagir aussi bien dun accident que dun
incendie criminel. »
Dans lappartement, il ne semblait pas y avoir de traces
dhydrocarbure. Mais la présence de Pascal Grenon au deuxième étage, comme
réfugié chez son voisin âgé de vingt ans de plus que lui, interpelle évidemment les
enquêteurs. « Lexpert parisien doit venir pour tenter de déterminer le mode
opératoire qui a déclenché lincendie » conclut notre enquêteur. Si elle
nest pas plus certaine que laccident, la thèse criminelle est tout de même
sérieusement explorée. Dautant quaprès la mort de Pascal Grenon, mercredi
après-midi, le parquet sest saisi de laffaire.
Lautopsie du corps de Pascal Grenon devra être réalisée lundi matin.
Elle permettra de dire si un coup reçu par la victime est antérieur à lincendie
ou a été provoqué lors dune chûte à cause de la perte de conscience provoquée
par linhalation de gaz. Pour lheure, le parquet na pas ouvert
dinformation judiciaire, mais ce pourrait être le cas en fonction des résultats
des expertises et de lautopsie.
O. B. |