| Pour sortir dune concurrence
acharnée et dun contentieux qui pourrait aller devant les tribunaux, le président
du conseil général, Didier Marie, envisage le rachat de la liaison rapide
Dieppe-Newhaven dHoverspeed. Pour sortir de la gestion
directe du transmanche, ce qui nest pas la vocation du conseil général, et la
confier à un délégataire de service public, il faut cesser la concurrence acharnée
avec Hoverspeed qui plombe les deux compagnies. Une solution pourrait être le rachat de
la liaison rapide dHoverspeed par Transmanche ferries ». Après avoir repris à
grand frais - mais pour sauver le port de Dieppe - la ligne de ferries Dieppe-Newhaven, le
Département va-t-il maintenant racheter le lien rapide assuré par le Superseacat?
Lhypothèse nest pas farfelue, et elle a en tout cas fait
lobjet dune proposition du nouveau président du conseil général, Didier
Marie, au patron dHoverspeed, James Sherwood. « Jai déjeuné avec lui il y a
trois semaines, je lui ai proposé quil me cède sa ligne, il ma rétorqué
que lhypothèse était envisageable et jattends sa réponse et sa proposition
de prix dans les tout prochains jours » commentait mardi Didier Marie, joint au
téléphone sur la route de Bordeaux.
Cest que le Département ne veut plus combler chaque année un déficit
qui se creuse de plus en plus et progressivement, après avoir remis le « navire » à
flot, confier la gestion de la ligne Dieppe-Newhaven à une compagnie privée. « Le
transport maritime, ce nest pas notre métier. Notre rôle est de pérenniser la
ligne pour sauver le port de Dieppe et léconomie locale (500 emplois directs et
induits, NDLR), mais il y a des professionnels du transport qui feraient mieux que nous
pour rentabiliser le lien transmanche » ajoute le patron du Département.
« Sortir de la concurrence
acharnée »
Et Didier Marie de rappeler ses
objectifs depuis quil a pris la présidence de Transmanche ferries, dans la foulée
de la présidence du conseil général: « Assurer la continuité de la ligne en injectant
largent nécessaire, confirmer lachat pour la construction des deux bateaux
neufs (des ferries plus rapides prévus pour début 2006, NDLR) et sortir du dispositif
actuel qui nous handicape en allant autant que possible vers une délégation
de service public ».
Mais pour ça, il faut selon Didier Marie « sortir de la logique de concurrence
acharnée avec Hoverspeed ». En vertu des conventions signées par le passé entre le
conseil général de la Seine-Maritime, en effet, il était prévu quHoverspeed
aurait « lexclusivité sur la vente des billets ». Au début, alors que seule la
société privée assurait les réservations, cétait logique, mais depuis, le
Département napprécie pas dêtre tributaire dHoverspeed, « qui
remplit dabord ses bateaux, et perçoit de toute façon des royalties sur les
billets vendus par Transmanche ».
« Mon prédécesseur a rompu unilatéralement cet accord quil avait
signé, mais Hoverspeed ne lentend pas ainsi et est prêt à aller devant le
tribunal » ajoute le président du conseil général. Autre problème: le rachat du port
de Newhaven, « dont la convention fait que nous sommes complètement tributaires du bon
vouloir dHoverspeed » tempête Didier Marie.
« La liaison dété
nest pas inintéressante »
« Nous ne pouvons pas continuer comme ça, sinon les deux
compagnies vont dans le mur », explique le patron du Département. Dans ces conditions,
de deux choses lune: « soit nous allons devant le tribunal chacun de notre côté,
ça dure des années et personne ny gagne, soit nous trouvons un accord à
lamiable. Mais du point de vue dHoverspeed, il ny en a pas, toute remise
en cause des précédents accords étant rejetée ».
Reste donc la solution du rachat du lien, dautant que dans le contexte des
difficultés des liaisons transmanches, avec le désengagement de P&O du Havre
notamment, Hoverspeed envisage de renforcer ses activités dans la Baltique. Dans ce
contexte, le breton Britanny ferries se repositionne en Manche et pourrait très bien
être le délégataire dont parle le conseil général. « Jattends une offre de
reprise dHoverspeed dans les tout prochains jours, mais il faudra quelle soit
raisonnable, conclut Didier Marie qui, sil est prêt à remettre la main au
porte-monnaie » pour sauver la ligne, nen cherche pas moins la solution « qui
permettra de sen sortir au mieux et à moindre coût ».
Alors rachat du lien seul? De la ligne avec le bateau? De la ligne avec le
bateau et le personnel? Pour lheure, le président de Transmanche dit seulement que
« la liaison dété nest pas inintéressante », ce qui laisse entendre que
le Superseacat pourrait lintéresser. Quoi quil en soit, le port de Newhaven
resterait propriété du syndicat mixte Transmanche, « mais délié de la convention avec
Hoverspeed » et si les propositions de rachat sont déraisonnables et engagent par trop
largent des contribuables, « nous irions alors au contentieux ». En tout état de
cause, les négociations seront âpres et longues
O. B. |