Journal du 24 décembre 2004

Rencontre avec le directeur
et le chef de service psychiatrie

Violences à l'hôpital :
"ces actes ne sont pas nouveaux"

Le terrible drame de Pau, survenu le 18 décembre au sein d’une unité psychiatrique, a reposé la question de la sécurité du personnel à l’hôpital. A Dieppe un système de bip a été mis en place: il n’empêche pas les incidents, mais rassure le personnel.

Nous avons comptabilisé 37 signalements de violences avec agressions physiques de mai à juillet 2004 au sein de l’hôpital ». Rien d’exceptionnel pour le directeur du centre hospitalier de Dieppe qui refuse de stigmatiser les événements qui se sont déroulés à Pau. Il ne s’agit évidemment pas de cautionner les actes de violence, mais il faut apporter certaines nuances.

« Tout d’abord, certaines agressions sont liées aux pathologies des patients, comme en psychiatrie par ailleurs. Le secteur des personnes âgées est lui aussi touché: parfois elles ne se laissent pas facilement prodiguer des soins. Et puis, il y a les violences des urgences, liées le plus souvent à l’abus d’alcool ou aux polytoxicomanies », ajoute Yves Bloch.

Tous les actes de violence sont en tout cas consignés: « pas pour faire des statistiques, mais pour montrer au personnel qu'il est écouté et soutenu ».

Autre fait notoire: 80 % du personnel est féminin et 90 % de ces femmes travaillent en horaires décalés.

Ce qui a changé par rapport aux années antérieures, « c’est que le personnel est préparé, mais aussi, qu’il accepte de moins en moins les gestes violents », précise le directeur.

Les agressions des tiers

Si certaines violences restent « acceptables », parce que justement liées aux pathologies, d’autres sont pour Yves Bloch intolérables. Plus concrètement, le directeur relate deux cas: « Le week-end dernier, une jeune femme qui attendait aux urgences s’est fait molester par un homme présent également sur les lieux. La semaine dernière, c’est une infirmière qui a été agressée par une femme qui simulait un coma ».

Heureusement, dans les deux cas, tout s’est bien terminé. N’empêche que des plaintes ont été déposées auprès des services de police.

Des bips dans le service psychiatrie

Depuis cinq ans, le service psychiatrie dispose de bips remis aux agents hospitaliers.

Lorsque l’agent se sent menacé, il appuie sur le bouton. Si le bip tombe, le système s’actionne automatiquement.

Faiblesse du système: « A certains moments, le bip n’est relié qu’à un seul brancardier. Si celui-ci est occupé, il peut mettre du temps à arriver. Mais cela se compte en seulement quelques minutes », explique Annie Navarre, chef de service de psychiatrie et vice présidente du comité médical d’établissement.

Cette dernière tient par ailleurs à souligner que « la violence fait partie intégrante du travail de psychiatrie. Nous ne voulons pas avoir une attitude de méfiance, nous avons une fonction d’accueil et nous devons nous préparer à cette éventuelle violence ».

Si le système mis en place semble bien fonctionner, un protocole devrait prochainement voir le jour afin de l’améliorer.

V. V.


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