| Si elles se retrouvent
à la rue, les femmes seules ou avec enfants ont peu de possibilités de trouver un
hébergement temporaire, à lexception des chambres dhôtel à partir du 1er
novembre. Il y a donc urgence à créer des places, pourquoi pas dans le cadre du projet
dhôtel social qui doit voir le jour dici un an... Mercredi
soir, 20 h 30, gare de Dieppe. Christine attend dans le hall la fermeture pour rejoindre
son squat. Exilée de la banlieue de Rouen, « où cest trop craignos »,
elle a choisi de se poser à Dieppe. En proie à une séparation difficile et à des
difficultés dargent, elle a voulu fuir la grande ville. « Ici, cest plus
tranquille », dit-elle en se faisant servir un café par les bénévoles du Samu
social. Ce soir, elle retrouvera son squat. Il fait 9° C dehors. Mais quand les
températures baisseront encore, où ira-t-elle ? A lhôtel, très
probablement
Car les structures dhébergement durgence pour les femmes sur Dieppe
sont vraiment réduites à la portion congrue. Cest le constat que dressent Evelyne
Dupuis et Sophie André, bénévoles du Samu social que nous avons accompagnées mercredi
soir au début de leur tournée. Constat partagé par les collectivités réunies il y a
trois semaines à linstigation de la communauté dagglomération de Dieppe
(voir ci-dessous).
A la belle saison, elles restent parfois dans la rue, faute dhébergement
temporaire. Et en période de froid, à partir du 1er novembre quand démarre le plan
dhébergement durgence mis en uvre par lEtat jusquen mars,
les femmes qui se retrouvent sans toit nont bien souvent que lhôtel. Bien
sûr, les associations (Armée du Salut, Secours Catholique, Secours Populaire,
Croix-Rouge, association action éducative et préventive Nord 76, uvre normande des
mères, Information solidarité réfugiés
) et le CCAS sont mobilisés pour leur
venir en aide, mais il manque une structure permanente, un hôtel social, par
exemple
3 niveaux dalerte de
novembre à mars
« Le plan dhébergement durgence, activé le
1er novembre jusquau 31 mars, prévoit trois niveaux dalerte, explique M.
Bon, chargé de ce dossier à la sous-préfecture. Le niveau 1 est permanent durant les
cinq mois, le niveau 2 est déclenché dès quil gèle plusieurs jours ou quil
neige, et le niveau 3 est exceptionnel sur Dieppe, réservé au froid extrême. Ces
niveaux permettent de mettre à labri les populations fragiles, SDF, gens qui vivent
dans des caravanes sans chauffage
en renforçant la capacité dhébergement
».
Cest le cas du foyer Vauban, qui est doté dune dizaine de places en
plus en hiver, passant ainsi de 22 à 32 places. Pour ceux qui ne peuvent y entrer,
sil est complet ou parce quils sont en famille, avec un chien ou
simplement femme, ce foyer étant réservé aux hommes il ny a plus que la
nuit dans un hôtel bon marché.
Enquête Sandra Beaufils
et Olivier Bassine
Lagglo se penche sur le
problème
« Les structures sont saturées
»
Pour élaborer le programme local de lhabitat de
la région dieppoise, la communauté dagglomération Dieppe maritime a fait le point
sur les offres de logement dans le secteur. Là encore, on constate le manque de logements
durgence et temporaires pour les femmes.
Tous les professionnels de lhabitat ainsi que des représentants de
diverses associations et les élus étaient là pour faire le point. Il y a quelques
semaines, la communauté dagglomération Dieppe maritime sintéressait aux
offres de logements durgence dans la région dieppoise. Une deuxième étape après
le diagnostic proposé par un cabinet spécialisé avant lélaboration du programme
local de lhabitat (PLH).
Quatre thèmes ont été étudiés au cours de la journée : habitat et
aménagement, logement des jeunes, logement des personnes âgées et handicapées et
logement durgence et temporaire. Les intervenants ont alors remarqué que « les
dispositifs durgence ou daccueil spécifiques sont peu développés sur le
territoire de Dieppe maritime et les femmes ny ont que très peu accès ».
Il existe, en effet, deux centres daccueil gérés par lassociation
des amis du foyer daccueil. Chacun comporte 22 places. La Passerelle, située rue
Albert-Lamotte à Neuville accueille les femmes pour une durée de séjour maximum de six
mois. Le Tonkin, dont la structure doit faire lobjet dune réhabilitation, «
une priorité pour le contrat de Ville de Dieppe », est désormais installé dans les
anciens locaux Vauban. Il est réservé aux hommes seuls.
Lensemble des intervenants et notamment les représentants des deux foyers
ont fait remarquer que « les deux structures sont très souvent saturées et ne
suffisent pas à répondre à la demande. Les durées moyennes de séjour sont
anormalement longues ». Un phénomène renforcé par la « très nette
insuffisance de places en structures intermédiaires » assure le cabinet qui a
conduit le diagnostic. Les bailleurs sont alors sollicités, afin quils deviennent
des partenaires efficaces en proposant des appartements permettant de faire le lien entre
le logement durgence et un habitat locatif classique.
Cest le rôle que lassociation des amis du foyer daccueil fait
jouer aux appartements du « Point de repére ». Des logements réservés aux
jeunes en rupture familiale. Deux ou trois jeunes sinstallent ainsi dans un
appartement avec cuisine et salon collectifs pour une courte durée et moyennant une
participation de 70 euros par mois.
Enfin, le CCAS (centre communal daction sociale) se charge du relogement
de ménages modestes dans le cadre de lOPAHRU (opération programmée
damélioration de lhabitat requalification urbaine) du centre-ville.
Les intervenants ont ainsi émis lidée de développer les structures
intermédiaires, du type résidence sociale (le dernier pallier avant le logement
autonome) et maison relais.
Des projets qui pourraient être soutenus par le plan départemental
daction pour le logement des personnes défavorisées (2002-2006). Co-piloté par le
Département et lEtat, ce plan organise la convergence des différents partenaires
pour mettre en commun les moyens existants et assurer les financements de politiques
visant à favoriser laccès au logement de personnes en difficulté.
Le Samu social
tourne toutes les nuits
De 19 heures à 22 h 30, voire plus tard, la Renault
5 tourne en ville, « en maraude ». Puis les bénévoles de permanence prennent le
portable du Samu social et repartent si besoin à la rencontre dune personne en
détresse dans la rue.
Toute la nuit, ils viennent en aide aux personnes sans abri, leur trouvent un
hébergement si nécessaire ou font appel aux pompiers sils sont blessés, leur
apportent du café, de la soupe, des gâteaux, des couvertures et surtout un peu de
réconfort par la parole. « Ils », ce sont les bénévoles du Samu social mis en
place lan dernier avec lappui de la Ville. Le lundi, cest lArmée
du Salut qui assure la permanence, le mardi M. Bimont du foyer Vauban et M. Baron,
bénévole, le mercredi Evelyne Dupuis, Marie-Madeleine Prévost et Sophie André que nous
avons accompagnées, le jeudi la Croix-Rouge, le vendredi à nouveau M. Baron, le samedi
la Croix-Rouge et le dimanche Erik Schando dInformation solidarité réfugiés. Si
lors dune virée nocturne vous croisez une personne en difficulté, vous pouvez les
joindre en composant le 115. Ou alors, comme le souhaite Erik Schando, « venir en aide
à la personne qui souffre, car tout le monde doit se sentir concerné ».
Lélue chargée des
affaires sociales laffirme :
« Lhôtel social
ouvrira dans un an »
Cétait une promesse électorale
dEdouard Leveau, mais ce pourrait être la communauté dagglomération qui le
mettra en uvre. Pour linstant, le projet dhôtel social de la mairie, un
lieu daccueil et dhébergement temporaire, « de 23 places, qui sont déjà
toutes prises avant même son ouverture » indique Dominique Leteurtre, conseillère
municipale déléguée aux affaires sociales, est en phase de discussion. A
loccasion de la réunion à lagglo, elle expliquait que la passage « du
logement durgence au logement classique se passe souvent mal parce que les gens ont
raté une étape : celle de lhôtel social ».
« Nous avions en vue un local appartenant à la Ville sur le site de
lancien lycée de lEmulation Dieppoise, rue Desmarquets, mais lhôpital
aurait mis une option sur ce bâtiment » ajoute lélue. Nous en sommes donc
pour linstant à létat des lieux, en collaboration avec lagglo et la
DDASS qui doit établir un recensement précis des besoins dici un mois. Hubert
Vergnory, adjoint chargé de lurbanisme, souligne pour sa part « le réel
problème foncier sur Dieppe ». Mais en tout état de cause, « lhôtel
social ouvrira ses portes dici lautomne 2005 » affirme Dominique
Leteurtre qui estime par ailleurs le besoin en hébergement durgence dans le cadre
du plan hiver à « 35 personnes à Dieppe, dont une majorité viennent dune
autre ville et sont de passage ». |