Journal du vendredi 5 novembre 2004

La campagne d'hiver a commencé le 1er novembre
Hébergement d'urgence : ça "urge" pour les femmes

Si elles se retrouvent à la rue, les femmes seules ou avec enfants ont peu de possibilités de trouver un hébergement temporaire, à l’exception des chambres d’hôtel à partir du 1er novembre. Il y a donc urgence à créer des places, pourquoi pas dans le cadre du projet d’hôtel social qui doit voir le jour d’ici un an...

Mercredi soir, 20 h 30, gare de Dieppe. Christine attend dans le hall la fermeture pour rejoindre son squat. Exilée de la banlieue de Rouen, « où c’est trop craignos », elle a choisi de se poser à Dieppe. En proie à une séparation difficile et à des difficultés d’argent, elle a voulu fuir la grande ville. « Ici, c’est plus tranquille », dit-elle en se faisant servir un café par les bénévoles du Samu social. Ce soir, elle retrouvera son squat. Il fait 9° C dehors. Mais quand les températures baisseront encore, où ira-t-elle ? A l’hôtel, très probablement…

Car les structures d’hébergement d’urgence pour les femmes sur Dieppe sont vraiment réduites à la portion congrue. C’est le constat que dressent Evelyne Dupuis et Sophie André, bénévoles du Samu social que nous avons accompagnées mercredi soir au début de leur tournée. Constat partagé par les collectivités réunies il y a trois semaines à l’instigation de la communauté d’agglomération de Dieppe (voir ci-dessous).

A la belle saison, elles restent parfois dans la rue, faute d’hébergement temporaire. Et en période de froid, à partir du 1er novembre quand démarre le plan d’hébergement d’urgence mis en œuvre par l’Etat jusqu’en mars, les femmes qui se retrouvent sans toit n’ont bien souvent que l’hôtel. Bien sûr, les associations (Armée du Salut, Secours Catholique, Secours Populaire, Croix-Rouge, association action éducative et préventive Nord 76, œuvre normande des mères, Information solidarité réfugiés…) et le CCAS sont mobilisés pour leur venir en aide, mais il manque une structure permanente, un hôtel social, par exemple…

3 niveaux d’alerte de novembre à mars

« Le plan d’hébergement d’urgence, activé le 1er novembre jusqu’au 31 mars, prévoit trois niveaux d’alerte, explique M. Bon, chargé de ce dossier à la sous-préfecture. Le niveau 1 est permanent durant les cinq mois, le niveau 2 est déclenché dès qu’il gèle plusieurs jours ou qu’il neige, et le niveau 3 est exceptionnel sur Dieppe, réservé au froid extrême. Ces niveaux permettent de mettre à l’abri les populations fragiles, SDF, gens qui vivent dans des caravanes sans chauffage… en renforçant la capacité d’hébergement ».

C’est le cas du foyer Vauban, qui est doté d’une dizaine de places en plus en hiver, passant ainsi de 22 à 32 places. Pour ceux qui ne peuvent y entrer, s’il est complet – ou parce qu’ils sont en famille, avec un chien ou simplement femme, ce foyer étant réservé aux hommes – il n’y a plus que la nuit dans un hôtel bon marché.

 

Enquête Sandra Beaufils
et Olivier Bassine

L’agglo se penche sur le problème

« Les structures sont saturées »

Pour élaborer le programme local de l’habitat de la région dieppoise, la communauté d’agglomération Dieppe maritime a fait le point sur les offres de logement dans le secteur. Là encore, on constate le manque de logements d’urgence et temporaires pour les femmes.

Tous les professionnels de l’habitat ainsi que des représentants de diverses associations et les élus étaient là pour faire le point. Il y a quelques semaines, la communauté d’agglomération Dieppe maritime s’intéressait aux offres de logements d’urgence dans la région dieppoise. Une deuxième étape après le diagnostic proposé par un cabinet spécialisé avant l’élaboration du programme local de l’habitat (PLH).

Quatre thèmes ont été étudiés au cours de la journée : habitat et aménagement, logement des jeunes, logement des personnes âgées et handicapées et logement d’urgence et temporaire. Les intervenants ont alors remarqué que « les dispositifs d’urgence ou d’accueil spécifiques sont peu développés sur le territoire de Dieppe maritime et les femmes n’y ont que très peu accès ».

Il existe, en effet, deux centres d’accueil gérés par l’association des amis du foyer d’accueil. Chacun comporte 22 places. La Passerelle, située rue Albert-Lamotte à Neuville accueille les femmes pour une durée de séjour maximum de six mois. Le Tonkin, dont la structure doit faire l’objet d’une réhabilitation, « une priorité pour le contrat de Ville de Dieppe », est désormais installé dans les anciens locaux Vauban. Il est réservé aux hommes seuls.

L’ensemble des intervenants et notamment les représentants des deux foyers ont fait remarquer que « les deux structures sont très souvent saturées et ne suffisent pas à répondre à la demande. Les durées moyennes de séjour sont anormalement longues ». Un phénomène renforcé par la « très nette insuffisance de places en structures intermédiaires » assure le cabinet qui a conduit le diagnostic. Les bailleurs sont alors sollicités, afin qu’ils deviennent des partenaires efficaces en proposant des appartements permettant de faire le lien entre le logement d’urgence et un habitat locatif classique.

C’est le rôle que l’association des amis du foyer d’accueil fait jouer aux appartements du « Point de repére ». Des logements réservés aux jeunes en rupture familiale. Deux ou trois jeunes s’installent ainsi dans un appartement avec cuisine et salon collectifs pour une courte durée et moyennant une participation de 70 euros par mois.

Enfin, le CCAS (centre communal d’action sociale) se charge du relogement de ménages modestes dans le cadre de l’OPAHRU (opération programmée d’amélioration de l’habitat requalification urbaine) du centre-ville.

Les intervenants ont ainsi émis l’idée de développer les structures intermédiaires, du type résidence sociale (le dernier pallier avant le logement autonome) et maison relais.

Des projets qui pourraient être soutenus par le plan départemental d’action pour le logement des personnes défavorisées (2002-2006). Co-piloté par le Département et l’Etat, ce plan organise la convergence des différents partenaires pour mettre en commun les moyens existants et assurer les financements de politiques visant à favoriser l’accès au logement de personnes en difficulté.

Le Samu social tourne toutes les nuits

De 19 heures à 22 h 30, voire plus tard, la Renault 5 tourne en ville, « en maraude ». Puis les bénévoles de permanence prennent le portable du Samu social et repartent si besoin à la rencontre d’une personne en détresse dans la rue.

Toute la nuit, ils viennent en aide aux personnes sans abri, leur trouvent un hébergement si nécessaire ou font appel aux pompiers s’ils sont blessés, leur apportent du café, de la soupe, des gâteaux, des couvertures et surtout un peu de réconfort par la parole. « Ils », ce sont les bénévoles du Samu social mis en place l’an dernier avec l’appui de la Ville. Le lundi, c’est l’Armée du Salut qui assure la permanence, le mardi M. Bimont du foyer Vauban et M. Baron, bénévole, le mercredi Evelyne Dupuis, Marie-Madeleine Prévost et Sophie André que nous avons accompagnées, le jeudi la Croix-Rouge, le vendredi à nouveau M. Baron, le samedi la Croix-Rouge et le dimanche Erik Schando d’Information solidarité réfugiés. Si lors d’une virée nocturne vous croisez une personne en difficulté, vous pouvez les joindre en composant le 115. Ou alors, comme le souhaite Erik Schando, « venir en aide à la personne qui souffre, car tout le monde doit se sentir concerné ».

L’élue chargée des affaires sociales l’affirme :

« L’hôtel social ouvrira dans un an »

C’était une promesse électorale d’Edouard Leveau, mais ce pourrait être la communauté d’agglomération qui le mettra en œuvre. Pour l’instant, le projet d’hôtel social de la mairie, un lieu d’accueil et d’hébergement temporaire, « de 23 places, qui sont déjà toutes prises avant même son ouverture » indique Dominique Leteurtre, conseillère municipale déléguée aux affaires sociales, est en phase de discussion. A l’occasion de la réunion à l’agglo, elle expliquait que la passage « du logement d’urgence au logement classique se passe souvent mal parce que les gens ont raté une étape : celle de l’hôtel social ».

« Nous avions en vue un local appartenant à la Ville sur le site de l’ancien lycée de l’Emulation Dieppoise, rue Desmarquets, mais l’hôpital aurait mis une option sur ce bâtiment » ajoute l’élue. Nous en sommes donc pour l’instant à l’état des lieux, en collaboration avec l’agglo et la DDASS qui doit établir un recensement précis des besoins d’ici un mois. Hubert Vergnory, adjoint chargé de l’urbanisme, souligne pour sa part « le réel problème foncier sur Dieppe ». Mais en tout état de cause, « l’hôtel social ouvrira ses portes d’ici l’automne 2005 » affirme Dominique Leteurtre qui estime par ailleurs le besoin en hébergement d’urgence dans le cadre du plan hiver à « 35 personnes à Dieppe, dont une majorité viennent d’une autre ville et sont de passage ».


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