Journal du 10 décembre 2004

La DDASS et les pouvoirs publics se mobilisent enfin
Méningite : la guerre est déclarée

Il y en aura moins en 2004 que l’an dernier. Mais il n’empêche que la moitié des cas d’une souche particulièrement sévère de méningite B recensés en France depuis le début de l’année ont été enregistrés en Seine-Maritime. Et la région dieppoise reste le foyer le plus important. C’est pourquoi les pouvoirs publics ont décidé d’y lancer une vaste campagne d’information.

On ne peut pas parler d’épidémie. Pour cela, il faudrait qu’il y ait eu trois cas d’une même souche dans le même secteur durant les trois derniers mois et qu’il y ait eu plus de dix cas sur 100 000 habitants les 52 dernières semaines. Mais il y a en Seine-Maritime, et en particulier dans la région dieppoise, un nombre de cas anormalement élevé ». Par la voix de Jean-François Brière, directeur départemental de la DDASS, les pouvoirs publics ont pris la mesure de l’ampleur des dégâts provoqués dans la région par la méningite à méningocoque. Et ont décidé d’endiguer les séquelles, voire la mortalité, en informant les familles. Enfin ! serait-on tenté de dire…

La DDASS et la préfecture, aidées par la mairie de Dieppe, ont donc lancé depuis hier une vaste campagne : 200 000 plaquettes d’information sur les symptômes de la méningite vont être distribuées en Seine-Maritime, dont environ 40 000 dans la seule région dieppoise. 20 000 seront distribuées dès la semaine prochaine dans les établissements scolaires de 75 communes situées dans un rayon de 12 km autour de Dieppe, soit un total de 85 000 habitants. Pour l’heure, c’est la mairie de Dieppe qui sert de plaque tournante à cette distribution.

Trop de mortalité

On n’en est donc pas encore à 10 cas pour 100 000 habitants dans la région de Dieppe, mais on n’en est pas loin : 7,4 dans le secteur Dieppe-Caux maritime ces 52 dernières semaines (au 1er décembre 2004), correspondant à 15 cas sur une population de 202 000 habitants (source Institut national de veille sanitaire). Ce chiffre de 7,4 cas pour 100 000 habitants est à comparer avec les 2,4 cas en moyenne départementale et 1,3 cas en moyenne nationale !

La région dieppoise, s’il n’y a pas d’épidémie, pose néanmoins un problème sérieux aux professionnels de la santé publique. Comme nous le révélions en mai dernier, l’Institut national de veille sanitaire confirme dans son rapport du 6 décembre que « l’hyper endémie d’infections invasives à méningocoques est directement liée à la survenue d’un nombre de cas anormalement élevé dans la région de Dieppe ».

Et il s’agit de méningites graves, car, ajoute l’INVS, « la mortalité et la proportion de formes graves (purpura fulminans provoquant une septicémie) sont supérieures à celles attendues en France », et « les adolescents sont sur-représentés parmi les cas par rapport aux autres départements ».

Trop d’adolescents

De fait, la méningite à méningocoque a fait 8 morts sur 32 cas en 2003, 3 morts sur 26 cas en 2004, dont un en février à Offranville. Dans 81 % des cas, il s’agit de méningite de type B, dont 88 % des cas sont imputables à une souche particulière baptisée
B14 :P1 ,7,16. La proportion de purpura fulminans depuis un an parmi ces cas est de 48 %, et les ados (15-19 ans) sont les plus touchés : 31 % des cas. Viennent ensuite les 5-14 ans (23 %), les 1-4 ans (23 %), les plus de 25 ans (12 %) et les 20-24 ans (8 %).

Il n’existe pas de vaccin contre la méningite B, et le traitement préventif des habitants par chimioprophylaxie, comme cela a été fait à Metz ou Saint-Claude, ne donnerait rien car, selon l’INVS, « l’étendue de la période et de la zone de survenue des cas indique que la souche a largement diffusé dans la population, et serait réintroduite très rapidement ». Trop tard, et il reste donc seulement l’information et la réactivité des soins pour combattre la bactérie.

Olivier Bassine

« Gare aux taches rouges »

En cas de doute, mieux vaut aller trop souvent chez le médecin que pas assez. Tel est en substance le message délivré par les autorités médicales. « Les cas de purpura fulminans (taches rouges sur le corps indiquant une septicémie) représentent 25 % des 770 cas recensés en France ces 52 dernières semaines » indique le professeur François Caron, chef du service des maladies infectieuses du CHU de Rouen (48 % en Seine-Maritime, 46 % dans la région dieppoise). « Le taux de mortalité du plus fulgurant de ces purpura est d’un malade sur trois. A l’apparition de taches rouges sur le corps , il y a « sururgence. » Chaque minute compte, il faut alors transporter le malade dans un véhicule médicalisé dans les vingt minutes ».

La plaquette du ministère de la Santé invite, devant toute apparition de fièvre, quel que soit l’âge, à « ne pas laisser le malade sans surveillance et surveiller la peau (apparition de taches rouges ou violacées s’étendant rapidement) ». Et plus généralement à surveiller les signes de méningite : « maux de tête, raideur de la nuque, courbatures, gêne à la lumière, somnolence ou changement de comportement de l’enfant, vomissements, maux de ventre». Il faut alors appeler son médecin traitant ou le 15.


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