Les murs de léglise
Saint-Jacques de Dieppe cachent bien des trésors. Au XVIIe siècle, des hommes ont
laissé trace de leur passage en réalisant des graffitis sur les murs de la tour
Saint-Jacques lorsque celle-ci servait de prison. Des personnages, des bateaux,
aujourdhui menacés de disparition, la pierre se dégradant jour après jour. Serge
Ramond,
les a tous répertoriés.Graffiti
Un mot qui à notre
époque revêt une connotation bien négative. Pourtant certains dessins gravés dans la
pierre peuvent nous apprendre bien plus sur notre histoire quon ne le pense. Les
graffitis anciens de léglise Saint-Jacques, en tout cas, sont des plus précieux.
Et pour cause. Situés en majorité dans la tour du même nom, ces dessins de navires, de
saints et de personnages datent du XVIIe. Ce week-end, réunis pour un colloque à la
médiathèque Jean-Renoir, les membres de lAssociation de sauvegarde du patrimoine
archéologique et glyptographique se sont laissé émerveiller par les commentaires sur le
sujet faits par leur président Serge Ramond.
Passionné par la ville de Dieppe et surtout par la mémoire des murs, celui-ci
leur a exposé son travail de recherche et la manière utilisée pour répertorier les
graffitis de cette église. Et surtout ses craintes concernant leur disparition à court
terme. Voilà près de trente ans, il a appris que deux Dieppois, Henri Cahingt et Olivier
de Prat, dans les années soixante, avaient découvert ces dessins gravés par
lhomme dans les pierres de léglise. Aussitôt il sest rendu sur place
pour pouvoir en garder la trace. Deux dessins de bateaux sont visibles dans léglise
même, protégés par des vitres. Les autres ne sont pas accessibles au public,
laccès de la tour nétant pas autorisé. Par un procédé de moulage et
destampage, il a pu en relever les empreintes et les transférer sur le papier.
Dessins datés et signés
Mais qui, voilà près de 400 ans a bien pu graver ces
vaisseaux hollandais, ces scènes de la Passion ou ces personnages bourgeois dans le
calcaire ? Cette grande question reste en suspens. Le lieu a semble-t-il servi de geôle.
Les détenus auraient donc eu tout le loisir de marquer leur passage. Mais qui
étaient-ils ? Marins, soldats darmées en déroute, simples Dieppois ou gardiens ?
Des dessins sont datés et signés. Mais il faudrait faire des recherches plus
approfondies pour en découvrir tous les secrets.
Et pour cela, le temps est désormais compté. « Ces bateaux et autres
graffitis sont dangereusement menacés. La pierre est tellement grise et souffreteuse »,
explique Serge Ramond. Daprès lui, le processus de destruction est irréversible.
« La pierre est malade, couverte de pustules. Un champignon blanc la fait éclater »,
poursuit-il, désolé que rien nait été tenté auparavant pour sauvegarder ce
patrimoine. « Jai limpression que tout le monde sen moque »,
lance-t-il. Les dessins de la grande salle de la tour sont les plus menacés. Ceux de
lescalier qui y accède ont moins souffert de loutrage du temps, du sel marin
et des fientes de pigeons.
Dici quelques années, beaucoup de ces trésors auront disparu. Seul
quelques passionnés comme Serge Ramond en conserveront la trace. Pour que le public
puisse découvrir ce pan du patrimoine dieppois, ce dernier a édité un petit ouvrage
reprenant les estampages des graffitis les plus importants et les plus marquants. Il est
possible de le commander pour 12 euros auprès du musée (voir encadré) et peut-être
prochainement le trouver en librairie sur Dieppe.
Véronique Guiborel
Un musée de la mémoire des murs
Les visiteurs du Musée de la mémoire des murs, créé par
Serge Ramond à Verneuil-en-Halatte près de Creil dans lOise, peuvent découvrir
une partie des moulages et des estampages réalisés dans léglise Saint-Jacques de
Dieppe. Les navires hollandais et autres dessins retrouvés dans la cité dAngo y
côtoient les moulages, écrits, dessins gravés dans la pierre ou sur bois de la France
entière. Des trésors de lAge de bronze jusquà nos jours conservés par ce
passionné.
Musée de la mémoire des murs. allée Jules-Ferry, 60 550 Verneuil-en-Halatte.
03 44 24 54 81. www.memoiredesmurs.com ou par e-mail : musee@memoiremurs.com |