Journal du mardi 5 octobre 2004

Un pan du patrimoine dieppois en voie de disparition
Les graffitis du XVIIe siècle
de l'église Saint-Jacques menacés

Les murs de l’église Saint-Jacques de Dieppe cachent bien des trésors. Au XVIIe siècle, des hommes ont laissé trace de leur passage en réalisant des graffitis sur les murs de la tour Saint-Jacques lorsque celle-ci servait de prison. Des personnages, des bateaux, aujourd’hui menacés de disparition, la pierre se dégradant jour après jour. Serge Ramond,
les a tous répertoriés.

Graffiti… Un mot qui à notre époque revêt une connotation bien négative. Pourtant certains dessins gravés dans la pierre peuvent nous apprendre bien plus sur notre histoire qu’on ne le pense. Les graffitis anciens de l’église Saint-Jacques, en tout cas, sont des plus précieux. Et pour cause. Situés en majorité dans la tour du même nom, ces dessins de navires, de saints et de personnages datent du XVIIe. Ce week-end, réunis pour un colloque à la médiathèque Jean-Renoir, les membres de l’Association de sauvegarde du patrimoine archéologique et glyptographique se sont laissé émerveiller par les commentaires sur le sujet faits par leur président Serge Ramond.

Passionné par la ville de Dieppe et surtout par la mémoire des murs, celui-ci leur a exposé son travail de recherche et la manière utilisée pour répertorier les graffitis de cette église. Et surtout ses craintes concernant leur disparition à court terme. Voilà près de trente ans, il a appris que deux Dieppois, Henri Cahingt et Olivier de Prat, dans les années soixante, avaient découvert ces dessins gravés par l’homme dans les pierres de l’église. Aussitôt il s’est rendu sur place pour pouvoir en garder la trace. Deux dessins de bateaux sont visibles dans l’église même, protégés par des vitres. Les autres ne sont pas accessibles au public, l’accès de la tour n’étant pas autorisé. Par un procédé de moulage et d’estampage, il a pu en relever les empreintes et les transférer sur le papier.

Dessins datés et signés

Mais qui, voilà près de 400 ans a bien pu graver ces vaisseaux hollandais, ces scènes de la Passion ou ces personnages bourgeois dans le calcaire ? Cette grande question reste en suspens. Le lieu a semble-t-il servi de geôle. Les détenus auraient donc eu tout le loisir de marquer leur passage. Mais qui étaient-ils ? Marins, soldats d’armées en déroute, simples Dieppois ou gardiens ? Des dessins sont datés et signés. Mais il faudrait faire des recherches plus approfondies pour en découvrir tous les secrets.

Et pour cela, le temps est désormais compté. « Ces bateaux et autres graffitis sont dangereusement menacés. La pierre est tellement grise et souffreteuse », explique Serge Ramond. D’après lui, le processus de destruction est irréversible. « La pierre est malade, couverte de pustules. Un champignon blanc la fait éclater », poursuit-il, désolé que rien n’ait été tenté auparavant pour sauvegarder ce patrimoine. « J’ai l’impression que tout le monde s’en moque », lance-t-il. Les dessins de la grande salle de la tour sont les plus menacés. Ceux de l’escalier qui y accède ont moins souffert de l’outrage du temps, du sel marin et des fientes de pigeons.

D’ici quelques années, beaucoup de ces trésors auront disparu. Seul quelques passionnés comme Serge Ramond en conserveront la trace. Pour que le public puisse découvrir ce pan du patrimoine dieppois, ce dernier a édité un petit ouvrage reprenant les estampages des graffitis les plus importants et les plus marquants. Il est possible de le commander pour 12 euros auprès du musée (voir encadré) et peut-être prochainement le trouver en librairie sur Dieppe.

Véronique Guiborel

Un musée de la mémoire des murs

Les visiteurs du Musée de la mémoire des murs, créé par Serge Ramond à Verneuil-en-Halatte près de Creil dans l’Oise, peuvent découvrir une partie des moulages et des estampages réalisés dans l’église Saint-Jacques de Dieppe. Les navires hollandais et autres dessins retrouvés dans la cité d’Ango y côtoient les moulages, écrits, dessins gravés dans la pierre ou sur bois de la France entière. Des trésors de l’Age de bronze jusqu’à nos jours conservés par ce passionné.

Musée de la mémoire des murs. allée Jules-Ferry, 60 550 Verneuil-en-Halatte. 03 44 24 54 81. www.memoiredesmurs.com ou par e-mail : musee@memoiremurs.com


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