Journal du 24 décembre 2004

La mère est mineure, le père est majeur
et la belle-mère n'en veut pas...

Une famille séparée par la loi

Ils s’aiment, ils veulent fonder un foyer, mais ils en sont pour l’instant empêchés. Mathias et J. ont eu il y a deux mois un petit Mathéo que le père légitime n’a le droit de voir qu’une heure par jour. La maman n’a que 17 ans et demi. C’est donc dans un foyer qu’elle passera le réveillon avec son bébé, tandis que Mathias sera seul avec sa mère.

Est-il possible d’empêcher un couple, qui vient d’avoir un enfant et qui s’aime, de se voir, surtout pendant les fêtes ? Réponse : oui. Surtout quand la maman est mineure et qu’elle est placée dans un foyer. C’est la triste histoire dont est victime un jeune couple dieppois. Dans six mois, quand la jeune maman sera majeure, elle fera ce qu’elle voudra. Mais en attendant elle doit s’en tenir aux décisions du juge des enfants de Rouen.

Mathias, un jeune Dieppois de 21 ans, a rencontré J.,aujourd’hui âgée de 17 ans et demi. Elle n’est pas majeure, mais ils semblent tous deux déterminés à faire un bout de chemin ensemble. D’autant plus long, sans doute, qu’un bébé, le petit Mathéo, est né il y a deux mois. Problème : les situations familiales étant compliquées, le juge des enfants - estimant que la jeune fille est en danger - a décidé de placer J. et son bébé dans un foyer à Dieppe, où Mathias ne peut voir sa compagne et son fils que durant une heure par jour. Et si la petite famille peut être réunie le 25 décembre, en revanche ce sera chacun chez soi pour le réveillon du 24…

« J’aime J., je veux vivre avec elle et je veux voir mon fils » lance Mathias qui est venu nous voir dans les bureaux des Infos mercredi soir. Sa jeune compagne confirme : quand elle sera majeure, elle quittera sa mère et viendra vivre avec Mathias. Mais en attendant, elle est placée dans un foyer avec son enfant. Après la naissance du bébé, elle a fait une demande d’émancipation qui lui a été refusée, de même que la justice a refusé le mariage de la jeune mineure avec son compagnon. « En janvier, je lui offre une bague de fiançailles » lance pourtant Mathias, déterminé.

« C’est un enfant de l’amour »

Enfant adoptée, J. voit aujourd’hui ses parents divorcés. Et comme sa mère ne veut pas entendre parler d’une relation avec Mathias, elle semble tout faire pour l’empêcher de voir sa fille, et du coup son petit-fils. Invoquant le fait que le jeune homme - qui travaille pourtant en usine à Saint-Valery-en-Caux et perçoit donc un salaire - n’a pas encore trouvé de logement et vit chez sa mère, elle refuse absolument que sa fille et son petit-fils vivent ensemble, soit chez elle, soit chez la mère de Mathias. C’est que le compagnon de cette dernière est incarcéré depuis trois ans pour trafic de stupéfiants.

« C’est vrai, mais il n’y a pas de drogue à la maison et mon compagnon est en prison. Ça n’a rien à voir, proteste la grand-mère du petit Mathéo qui se plaint-elle aussi « de ne pas avoir le droit de voir mon petit-fils ». Elle fustige une décision qui « sépare une famille qui s’aime, car cet enfant, ce n’est pas un accident, c’est un enfant de l’amour ». Certes, la maman est un peu jeune, mais le couple a vraiment l’air heureux. Nous avons pu les voir ensemble mercredi soir.

« Je suis prêt à tout pour revoir mon fils », s’enflamme le jeune père, qui redoute une décision qui rapprocherait J. de sa mère, et par ricochet l’éloignerait, lui, de sa compagne et de son enfant. La jeune maman et son bébé doivent en effet quitter le foyer dieppois vers le 10 janvier pour s’installer à Canteleu. « Je devrai faire deux heures de route pour voir mon fils une heure par jour ? Ah ça, non ! » proteste le jeune homme qui n’est pas décidé à attendre les bras ballants que sa compagne atteigne l’âge de 18 ans.

En attendant, pour Noël, la jeune famille aura le droit de se voir le 25 décembre, mais pas la veille. Et pour le réveillon de la Saint-Sylvestre, tout dépendra de la façon dont se seront passées les choses le jour de Noël.

O.B.

Pour l’avocat de Mathias : « Un conflit de lois »

C’est un problème complexe. Il y a un conflit entre deux lois, explique François Garraud, l’avocat du jeune Mathias. L’enfant a été reconnu par son père, mais la mère est mineure. Ses parents étant divorcés (et de plus sa mère ne voulant pas entendre parler de Mathias, NDLR), elle est considérée en danger par le juge des enfants qui a donc décidé de la placer dans un foyer ». Or, la mère de Mathias se déclare tout à fait prête à accueillir sa belle-fille et son petit-fils sous son toit.

Mais à cause de la vieille affaire de stupéfiants, « le juge a les pleins pouvoirs sur la situation de la mère mineure, et donc sur l’enfant de celle-ci » ajoute Me Garraud. L’avocat dieppois a contacté le juge des enfants de Rouen en octobre, « mais je n’ai à ce jour reçu aucune réponse » nous indiquait-il mercredi soir. Du coup, il a adressé un courrier au juge des enfants de Dieppe pour faire valoir les droits légitimes du père de voir son enfant. D’autant que le couple n’est pas séparé, et qu’il ne semble y avoir aucune violence, bien au contraire.

Si une solution n’est pas trouvée d’ici là, la petite famille risque de devoir attendre encore six mois avant de pouvoir, enfin, vivre ensemble en paix.


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