Journal du 22 octobre 2004

Le liquidateur judiciaire a déposé une demande au tribunal
Le Snekkar à la casse ?

Le jour même où Edouard Leveau obtenait une décision de justice favorable à son ancien bateau, le Snekkar, lui laissant espérer percevoir 270000 euros d’indemnités, le liquidateur judiciaire demandait la mise à la casse du bateau. C’est que les frais de port coûtent très cher…

Le même jour… Jeudi matin, le tribunal de commerce de Dieppe donne raison à Edouard Leveau, le député-maire de Dieppe, dans son combat (privé) contre le From-Nord, le fonds régional qui a organisé les quotas de pêche pour la profession en Manche et Mer du Nord. Estimant que l’éviction de l’armement dieppois du fonds régional n’est pas valide, que de ce fait des quotas devaient lui être attribués et non à un armateur malouin comme ce fut le cas, et que de ce fait l’immobilisation de l’unique bateau de l’armement Leveau depuis l’automne 2003 n’a pas lieu d’être, le tribunal de commerce condamnait le From-Nord à verser 270000 euros à l’armement Leveau.

Mais les tribulations du dernier chalutier-surgélateur dieppois pour la grande pêche n’étaient pas pour autant finies, loin s’en faut. D’abord, parce que le From-Nord fera évidemment appel, et que l’argent devra être placé sous séquestre en attendant l’arrêt de la cour d’appel. Mais ensuite et surtout parce que les frais de mise à quai du Snekkar commencent à constituer une addition que le liquidateur devra payer un jour ou l’autre à la chambre de commerce. Et s’il est lui-même auxiliaire de justice mandaté par le même tribunal, il se doit d’effectuer la mission de liquidation qui lui a été confiée.

Décision - ou report - début novembre

Du coup, le soir même du jour où Edouard Leveau apprenait la bonne nouvelle, le liquidateur déposait une requête devant le même tribunal pour le « déchirement » du bateau. En clair, Me Lemoine demande que le Snekkar parte à la casse, la prime de « déchirement » permettant dès lors d’honorer les créances, parmi lesquelles ces fameux frais de port dus à la chambre de commerce.

« Je ne comprends pas pourquoi le liquidateur a demandé cette démolition à vil prix, alors que le tribunal venait de nous redonner de l’espoir » commentait dépité Edouard Leveau mardi dernier. « Il a sans doute besoin d’argent pour le mettre sur le compte 2004, mais ça pouvait attendre un peu, car nous allons percevoir 270000 euros ».

Mais si la justice peut être lente d’un côté - avec une procédure d’appel de la part du From-Nord qui peut durer plusieurs mois, voire plusieurs années - en revanche les besoins de la liquidation judiciaire, eux, doivent aller à marche forcée. Le liquidateur ne peut en effet laisser s’accumuler les dettes engendrées par le navire, et n’ayant ni repreneur, ni acheteur pour le bateau, ni argent, il en trouve où il peut. La prime à la casse est peut-être la seule solution qui s’offre pour solder les comptes. A moins qu’il ne cherche à vendre le bateau à l’étranger…

Car si décision du tribunal de commerce est exécutoire - c’est-à-dire que les 270000 euros doivent être versés par le From-Nord - en revanche le liquidateur ne peut les percevoir. En attendant le délai d’appel, l’argent sera placé sous séquestre jusqu’à ce que la cour le rende soit au From-Nord, soit à l’armement Leveau en cours de liquidation.

En tout état de cause, le tribunal de commerce devra se prononcer rapidement sur la requête de mise à la casse. « Le juge-commissaire devra décider rapidement, ou surseoir à la décision » commente Edouard Leveau. L’affaire sera examinée selon toute vraisemblance début novembre.

O.B.


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