Journal du 7 décembre 2004

Un an au lieu de dix contre l'ancien patron du RPR
Christian Cuvilliez bénéficiera-t-il
de l'arrêt Juppé ?

Les dispositions du code électoral étant rayées d’un trait de plume dans l’affaire Juppé, l’ancien député-maire de Dieppe, Christian Cuvilliez, peut légitimement espérer revenir sur la scène politique dans deux ans au lieu de cinq.

Ainsi en a décidé la cour d’appel de Versailles: un texte du code électoral (l’article L7) est rayé d’un trait de plume, considérant que la sanction pénale (un an d’inéligibilité) prime sur la disposition automatique qui veut que toute personne condamnée pour détournements de fonds publics (5 ans de radiation) ou de prise illégale d’intérêts (10 ans de radiation) soit radiée des listes électorales. Comme si, en fait, la loi de 1995 régissant le droit d’inscription sur les listes n’existait pas…

L’avocat général de la cour d’appel de Versailles avait estimé dans l’affaire des emplois fictifs du RPR contre Alain Juppé qu’il était « inopportun de faire application d’un texte controversé dans d’autres enceintes ». La cour d’appel de Versailles l’a suivi, sans donner davantage d’explications sur un argument qui consiste purement et simplement à dire qu’une loi n’existe pas, dès lors qu’une autre prend le relais. Curieuse approche, qui mérite au moins de revoir la législation sur le code électoral: puisque l’article L7 est controversé et ne sert à rien, autant le supprimer…

Alain Juppé est donc passé par miracle de dix ans de radiation des listes électorales (tribunal correctionnel de Nanterre) à seulement un an d’inéligibilité (cour d’appel de Versailles). Sa condamnation à quatorze mois de prison avec sursis sera inscrite à son casier judiciaire, mais cela n’aura plus d’effet, en décembre 2005, sur son droit à se présenter à une élection.

« Deux ans, et c’est tout »

A Dieppe, l’exceptionnelle clémence des juges versaillais peut légitimement redonner espoir à Christian Cuvilliez. L’ancien député-maire a été condamné dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie au bénéfice du PCF et de la CGT. Mais sa peine à lui a été confirmée sans autre explication de texte ou précaution concernant son éligibilité par la cour d’appel de Rouen. Dont l’arrêt confirmant la condamnation n’a pas été cassé par la Cour de cassation. Ce qui devrait signifier sa radiation automatique des listes électorales durant cinq ans en vertu de cet article L7 aujourd’hui remis en cause par la cour d’appel de Versailles (pour Juppé, le couperet aurait été de dix ans, car le tribunal de Nanterre prenait en compte la prise illégale d’intérêt, qui double la durée de radiation, ce qui n’était pas le cas pour Cuvilliez).

« Le préfet m’a signifié mon retrait du conseil municipal, mais c’est tout, expliquait vendredi Christian Cuvilliez qui a en outre été condamné par la cour d’appel de Rouen à deux ans d’inéligibilité. Mais je n’ai pas été prévenu d’une radiation des listes électorales. D’ailleurs, je vais le vérifier, mais je dois être toujours inscrit ». C’est l’INSEE qui devrait procéder à cette radiation, suite à l’avis transmis par la cour d’appel. Mais on imagine mal que cela se fasse sans tenir compte de la nouvelle jurisprudence Juppé. Du coup, au lieu de devoir attendre 2009, l’ancien élu communiste pourrait revenir sur la scène politique dès 2006…

« L’article L7 serait une double peine »

Une jurisprudence que ne va évidemment pas contester Christian Cuvilliez, même s’il estime par ailleurs que « l’arrêt rendu dans l’affaire Juppé est particulièrement clément, car lui niait, alors que moi je revendiquais un choix de gestion collectivement assumé ». Concernant le code électoral, il estime que « l’article L7 peut être assimilé à une double peine qui va à l’encontre du code pénal. Il contrevient au libre choix des juges de fixer eux-mêmes la sanction. Pour redonner de la crédibilité aux prérogatives des juges, il faut qu’un article prévale sur l’autre ».

Fort de cet argumentaire qui aura été celui de l’avocat général versaillais, l’ancien député-maire de Dieppe va s’entretenir avec son avocat: « Nous allons nous procurer les attendus de l’arrêt de Versailles et examiner les moyens d’explorer ses conséquences ». Mais si d’une cour de Nanterre à une autre de Versailles, les jugements et arrêts peuvent être très différents, on voit mal maintenant comment Cuvilliez pourrait être radié pour cinq ans, alors que Juppé ne l’aurait pas été pour dix. Ou alors, la justice serait vraiment à géométrie variable selon que vous êtes puissant ou misérable. Ce que l’on oserait imaginer à ce point…

O.B.


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