| Les dispositions du code électoral
étant rayées dun trait de plume dans laffaire Juppé, lancien
député-maire de Dieppe, Christian Cuvilliez, peut légitimement espérer revenir sur la
scène politique dans deux ans au lieu de cinq. Ainsi en a
décidé la cour dappel de Versailles: un texte du code électoral (larticle
L7) est rayé dun trait de plume, considérant que la sanction pénale (un an
dinéligibilité) prime sur la disposition automatique qui veut que toute personne
condamnée pour détournements de fonds publics (5 ans de radiation) ou de prise illégale
dintérêts (10 ans de radiation) soit radiée des listes électorales. Comme si, en
fait, la loi de 1995 régissant le droit dinscription sur les listes nexistait
pas
Lavocat général de la cour dappel de Versailles avait estimé dans
laffaire des emplois fictifs du RPR contre Alain Juppé quil était «
inopportun de faire application dun texte controversé dans dautres enceintes
». La cour dappel de Versailles la suivi, sans donner davantage
dexplications sur un argument qui consiste purement et simplement à dire
quune loi nexiste pas, dès lors quune autre prend le relais. Curieuse
approche, qui mérite au moins de revoir la législation sur le code électoral: puisque
larticle L7 est controversé et ne sert à rien, autant le supprimer
Alain Juppé est donc passé par miracle de dix ans de radiation des listes
électorales (tribunal correctionnel de Nanterre) à seulement un an
dinéligibilité (cour dappel de Versailles). Sa condamnation à quatorze mois
de prison avec sursis sera inscrite à son casier judiciaire, mais cela naura plus
deffet, en décembre 2005, sur son droit à se présenter à une élection.
« Deux ans, et cest tout
»
A Dieppe, lexceptionnelle clémence des juges
versaillais peut légitimement redonner espoir à Christian Cuvilliez. Lancien
député-maire a été condamné dans laffaire des emplois fictifs de la mairie au
bénéfice du PCF et de la CGT. Mais sa peine à lui a été confirmée sans autre
explication de texte ou précaution concernant son éligibilité par la cour dappel
de Rouen. Dont larrêt confirmant la condamnation na pas été cassé par la
Cour de cassation. Ce qui devrait signifier sa radiation automatique des listes
électorales durant cinq ans en vertu de cet article L7 aujourdhui remis en cause
par la cour dappel de Versailles (pour Juppé, le couperet aurait été de dix ans,
car le tribunal de Nanterre prenait en compte la prise illégale dintérêt, qui
double la durée de radiation, ce qui nétait pas le cas pour Cuvilliez).
« Le préfet ma signifié mon retrait du conseil municipal, mais
cest tout, expliquait vendredi Christian Cuvilliez qui a en outre été condamné
par la cour dappel de Rouen à deux ans dinéligibilité. Mais je nai
pas été prévenu dune radiation des listes électorales. Dailleurs, je vais
le vérifier, mais je dois être toujours inscrit ». Cest lINSEE qui devrait
procéder à cette radiation, suite à lavis transmis par la cour dappel. Mais
on imagine mal que cela se fasse sans tenir compte de la nouvelle jurisprudence Juppé. Du
coup, au lieu de devoir attendre 2009, lancien élu communiste pourrait revenir sur
la scène politique dès 2006
« Larticle L7 serait une
double peine »
Une jurisprudence que ne va évidemment pas contester
Christian Cuvilliez, même sil estime par ailleurs que « larrêt rendu dans
laffaire Juppé est particulièrement clément, car lui niait, alors que moi je
revendiquais un choix de gestion collectivement assumé ». Concernant le code électoral,
il estime que « larticle L7 peut être assimilé à une double peine qui va à
lencontre du code pénal. Il contrevient au libre choix des juges de fixer
eux-mêmes la sanction. Pour redonner de la crédibilité aux prérogatives des juges, il
faut quun article prévale sur lautre ».
Fort de cet argumentaire qui aura été celui de lavocat général
versaillais, lancien député-maire de Dieppe va sentretenir avec son avocat:
« Nous allons nous procurer les attendus de larrêt de Versailles et examiner les
moyens dexplorer ses conséquences ». Mais si dune cour de Nanterre à une
autre de Versailles, les jugements et arrêts peuvent être très différents, on voit mal
maintenant comment Cuvilliez pourrait être radié pour cinq ans, alors que Juppé ne
laurait pas été pour dix. Ou alors, la justice serait vraiment à géométrie
variable selon que vous êtes puissant ou misérable. Ce que lon oserait imaginer à
ce point
O.B. |