| Linterdiction de la pêche à la
coquille Saint-Jacques entre La Hague et Etretat na pas altéré plus que cela la
vente samedi matin aux « barrières » à Dieppe. La toxine contenue dans une algue
microscopique est la cause de cette interdiction qui ne touche pas pour linstant les
pêcheurs dieppois. Samedi, le mot dordre des vendeurs et des clients était « wait
and see ». Et les coquilles se vendaient plutôt bien
«Tout
à lheure, une dame est venue nous prendre cinq kilos de coquilles Saint-Jacques,
puis ayant appris linterdiction de pêche entre La Hague et Etretat, elle est venue
nous les rapporter. Mais cest tout. On vendra peut-être un peu moins que la semaine
dernière, mais ce nest pas une catastrophe. Depuis louverture, les gens
narrêtent pas de venir faire des réserves ». Dailleurs, autour de Richard,
le patron de lOcecas-Valou qui décoquille à tour de bras pour permettre aux
vendeuses dassurer le débit auprès des clients, on saffaire.
Samedi matin aux « barrières », près du pont Ango, ça navait pas
franchement lair dêtre la crise. Pourtant, larrêté préfectoral est
un nouveau coup dur pour les pêcheurs de coquilles Saint-Jacques, déjà contrariés par
la suppression de pêche les week-ends doctobre et novembre, la réduction des
quotas, une procédure judiciaire en cours pour dépassement de quota et la hausse du prix
du gazole. Un nouveau coup du sort que cette apparition dacide domoïque, une toxine
due à la présence dune algue microscopique (la « pseudonitzschia »), dans les
coquilles dun bateau contrôlé dans la zone concernée (en rose sur la carte
ci-contre). Cette toxine dangereuse à forte dose peut, dans le cas du contrôle
effectué, entraîner maux de ventre, vomissements et diarrhée.
De toutes façons, pour les Dieppois, pas question daller pêcher en Baie
de Seine, puisque lautorisation pour cette zone au gisement dense et riche
nest accordée quà partir du 1er décembre. Théoriquement
« On
nest pas concernés, nous, on va pêcher au large de Dieppe » poursuit Richard tout
en décoquillant. « Et en plus, cette toxine nest présente que dans le noir de la
coquille, qui ne se mange pas. il suffit de lenlever, et nous on le fait
systématiquement pour les clients ».
Même pas malade !
Plus virulente à légard de la décision des
préfectures concernées (Seine-Maritime, Calvados et Manche), Valérie qui travaille elle
aussi pour lOcecas-Valou estime que « cest de la bêtise ». Après les
quotas, les interdictions de pêche le week-end et la hausse du gazole, « sils
veulent quon arrête de travailler, ils nont quà nous le dire ». Ce
qui nempêche pas les affaires de marcher pour linstant, car elle ajoute que
« des clients qui viennent de Moselle men ont pris vingt kilos ce matin. Ils ont
appris linterdiction de pêche en baie de Seine, mais ils nen ont rien à
faire ».
De fait, nous lui avons pris un kilo de coquilles que nous avons mangées le
midi même sans tomber malades. Et à la criée, la vente était presque normale.
Véronique, du Crin-Blanc, se veut elle aussi rassurante : « LIfremer a effectué
un prélèvement sur un bateau qui pêchait en baie de Seine, mais lalgue ne
sétend pas vers Dieppe, affirme-t-elle. Cest vrai quil y a eu des
questions de clients, mais on leur a répondu quon ne pêchait pas en baie de Seine,
mais là, devant Dieppe. Et pour linstant, nous navons reçu aucune consigne.
On peut continuer à pêcher et à vendre tant que lIfremer ne donne pas les
résultats dun prélèvement sur Dieppe. On est dans lattente de ce
prélèvement. On verra, et en attendant, dès lundi on repart en pêche ».
Samedi matin, vendeurs et consommateurs ont pu faire affaire aux barrières sans
recevoir la visite de la gendarmerie maritime ou de la répression des fraudes. En tout
cas, aucun cas de troubles digestifs, vomissements et diarrhée survenant de deux heures
à vingt-quatre heures après consommation, ne nous a été signalé
O.B.
Risque modéré, mais principe de
précaution
Zone interdite « jusquà nouvel ordre »
Larrêté des trois préfectures concernées -
Seine-Maritime, Calvados et Manche - est tombé vendredi soir. Suite au contrôle, jeudi
en fin daprès-midi, par lIfremer (organisme chargé de la préservation des
ressources marines) et les services de lEtat « de la qualité sanitaire des
coquilles Saint-Jacques entre La Hague et Etretat » il a été démontré sur au moins un
navire qui déchargeait des coquilles pêchées dans cette zone « un léger dépassement
de la norme dune toxine dénommée acide domoïque ». La norme est de 20
microgrammes dacide par gramme de coquille, le résultat était de 21,1
microgrammes. Seuil dépassé, pêche interdite.
Nouveaux contrôles
Cette toxine est provoquée par la présence de lalgue
microscopique « pseudonitzschia » et peut entraîner « des conséquences graves pour la
santé humaine à des taux de concentration beaucoup plus élevés ». Dans le cas
présent, les 21,1 microgrammes entraîneraient au pire troubles digestifs, nausées,
vomissements et diarrhée. Et cela seulement si lon consomme le système digestif
(foie et pancréas) de la coquille, «facilement reconnaissable à sa couleur noire »
indique la préfecture. Il est donc recommandé, même hors de la zone concernée «
déliminer la glande digestive, connue sous le nom de poche noire (de toutes
façons, ce nest pas bon et ça ne se mange normalement pas) et « de ne consommer
que le corail (orange) et la noix (muscle blanc)».
La pêche et le débarquement des coquilles sont donc interdits jusquà
nouvel ordre «malgré les risques modérés et par souci de précaution (...) dans une
zone comprise entre la pointe de La Hague, Etretat et la limite des eaux britanniques ».
La mesure ne sera levée « quaprès deux résultats favorables à intervalle
dune semaine ». Tout ce quespèrent les pêcheurs, dieppois compris,
cest quelle sera levée avant le 1er décembre, jour douverture de la
ruée vers lor blanc en baie de Seine
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