Journal du 9 novembre 2004

Il y avait du monde samedi matin aux barrières
L'interdiction de pêche à la coquille
n'empêche pas la vente

L’interdiction de la pêche à la coquille Saint-Jacques entre La Hague et Etretat n’a pas altéré plus que cela la vente samedi matin aux « barrières » à Dieppe. La toxine contenue dans une algue microscopique est la cause de cette interdiction qui ne touche pas pour l’instant les pêcheurs dieppois. Samedi, le mot d’ordre des vendeurs et des clients était « wait and see ». Et les coquilles se vendaient plutôt bien…

«Tout à l’heure, une dame est venue nous prendre cinq kilos de coquilles Saint-Jacques, puis ayant appris l’interdiction de pêche entre La Hague et Etretat, elle est venue nous les rapporter. Mais c’est tout. On vendra peut-être un peu moins que la semaine dernière, mais ce n’est pas une catastrophe. Depuis l’ouverture, les gens n’arrêtent pas de venir faire des réserves ». D’ailleurs, autour de Richard, le patron de l’Ocecas-Valou qui décoquille à tour de bras pour permettre aux vendeuses d’assurer le débit auprès des clients, on s’affaire.

Samedi matin aux « barrières », près du pont Ango, ça n’avait pas franchement l’air d’être la crise. Pourtant, l’arrêté préfectoral est un nouveau coup dur pour les pêcheurs de coquilles Saint-Jacques, déjà contrariés par la suppression de pêche les week-ends d’octobre et novembre, la réduction des quotas, une procédure judiciaire en cours pour dépassement de quota et la hausse du prix du gazole. Un nouveau coup du sort que cette apparition d’acide domoïque, une toxine due à la présence d’une algue microscopique (la « pseudonitzschia »), dans les coquilles d’un bateau contrôlé dans la zone concernée (en rose sur la carte ci-contre). Cette toxine dangereuse à forte dose peut, dans le cas du contrôle effectué, entraîner maux de ventre, vomissements et diarrhée.

De toutes façons, pour les Dieppois, pas question d’aller pêcher en Baie de Seine, puisque l’autorisation pour cette zone au gisement dense et riche n’est accordée qu’à partir du 1er décembre. Théoriquement… « On n’est pas concernés, nous, on va pêcher au large de Dieppe » poursuit Richard tout en décoquillant. « Et en plus, cette toxine n’est présente que dans le noir de la coquille, qui ne se mange pas. il suffit de l’enlever, et nous on le fait systématiquement pour les clients ».

Même pas malade !

Plus virulente à l’égard de la décision des préfectures concernées (Seine-Maritime, Calvados et Manche), Valérie qui travaille elle aussi pour l’Ocecas-Valou estime que « c’est de la bêtise ». Après les quotas, les interdictions de pêche le week-end et la hausse du gazole, « s’ils veulent qu’on arrête de travailler, ils n’ont qu’à nous le dire ». Ce qui n’empêche pas les affaires de marcher pour l’instant, car elle ajoute que « des clients qui viennent de Moselle m’en ont pris vingt kilos ce matin. Ils ont appris l’interdiction de pêche en baie de Seine, mais ils n’en ont rien à faire ».

De fait, nous lui avons pris un kilo de coquilles que nous avons mangées le midi même sans tomber malades. Et à la criée, la vente était presque normale. Véronique, du Crin-Blanc, se veut elle aussi rassurante : « L’Ifremer a effectué un prélèvement sur un bateau qui pêchait en baie de Seine, mais l’algue ne s’étend pas vers Dieppe, affirme-t-elle. C’est vrai qu’il y a eu des questions de clients, mais on leur a répondu qu’on ne pêchait pas en baie de Seine, mais là, devant Dieppe. Et pour l’instant, nous n’avons reçu aucune consigne. On peut continuer à pêcher et à vendre tant que l’Ifremer ne donne pas les résultats d’un prélèvement sur Dieppe. On est dans l’attente de ce prélèvement. On verra, et en attendant, dès lundi on repart en pêche ».

Samedi matin, vendeurs et consommateurs ont pu faire affaire aux barrières sans recevoir la visite de la gendarmerie maritime ou de la répression des fraudes. En tout cas, aucun cas de troubles digestifs, vomissements et diarrhée survenant de deux heures à vingt-quatre heures après consommation, ne nous a été signalé…

O.B.

Risque modéré, mais principe de précaution
Zone interdite « jusqu’à nouvel ordre »

L’arrêté des trois préfectures concernées - Seine-Maritime, Calvados et Manche - est tombé vendredi soir. Suite au contrôle, jeudi en fin d’après-midi, par l’Ifremer (organisme chargé de la préservation des ressources marines) et les services de l’Etat « de la qualité sanitaire des coquilles Saint-Jacques entre La Hague et Etretat » il a été démontré sur au moins un navire qui déchargeait des coquilles pêchées dans cette zone « un léger dépassement de la norme d’une toxine dénommée acide domoïque ». La norme est de 20 microgrammes d’acide par gramme de coquille, le résultat était de 21,1 microgrammes. Seuil dépassé, pêche interdite.

Nouveaux contrôles

Cette toxine est provoquée par la présence de l’algue microscopique « pseudonitzschia » et peut entraîner « des conséquences graves pour la santé humaine à des taux de concentration beaucoup plus élevés ». Dans le cas présent, les 21,1 microgrammes entraîneraient au pire troubles digestifs, nausées, vomissements et diarrhée. Et cela seulement si l’on consomme le système digestif (foie et pancréas) de la coquille, «facilement reconnaissable à sa couleur noire » indique la préfecture. Il est donc recommandé, même hors de la zone concernée « d’éliminer la glande digestive, connue sous le nom de poche noire (de toutes façons, ce n’est pas bon et ça ne se mange normalement pas) et « de ne consommer que le corail (orange) et la noix (muscle blanc)».

La pêche et le débarquement des coquilles sont donc interdits jusqu’à nouvel ordre «malgré les risques modérés et par souci de précaution (...) dans une zone comprise entre la pointe de La Hague, Etretat et la limite des eaux britanniques ». La mesure ne sera levée « qu’après deux résultats favorables à intervalle d’une semaine ». Tout ce qu’espèrent les pêcheurs, dieppois compris, c’est qu’elle sera levée avant le 1er décembre, jour d’ouverture de la ruée vers l’or blanc en baie de Seine…


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