Journal du 9 novembre 2004

L'hypothèse est relancée
Profs et parents
contre la fermeture de l'école Boudier

L’idée avait été évoquée il y a huit ans. Elle revient aujourd’hui sur le tapis avec la crainte des instits et des parents de voir fermer cette école qui est dans le collimateur pour des raisons de sécurité. Lundi matin, une cinquantaine de parents et élus de gauche se sont mobilisés pour tenter d’obtenir du maire la garantie que la fermeture ne serait pas la solution retenue.

Des problèmes de sécurité avaient déjà été mis en évidence il y a huit ans. Aujourd’hui encore, la commission de sécurité peut réclamer la fermeture de cette école qui n’est en fait qu’un « Pailleron déguisé » (du nom de ces collèges en préfabriqué qui menacent de s’enflammer pour un rien et dont l’Etat a décidé il y a plusieurs années le remplacement progressif). Le député-maire de Dieppe, Edouard Leveau, reconnaissait samedi que l’avenir de l’école Boudier n’est pas garanti. Ce qui provoque la levée de boucliers des enseignants et parents d’élèves du quartier de Janval.

« Plutôt que de prendre le risque d’un accident, ou de devoir injecter chaque année des sommes colossales dans ce bâtiment vétuste pour une remise aux normes permanente, ne vaut-il pas mieux fermer l’école? s’interroge Edouard Leveau. Boudier est l’école qui coûte le plus cher à la Ville. Comme le nombre d’élèves en primaire diminue chaque année à Dieppe en général et dans ce quartier en particulier, il vaudrait peut-être mieux revoir la carte scolaire ».

S’il admet que l’idée fait son chemin, le député-maire en revanche réfute avoir déjà pris une décision. « De toute façon, je ne ferai rien de mon propre chef sans discussion avec l’Education nationale. Je ne comprends pas cette soudaine levée de boucliers. Personnellement, je n’ai pris aucune décision, et je ne vois pas pourquoi l’Education nationale ressort cette affaire ».

La rumeur se répand devant l’école

Lundi matin, la rumeur apparue la semaine dernière avait enflé suite à l’apposition d’un « papier » à l’école, indiquant que la fermeture était programmée pour le 2 juillet 2005. Ce papier a disparu depuis. Qui l’a affiché? Peut-être des enseignants, peut-être des militants politiques, mais la mairie nie avoir écrit noir sur blanc une décision qu’elle n’a pas encore prise. Résultat: une cinquantaine de personnes manifestaient devant Boudier lundi matin à l’heure de la rentrée.

Mais en plus, « nos enfants ont été prévenus jeudi dernier, indique Isabelle, relais des locataires des Bruyères. Mon neveu a dit à sa mère en rentrant à la maison : « Maman, ils vont casser l’école ». Les parents refusent catégoriquement cette solution. « La mairie a de l’argent pour faire la station balnéaire, alors, à côté, une école ça ne représente pas grand-chose » clamaient lundi des parents qui se disaient « prêts à coucher devant l’école le jour où les grues viendront ». « La commission de sécurité est passée en juin, et elle a donné son feu vert. C’est que l’école n’est pas si pourrie que ça » ajoutait un manifestant qui connaît bien le sujet.

Pour tenter d’éclaircir la situation, Françoise Billiez, maire adjointe chargée des écoles, qui avait appris l’organisation d’un rassemblement devant l’école à l’initiative des parents et des élus communistes de Dieppe, s’est présentée à l’improviste face à la vague de protestation. Avec cran, sous les huées, elle a expliqué que « un rapport de 1980 souligne la vétusté des bâtiments » et assuré que son seul souci est « la sécurité des enfants ».

Comment rénover sans vider les locaux ?

Selon Françoise Billiez, trois possibilités s’offrent à la Ville: « rénover une aile de l’école primaire et regrouper les enfants dans l’autre. Mais on ne peut en mettre que 100, et il faudra répartir les 56 autres écoliers dans les écoles Broglie et Ferry. Ou alors redispatcher tout le monde dans les autres écoles du quartier. Mais à ce moment-là, ils auront pris leurs marques et leurs habitudes et ne voudront peut-être pas revenir à Boudier ». La troisième solution, sur laquelle l’élue n’a pas cherché à s’appesantir étant donné le contexte, est la démolition pure et simple de Boudier, « voire sa reconstruction».

Ce discours n’a pas été entendu, et une quarantaine de parents et de militants communistes en colère sont descendus en ville dans l’espoir de rencontrer Edouard Leveau. Pour l’anecdote, c’est Françoise Billiez elle-même qui, avec le portable de Sébastien Jumel (conseiller général communiste) a appelé le député-maire pour demander ce rendez-vous. Mais une fois descendus en mairie en cortège derrière les banderoles et sous le slogan « Réfection oui, réflexion non », les manifestants se sont heurtés à l’opposition du député-maire. S’il acceptait de recevoir six représentants des parents et les conseillers municipaux de l’opposition Christian Cuvilliez et Marie-Catherine Gaillard, il refusait en revanche de permettre à Sébastien Jumel de se joindre à la délégation. Il n’est pas élu municipal, et il s’agissait d’un problème municipal.

Finalement, Françoise Billiez a réussi à apaiser les esprits en s’engageant à assister le soir même au conseil de classe avec une lettre du maire indiquant que la décision de fermeture de Boudier n’est pas prise. « M. Leveau est partisan de la solution qui consiste à rénover une aile en recasant les enfants dans l’autre et dans les écoles voisines, car les travaux devraient durer plus de deux mois » a lancé Françoise Billiez pour calmer tout le monde. Les parents sont alors rentrés chez eux, en se promettant d’assister au conseil de classe du soir…

O.B.


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