Journal du 19 octobre 2004

Le mauvais temps secoue le ferry
Un camion se couche pendant la traversée

Jeudi, entre Dieppe et Newhaven, un camion de la TOE Transmanche s’est couché dans la soute du ferry Le Dieppe. Il semble que le mauvais temps soit à l’origine de l’incident qui n’a fait aucune victime. Mais pour le transporteur, c’est la vague de trop. Il fera désormais passer ses camions par le tunnel.

C’est un incident rarissime », tient à préciser d’emblée Yves Papelard, directeur opérationnel de Transmanche ferries. Jeudi matin alors que le ferry Le Dieppe faisait route vers Newhaven, l’un des dix semi-remorques qui se trouvaient dans sa soute s’est renversé. « Lorsque le Dieppe a appareillé à 8 h 10, un vent force 5-6 soufflait. Seulement celui-ci a forci durant la traversée et arrivé dans le rail au milieu de la Manche, les rafales étaient de force 8, explique-t-il. Le navire a réduit sa vitesse mais une lame d’ouest plus forte que les autres, avec des vents à plus de 45 noeuds, soit 80 km/h selon le commandant, l’a balayé. Le navire a pris de la gîte », poursuit-il.

C’est alors que le semi-remorque s’est désarrimé et a basculé. « Il était peut-être plus exposé que les autres au roulis, car il se trouvait à babord dans le garage », précise le directeur. Son chargement, 24 tonnes de panneaux de bois, s’est retrouvé dans la cale. « Pourtant le camion était arrimé dans le respect de la réglementation en la matière. Aussitôt l’équipage du ferry est intervenu et a arrimé le camion », explique le directeur opérationnel.

Responsabilités à déterminer

La moitié des panneaux a pu ensuite être déchargée à Newhaven, mais le camion est resté sur le flanc. Toujours couché dans le garage du bateau, il est revenu à Dieppe avec lui à 22 h 30. « Il n’y a pas eu d’autres dommages. Les passagers ont été débarqués en Angleterre », ajoute Yves Papelard.

Différents partenaires de Transmanche ferries sur le port de Dieppe ont uni leurs forces pour pouvoir sortir le semi-remorque. L’entreprise Fromager l’a remis sur ses roues à l’intérieur même du ferry. Reste désormais aux experts des assurances à déterminer les responsabilités. Mauvais temps ou défaillance technique ? Leur enquête le dira.

V.G.

La colère de TOE Transmanche
« Un comportement non commercial »

Les responsables de TOE Transmanche ne décolèrent pas. Le PDG de la société de transport dieppoise propriétaire du camion accidenté se déclare « scandalisé » par l’attitude des responsables de Transmanche ferries. « J’ai reçu un coup de téléphone de la compagnie vers midi et demi m’annonçant que l’un de mes camions s’était couché à bord du ferry » explique Thierry Weber.

Seulement voilà, au téléphone, il n’aura aucune autre explication. Pourtant à bord du bateau, se trouvent deux camions de la société, dont l’un transporte des produits de matière dangereuse. « Je suis resté assis sur ma chaise. Au téléphone, on m’a affirmé que les assureurs de la compagnie prendraient tout en charge ». Le camion qui s’est couché est en réalité celui qui transportait du bois. Le pire a donc été évité. Mais pour le transporteur, les surprises ne sont pas terminées.

« Lorsque le bateau est arrivé à Newhaven, ils ont déchargé une partie du chargement et poussé le camion dans un coin de la soute pour le ramener à Dieppe le soir même » précise le chef d’entreprise. Ce n’est que vers 22 h 30 au retour du ferry qu’une quinzaine de salariés de TOE Transmanche ont découvert l’ampleur des dégâts. « Transmanche ferries n’avait rien prévu. Nous avons donc dû décharger le reste de la marchandise nous-mêmes. En réalité, notre chauffeur avait parfaitement sanglé son chargement ». Un problème d’arrimage serait à l’origine de l’accident selon le transporteur. « Pour un camion de 40 tonnes, il me semble qu’il aurait fallu des chaînes. Or, le camion n’était attaché qu’avec des sangles. Les sangles ont cassé » estime M. Weber particulièrement remonté contre Transmanche ferries. Et d’ajouter : « Il y a déjà eu un incident il y a quinze jours. Treize camions sont partis sur Newhaven à 4 heures du matin. Mais des problèmes de mer ont obligé le navire à faire demi-tour. Les camions sont revenus sur Dieppe après avoir passé la journée à bord, de 4 heures du matin jusqu’à 16 heures. Les treize camions sont finalement passés par le tunnel ». Il semble d’ailleurs que le transporteur ait pris sa décision.

Coup de colère ou non, désormais, les 110 camions passeront systématiquement par le tunnel. « Transmanche ferries n’a pas eu un comportement commercial » estime au passage M. Weber. Déjà considérablement touchée par la hausse du gasoil qui remettrait en cause l’équilibre de la société, TOE Transmanche et ses 170 employés n’avaient pas besoin de ce mini-tremblement de mer qui a peut être, fait vaciller un peu plus qu’un camion de 100 000 euros et 10 000 autres de marchandises.

L. H.


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