| Le taux de chômage atteint les 10,7 %
pour ce deuxième trimestre en Haute-Normandie. Dans le bassin demploi de Dieppe,
ils sont 6000 à chercher un emploi sans en trouver. Pourtant, certaines entreprises ont
une activité florissante et recherchent des salariés quelles ne trouvent pas.
Exemple : lentreprise CIM (Conception industrielle et montage) à la recherche de
sept salariés depuis plusieurs mois. Alain Gueudré recherche
une secrétaire pour un remplacement et a reçu un bon nombre de curriculum-vitae. Il
recherche aussi sept autres personnes pour des postes de production mais là, il ne
reçoit que peu de propositions.
Directeur de la CIM (conception industrielle et montage), une entreprise
implantée sur la zone industrielle de Bacqueville-en-Caux, il est inquiet: « Nous sommes
en pleine sinistrose. Tout le monde parle des entreprises qui ferment et du chômage mais
il y a aussi des entreprises qui marchent bien, qui cherchent du monde mais qui ne
trouvent personne ».
La sienne est de celles-là. Créée en 1992, elle est le résultat dune
réflexion commune entre René Giffard, ancien gérant actuellement à la retraite, et lui
: « René était usineur, plus intéressé donc par la partie production. Moi,
jétais ingénieur conseil. Nous avons remarqué quil y avait un créneau dans
lautomatisation des chaînes de montage ».
Alors, ils se lancent, à une époque où il ne fait pas bon créer son
entreprise: « En 1992, léconomie subissait une grosse crise. En 1995, tous les
jours, cinq entreprises spécialisées dans la mécanique déposaient le bilan » rappelle
Alain Gueudré. Et pourtant, CIM tient bon.
Depuis deux ans, la société est installée dans les 1350 m2 dun local
situé sur la zone industrielle de Bacqueville-en-Caux et emploie quinze salariés, issus
de BTS microtechnique, productique ou maintenance dautomatismes industriels «
piochés » au lycée Pablo-Neruda: « Nous voulons des gens qui ont des facultés
dadaptation et dévolution » assure le directeur de CIM qui sinsurge
contre : « Un système inadapté. Il forme des tonnes de secrétaires qui ont du mal à
trouver un emploi ».
Adapter loffre à la
demande
Une opinion partagée par Sylvie Roger, directrice de
lagence ANPE de Dieppe: « Sur les 6000 demandeurs demploi de notre bassin
demploi, beaucoup sont dans le tertiaire, secrétariat, vente ou aide à la
personne, et nous navons pas autant doffres à proposer en face ».
Le bassin demploi dieppois subit les mêmes difficultés que la France
entière: « Certains métiers manquent de bras, comme lhôtellerie, la
restauration, le bâtiment ou lindustrie avec les soudeurs et les chaudronniers, par
exemple » précise Sylvie Roger qui comptabilise: « Même si beaucoup dentreprises
industrielles ferment, certains secteurs industriels comme lagroalimentaire marchent
bien ».
Reste que lANPE qui est un intermédiaire entre le client entreprise et le
client demandeur doit assurer la rencontre « et, si besoin, adapter le profil des
demandeurs aux offres des entreprises par le biais de stages et de formations ».
Les agences intérimaires rencontrent le même problème.: « Nous manquons de
qualifications adaptées à loffre. Il faut souvent chercher quand une entreprise
demande un profil de poste très précis » indique-t-on à lagence Crit intérim.
Quant aux bons curriculum-vitae, « les gens très diplômés sont vite recrutés. Ils ne
restent pas longtemps sur le marché » reconnaissent les professionnels de
lintérim.
Pour CIM, le travail semble plus long, parce que cest tout un état
desprit quil faut remettre en question: « Notre société est dans une
culture très généraliste avec une impression que le technique va à lencontre du
savoir. Il faut réhabiliter les filières techniques, sinon le pays va mourir » assure
Alain Gueudré qui précise: « Il y a un problème aujourdhui puisque les jeunes
font leurs études dans un lycée, passent un bac général et se posent la question du
métier après. Evidemment, il est déjà trop tard pour reprendre une filière qui
embauche. Nous avons besoin de techniciens, de gens qui pensent, qui inventent et qui
créent ». Reste à changer didée sur les métiers de lindustrie: «
Beaucoup ont cette image de la sidérurgie des années soixante avec les mains dans la
graisse. Ce nest plus ça aujourdhui. Lindustrie, cest avant tout
un travail sur ordinateur et des ateliers dans lesquels on utilise surtout la productique
et la micro-technique. »
Désormais, pour CIM, cest une question de vie ou de mort: « Si je ne
trouve pas les personnes que je cherche, je risque lasphyxie » assure Alain
Gueudré. Il faut dire que le directeur a choisi, comme dans de nombreuses entreprises du
secteur, de mêler lexpérience des anciens au dynamisme des plus jeunes.
Et il insiste: « Un emploi industriel génère cinq emplois dans les services,
la comptabilité
»
S. B.
Le bon créneau
CIM, Conception industrielle et montage, a choisi le bon
créneau. Lentreprise a deux activités: la création de machines automatisées et
la production de pièces mécaniques en sous-traitance. La première sadapte
parfaitement à la clientèle: « Une entreprise nous donne un cahier des charges pour que
la machine produise tel type dobjets et nous devons la monter de A à Z, du dessin
sur ordinateur jusquà la réalisation et au montage » explique Alain Gueudré. Une
activité qui permet aux salariés de
faire fonctionner leurs méninges tout en travaillant sur des pièces uniques.
Pour se faire connaître, Alain Gueudré organise une journée portes ouvertes
à destination de 600 industriels de la grande région dieppoise. « Il y a un réel
besoin en automatisme » assure le directeur de CIM qui souligne: « Beaucoup
dentreprises se délocalisent à cause dun problème de coût.
Lautomatisation des chaînes de production est parfois obligatoire pour ne pas
partir à Taïwan. »
Le lycée Neruda
en « sous-production »
Le lycée Pablo-Neruda pourrait accueillir 1000 élèves.
Ils sont 800 à profiter des enseignements proposés par létablissement. « Une
sous-production » comme aime à le souligner Gilles Croizé, son proviseur. Quatre BTS
(brevet de technicien supérieur) en formation initiale et un par alternance sont
dispensés. Un DNTS (diplôme national de technologie spécialisé) conduite de projet
industriel est également préparé.
« Dans lenvironnement dieppois, Pablo-Neruda est le seul établissement
à offrir autant de BTS industriels avec le lycée dEu qui propose létude et
la réalisation doutillage correspondant parfaitement aux demandes de la vallée de
la Bresle, et le lycée de Forges-les-Eaux qui prépare à la maintenance industrielle.
Ensuite, cest Rouen » souligne Gilles Croizé. Le proviseur regrette cette «
culture trop bien ancrée qui veut que le technologique est moins bien que le général
»: « Nous avons beaucoup de mal à attirer des jeunes vers les carrières de
lindustrie. Pourtant, ce sont des filières qui embauchent, tant les garçons que
les filles dailleurs » souligne le proviseur qui rappelle que la situation
nexiste pas seulement à Dieppe: « Cest général, sur lacadémie mais
aussi partout en France ».
Ainsi, une fois par an, le lycée organise des portes ouvertes pour présenter
ses formations: « Les gens vivent sur une représentation de ces enseignements sans
savoir que le coefficient de lenseignement général prodigué représente plus de
la moitié de la note du bac sauf que les jeunes se préparent aux métiers de techniciens
».
Et les entreprises ne sy trompent pas: « Renault, par exemple, vient
régulièrement dans notre établissement pour présenter ses possibilités
dembauches. Spontanément, les entreprises viennent à la source pour recruter les
jeunes. » |