| Cest un serpent de mer, mais en
attendant la décentralisation et peut-être sa reprise par la Région et/ou le
Département, la gestion du port de Dieppe pourrait être retirée avant terme à la
Chambre de commerce et dindustrie. Un audit des inspections générales des Finances
et de lEquipement rendu le 12 novembre tendrait vers ce dessaisissement. La
dernière fois que linspection générale des Finances sétait penchée sur le
cas de la gestion du port par la Chambre de commerce et dindustrie de Dieppe (CCID),
un véritable tremblement de terre avait secoué le vénérable bâtiment du boulevard du
Général-de-Gaulle. Et toute la ville par la même occasion.
Cétait en 1998. Une enquête des inspecteurs du ministère des Finances
en juillet de cette année-là sétait conclue par un rapport émis six mois plus
tard. On connaît la suite : démission de lancien président Jean-Paul Lalitte,
succession reprise par Eveline Duhamel (dont la liste vient de repasser aux élections de
la Chambre et qui attend dêtre reconduite à son poste de présidente), enquête de
la PJ, arrestation, garde à vue et mise en examen de M. Lalitte. L« affaire » de
la Chambre de commerce était lancée. Elle attend toujours à ce jour son épilogue
judiciaire
Cette fois, les conséquences de laudit sur le port ne glisseront pas sur
le terrain judiciaire. Mais lattention portée depuis le début de lannée par
la même inspection des Finances au fonctionnement du port de Dieppe pourrait avoir
dautres conséquences : le retrait de la concession octroyée par lEtat à la
CCID pour la gestion des quatre ports
Car la nouvelle présidence a hérité
dun dossier « plombé », et la barre na pu être redressée, loin sen
faut. Les prévisions de trafic trop optimistes se sont révélées désastreuses pour les
finances du port.
Inspection des Finances et de
lEquipement
Après sêtre intéressée durant un mois au
fonctionnement de la CCID il y a six ans, linspection générale des Finances a en
effet épluché depuis le début de lannée le fonctionnement et la gestion du port
de Dieppe. Elle nest dailleurs pas la seule, puisque les inspecteurs de
lEquipement ont été associés à cet audit. LIGF a épluché les finances du
port, et linspection générale de lEquipement sest quant à elle
intéressée à létat des installations portuaires.
A quatre ans de la décentralisation, il nest en effet pas étonnant que
lEtat, propriétaire du port de Dieppe, fasse son propre état des lieux avant de
décider de refiler le bébé à la Région, au Département, ou aux deux. Des
collectivités qui feront aussi le leur, et qui demanderont à défaut
dhériter dun bébé en bonne santé les infrastructures minimales
permettant de faire fonctionner un port. « Nous ne pourrons envisager la reprise en 2008
quà la condition que lEtat apure la totalité du déficit », rappelle Didier
Marie, président du conseil général.
Et cela se chiffre en « millions deuros », précise le président du
Département. En 2001, les dettes cumulées de la Chambre de commerce sélevaient en
effet à 40 millions deuros si lon en croit une intervention à
lAssemblée nationale de Christian Cuvilliez qui était alors député-maire de
Dieppe et qui réclamait une recapitalisation du port par lEtat (5 juin 2001).
Des « doutes » déjà émis
en 1998
De fait, quasiment placée sous tutelle, la CCID ne peut
plus rembourser ses dettes. Des dettes contractées dans les années quatre-vingt-dix pour
tenter de relancer lactivité portuaire, sur une prévision de trafic qui était
plus quoptimiste, et qui sest révélée désastreuse. Aujourdhui, les
collectivités qui ont garanti les emprunts dont la Ville de Dieppe doivent
mettre la main au porte-monnaie pour rembourser le Crédit foncier de France, la Caisse
dépargne, la Société générale
Certes, les conclusions des inspections générales des Finances et
lEquipement ne sont portées quà la connaissance de leurs ministres
respectifs avant dêtre éventuellement rendues publiques. A la CCID, son directeur
Jean-Marcel Pietri na pour lheure reçu aucune information officielle. Mais
ces rapports ont été remis le 12 novembre aux cabinets des deux ministres, et des
sources bien informées évoquent déjà un dessaisissement de la gestion du port par la
CCID.
Rien détonnant quand on se rappelle que déjà en 1998, au-delà
d« irrégularités » révélées dans le rapport denquête de 180 pages, la
conclusion était sans appel : les inspecteurs des Finances émettaient de sérieux «
doutes quant à la capacité de la Chambre de commerce et dindustrie de Dieppe de
continuer à assumer sa fonction de concessionnaire du domaine portuaire ». Il y a six
ans, « laffaire » navait pas conduit à un dessaisissement. Mais cette
nouvelle inspection - dans la perspective de la décentralisation et au vu de la situation
économique du port qui ne sest pas améliorée - pourrait bien y mener tout
droit
O.B.
Qui pour reprendre le port de
Dieppe?
A Dieppe, il ny a pas un, mais quatre ports. Laissons
de côté le terminal transmanche, dont la concession irait quasi mécaniquement soit au
conseil général qui gère actuellement la ligne, soit à la société qui en recevra la
délégation si telle reste loption qui semble actuellement être celle du
Département. Reste le port de commerce, qui sert quasi exclusivement à la principale
société de transit qui lutilise (Léon-Vincent, qui vient par ailleurs
dêtre rachetée par lopérateur belge Sea Invest), le port de pêche où
viennent sabriter et décharger les 49 coquillards et chalutiers, et le port de
plaisance déjà « sous-concédé » à une société privée.
Les déboires ne viennent pas des deux derniers, que lactivité permet de
maintenir à flot, mais bien du port de commerce. Aucune société privée ou même
collectivité ne voudrait en effet reprendre des installations qui voient passer au mieux
deux cargos par semaine, dont les infrastructures sont désuètes ou en attente de
financement, comme ces deux grues rachetées au port du Havre, qui nont jamais
fonctionné car il faudrait injecter plusieurs centaines de milliers deuros dans la
réparation de leurs moteurs.
Il pourrait donc y avoir plusieurs concessions portuaires. Le problème,
cest que la loi prévoit que chaque port doit être bien distinct. Or, pour se
rendre derrière leur écluse dans le bassin Duquesne, les pêcheurs doivent
obligatoirement passer par le bassin Ango, réservé à la plaisance. La seule solution
serait un concessionnaire unique pour les deux ports, ou alors un amendement à la loi.
Mais cela ne résout pas la question de la concession du port de commerce. Ce qui est
sûr, cest quavant de le rétrocéder aux collectivités, lEtat devra y
injecter des millions deuros. Ou en faire son deuil et considérer que Dieppe
na plus vocation à accueillir des bateaux de commerce. Cest lune ou
lautre de ces conclusions que tireront inévitablement les inspecteurs des Finances
et de lEquipement, avant de peut-être, comme en 1998, considérer que la Chambre de
commerce nest plus à même de gérer le port. La question qui reste
aujourdhui sans réponse, cest de savoir qui le serait mieux que la CCID. |