| Bruno Noyé, un Dieppois de 43 ans a
violé vendredi soir une apprentie boulangère de 19 ans à Dieppe avant de prendre la
route pour la Vendée. A Jard-sur-Mer, il a kidnappé une jeune fille de 16 ans qui avait
rompu avec lui quelques semaines auparavant. A la vue des gendarmes qui le traquaient
depuis le matin, il a tué sa victime dun coup de fusil avant de mettre fin à ses
jours. Les policiers sont restés dans la rue de 7 heures à 18
h 30 environ samedi soir. Ils étaient au moins une quinzaine à lattendre ». Rue
Cité-de-Limes, dans le quartier du Pollet à Dieppe, lagitation devant le numéro
59 nest pas passée inaperçue ce week-end. Cest dans un appartement situé
dans la cour de cet immeuble que vivait Bruno Noyé. A lheure où les forces de
lordre venaient chercher ce Dieppois de 43 ans soupçonné de viol la veille sur une
jeune fille de 19 ans, celui-ci kidnappait et tuait Aurélie, 16 ans à Jard-sur-Mer en
Vendée. Puis il retournait son fusil à canon scié contre lui.
Vendredi soir, avant de prendre la route pour sattaquer à cette jeune
fille avec qui il avait eu une liaison amoureuse, il sen est pris à une jeune
apprentie boulangère, à Dieppe. Après sêtre fait agresser, elle sest donc
précipitée au commissariat pour porter plainte. Là, elle a reconnu son violeur sur
photo. Bruno Noyé avait en effet déjà été soupçonné dagression sexuelle,
avant quune précédente victime supposée se rétracte.
Couettes et armes saisies
Les forces de lordre se sont alors rendues au domicile
du Polletais. En son absence, ils ont demandé à deux de ses voisins dêtre
témoins de la perquisition quils devaient effectuer. « Tous les autres locataires
de limmeuble ont aussi été interrogés », explique un habitant de la rue. Dans
lappartement, ils ont mis la main sur de nombreux objets, dont un couteau de chasse
et une crosse de fusil quils ont emmenées dans un grand sac. Selon nos
informations, ils ont aussi emporté avec eux du linge de lit, comme une couette.
Sans oublier un élément capital, une lettre de trois pages que Bruno Noyé
voulait envoyer à Aurélie. Il avait connu cette jeune Vendéenne voilà près dun
an, par le biais dun SMS quelle lui avait envoyé par erreur en manipulant son
portable. Le message ne lui était pas destiné, mais le Dieppois qui aimait courtiser les
très jeunes filles sen était servi pour se rapprocher delle. Seulement, en
août dernier, elle avait décidé de mettre fin à leur relation. Ne semblant pas
supporter cette idée, il voulait lui envoyer en septembre cette lettre, restée
finalement à son domicile où les enquêteurs lont retrouvée.
« La mort aura de beau quau moins tu seras avec moi », écrivait-il dans
cette missive. Les enquêteurs dieppois savaient donc quil allait certainement
commettre lirréparable. Mais ils navaient entre les mains que le prénom de
la jeune fille visée par ces menaces. Bruno Noyé avait déjà pris la route à bord de
sa R21 blanche...
Harcèlement
La suite de la cavale du Dieppois sest poursuivie en
Vendée. Après avoir harcelé sa victime durant de longues semaines par SMS et par
téléphone, il est allé directement chez elle, à Jard-sur-Mer. En pénétrant par le
sous-sol, lhomme a dabord neutralisé la mère dAurélie. « Il la
agressée, bâillonnée et ligotée », expliquait dimanche le procureur de la République
des Sables-dOlonne. Daprès ce magistrat, Bruno Noyé aurait profité de
linconscience de cette femme endormie à léther pour violer sa fille.
Aurélie a tenté dappeler son grand-père sur son portable et de senfuir,
mais dans la rue, son agresseur a réussi à lattraper. Elle a tenté dappeler
au secours, des témoins de la scène ont voulu sinterposer. Mais Bruno Noyé les a
calmés en disant : « Cest une histoire de famille, je suis son père », explique
le procureur.
Lagresseur a alors fait monter ladolescente dans sa Renault 21. Le
plan Epervier a été déclenché par les forces de lordre. Deux motards dun
peloton de gendarmerie sont tombés bien plus tard, en fin de journée, sur ce véhicule
stationné sur un parking à la pointe de lAiguillon-sur-Mer, à 30 km de Jard. A
lintérieur, au pied du siège passager, la jeune fille était recroquevillée,
tenue en joue par Bruno Noyé avec un fusil de chasse à crosse et canon sciés. «
Lhomme à intimé lordre aux gendarmes de ranger leurs armes », poursuit le
procureur. Ce quils ont fait. Mais apercevant une voiture de gendarmerie, le
Dieppois aurait paniqué. « Sans prévenir, il a fait feu sur la jeune fille », puis
sest donné la mort.
Véronique Guiborel
Bruno Noyé était connu dans le
quartier pour sa violence
« Il avait plus dennemis que
damis »
Sa carrure, son 1 m 85, son profil de boxeur ne passaient
pas inaperçus dans le quartier du Pollet à Dieppe. Beaucoup de personnes lavaient
déjà croisé alors quil promenait souvent sur le quai ses deux chiens, un labrador
et un braque. Chiens qui vagabondaient également souvent et qui ont été récupérés
visiblement ce week-end par son ex-femme et son fils, âgé de 14 ans.
En dehors de sa passion pour la chasse et ses chiens, Bruno Noyé était surtout
connu pour sa violence. Plusieurs de ses voisins ont été confrontés un jour ou
lautre à ses colères ou ses menaces. Et en apprenant la nouvelle de sa mort,
certains nont pas hésité à se dire soulagés. « Ça mavait coûté deux
dents », lance un habitant de la rue Cité-de-Limes qui sétait apparemment frotté
dun peu trop près au Dieppois. « Il avait beaucoup plus dennemis que
damis », lance un autre. Une de ses proches voisines avoue sans détour « avoir eu
peur de lui », en refermant précipitamment sa porte comme si elle redoutait de le voir
surgir près delle.
Il aimait les jeunes filles
Malgré tout, même si les gens qui ne portaient pas dans
leur cur cet homme au caractère violent étaient nombreux, tous ont été
abasourdis par la nouvelle. « Je ne laurais tout de même pas cru capable de violer
et tuer », lance rapidement une de ses jeunes voisines, qui avoue ne jamais avoir
souhaité côtoyer cet homme plus que nécessaire.
Par ailleurs, Bruno Noyé âgé de 43 ans était connu pour aimer la compagnie
des jeunes filles. Plusieurs témoignages recueillis dans le quartier vont dans le même
sens. « La fille dun ami qui travaillait en centre-ville passait tous les soirs
devant chez lui pour rentrer à Neuville. Plusieurs fois, il a tenté de lattirer
chez lui. Jai mis son père en garde, lui disant que lhomme ne semblait pas
fréquentable », explique un habitant du quartier.
Le procureur de la République des Sables dOlonne a pour sa part expliqué
dimanche « que Bruno Noyé avait déjà fait lobjet dune procédure pour
avoir eu des relations avec des jeunes filles de 17 ans. Mais lorsquune relation est
consentie à partir de 15 ans, ce nest pas une infraction ».
VG.
Une Dieppoise a
vécu huit mois avec lui en 2003
« Il avait tenté de
métrangler »
Lan dernier, une Dieppoise dune
trentaine dannées, qui préfère conserver lanonymat, a vécu huit mois avec
Bruno Noyé. Elle le décrit comme un homme pouvant jouer de son charme pour attirer les
jeunes femmes et se montrer aussi particulièrement violent.
Les yeux encore cernés par une nuit difficile, cette Dieppoise dune
trentaine dannées a encore du mal à réaliser. Cet homme qui fait la Une des
journaux depuis deux jours, elle le connaissait particulièrement bien. Et pour cause !
Elle a vécu huit mois avec lui lan dernier. Une liaison qui sest mal
terminée lorsquelle a compris qui était véritablement Bruno Noyé. Quand il lui a
montré son véritable visage, il na plus cessé de la harceler.
« On ne peut pas savoir réellement qui est une personne avant davoir
vécu avec. Mais jai vite compris », lance-t-elle. « Il a fait intrusion dans ma
vie, comme ça... Il était très jovial, intelligent, enjôleur », poursuit-elle,
tentant dexpliquer comment elle avait pu tomber sous le charme dun tel homme.
Mais rapidement, il lui a montré une autre facette de sa personnalité. Et pas la plus
belle. « Je me suis aperçue très tôt quil avait un faible pour les mineures. Il
avait vécu juste avant trois ans avec une jeune fille qui avait 15-16 ans lorsquils
sétaient connus. Jai essayé de lui ouvrir les yeux sur ce type de relations.
De lui expliquer que cétait grave. Mais pour lui, il ne faisait rien de mal »,
raconte-t-elle.
« Cétait un pervers
sexuel »
Elle lui a même conseillé de se faire soigner. « Je lui
ai dit quil était malade. Cétait un pervers sexuel ». Mais rien ny a
fait. Ses difficultés avec les femmes venaient peut-être du fait que « son père était
décédé lorsquil était jeune, et sa mère lavait ensuite rejeté »
suggère lex-compagne. Elle le met de nouveau en garde lorsquil lui explique
avoir pris contact avec Aurélie. « Il ma parlé de ce SMS quil venait de
recevoir ». Elle a compris que pendant leur relation, il continuait de voir des jeunes
filles.
Autre visage que Bruno Noyé lui dévoile petit à petit : celui dun homme
violent. « Envers moi, cétait surtout de la violence verbale. Il a tout de même
essayé de métrangler une fois », précise-t-elle. Elle savait quil avait eu
des problèmes avec la justice pour avoir frappé un policier. « Mais je me disais que
tout le monde pouvait changer. Pourquoi ne pas lui donner une chance...»
Main-courante au commissariat
Tout semballe lorsque finalement elle décide de
mettre fin à leur relation. « Il passait son temps à me harceler au téléphone.
Jai dû changer de portable et de numéro. Il me faisait des scènes devant tout le
monde. Il mavait dit quil avait fait un double de mes clés. Il a même
menacé de sen prendre à ma mère », raconte-t-elle. Elle a donc été contrainte
de le faire mentionner sur une main-courante au commissariat. Dautres personnes de
son entourage ont également dû signaler les agissements de cet homme. « Cest là
que je ne comprends pas. Rien na été fait. Pourtant des jeunes filles ont signalé
aussi son comportement. Ça aurait pu peut-être être évité », pense-t-elle.
Aujourdhui, cest tout de même un soulagement de ne plus le savoir
rodant près de chez elle. Mais elle se désole de savoir que cela a coûté la vie à
Aurélie. Elle ne laurait pas pensé capable de cela. « Quil se foute la
gueule en lair, oui. Mais quil attaque une fille, je ne laurais jamais
imaginé », conclut-elle, amère.
V.G.
Une lettre à son domicile
Le meurtre dAurélie aurait-il
pu être évité ?
Présenté par certains comme un « amoureux éconduit »,
Bruno Noyé nen était pas moins un curieux individu au comportement perturbé. La
veille de retrouver celle qui lui « manquait tant » et dont il disait ne plus supporter
la séparation depuis lété, nen avait pas moins violé une apprentie
boulangère de 19 ans la veille, vendredi avant 19 h 30. Amoureux éconduit, peut-être,
criminel sexuel, sûrement... En 2001, lexpert psychiatrique lavait examiné
suite à de nombreuses plaintes pour harcèlement. Bruno Noyé nétait pas
considéré comme un pervers sexuel, ni comme un pédophile. « Cest un homme à
linvestissement sexuel normal », concluait ce rapport. Bruno Noyé navait
donc pas été inquiété ou surveillé.
Du coup, alertés vendredi soir après le viol de la jeune Dieppoise par une de
ses amies, les policiers du commissariat de Dieppe avaient lancé la procédure. Après
avoir conseillé à lamie de la victime du viol de faire examiner cette dernière
par un médecin à lhôpital, ils avaient recueilli sa plainte à la sortie des
urgences. La victime explique à lenquêteur de permanence que son agresseur,
quelle décrit comme un homme dune quarantaine dannées aux cheveux
grisonnants et affecté dune malformation à loreille, circule à bord
dune Renault 21 blanche. Lofficier de police judiciaire pense alors à un
homme déjà fiché pour plusieurs agressions sexuelles, et présente à la jeune
boulangère plusieurs photos de suspects, parmi lesquelles figure celle de Bruno Noyé
(page ci-contre).
Lhomme identifié, limmatriculation de sa R21 dès lors connue ainsi
que son adresse, les enquêteurs dieppois attendent le lendemain matin, et lheure
légale de 6 heures, pour entamer les recherches. Ils procéderont à la perquisition de
son domicile à 8 h30. Après avoir simplement ouvert la porte du 59 rue Cité-de-Limes,
au Pollet, qui nétait pas fermée à clés mais qui est aujourdhui condamnée
par des scellés, ils tombent sur la lettre dans laquelle Bruno Noyé explique tout. Des
patrouilles envoyées en ville ne trouvent pas la R21 qui nest pas non plus au
domicile du meurtrier. Et pour cause. Il est déjà en Vendée...
Un avis de recherche lancé au niveau national et la mobilisation de toutes les
forces de lordre pour mettre rapidement la main sur le meurtrier et sa voiture
identifiés aurait-il permis déviter le pire ? Peut-être, mais pas sûr...
O.B.
De petits boulots en petits
boulots
Bruno Noyé, 43 ans, vivait de petits boulots. Dans les
années quatre-vingt, il avait notamment été gardien au mini-golf de Dieppe et à la
maison denfants Notre-Dame-des-Flots.
Lan passé, il avait travaillé au casino du Tréport comme agent de
sécurité, et depuis quinze jours, il était opérateur sur presse chez Garçonnet à
Saint-Nicolas-dAliermont. Une mission dintérim quil devait assurer
jusquau 29 octobre.
Au Relais Intérim de Saint-Nicolas-dAliermont, lagence où il
était inscrit, personne navait à se plaindre de lui. « Il était très bien.
Cétait la première fois quil travaillait pour nous, mais nous navions
aucun souci. Et visiblement, lentreprise Garçonnet était elle aussi satisfaite de
ses services », témoigne un responsable de lagence, visiblement très surpris
dapprendre la dérive meurtrière de lun de ses intérimaires.
De Jard à Dieppe, les
gendarmes sur le qui-vive
Depuis 10 heures samedi matin, lorsque l'alerte est donnée,
la compagnie de gendarmerie des Sables-d'Olonne a déclenché le plan Epervier. Une
centaine de gendarmes est aussitôt mobilisée pour surveiller en points fixes les
croisements de routes importants. A Jard, après les rues, c'est l'office de tourisme qui
est à son tour envahi par les forces de l'ordre, en quête de plans de la commune et de
sa région.
Deux maîtres-chiens et un hélicoptère de Saint-Nazaire sont également
réquisitionnés. Le kidnappeur d'Aurélie étant domicilié à Dieppe, le groupement
vendéen de gendarmerie a fait appel aux groupements limitrophes ainsi que ceux qui se
trouvent sur l'axe Jard - Dieppe. Durant toute l'après-midi, les patrouilles sillonnent
encore et encore les routes de campagne vendéenne.
Au-dessus des têtes, l'hélicoptère n'arrête pas ses allers et venues autour
de la commune jardaise, à l'affût de la Renault 21 blanche. A 16 heures, les troupes
regroupées une première fois n'ont toujours pas la moindre piste. Mais hors de question
d'abandonner. Les recherches reprennent de plus belle.
Jusqu'au signalement. « C'est un pompiste qui a prévenu les gendarmes »,
souligne le maire de Jard. « L'homme a été repéré à L'Aiguillon-sur-Vie. Il venait
de faire une grivèlerie à l'essence », explique le capitaine Yvan Carbonnelle. Le filet
se resserre peu à peu. Deux motards d'une brigade locale ont très vite localisé la R 21
sur le parking de la pointe de l'Aiguillon-sur-Mer. Cest là quils
parlementeront, avant que Bruno Noyé ne tire les deux coups de feu fatals.
S.H. aux Sables-dOlonne |