Journal du mardi 26 octobre 2004

Bruno Noyé habitait rue Cité de Limes au Pollet
Il viole une jeune fille à Dieppe
et tue Aurélie en Vendée

Bruno Noyé, un Dieppois de 43 ans a violé vendredi soir une apprentie boulangère de 19 ans à Dieppe avant de prendre la route pour la Vendée. A Jard-sur-Mer, il a kidnappé une jeune fille de 16 ans qui avait rompu avec lui quelques semaines auparavant. A la vue des gendarmes qui le traquaient depuis le matin, il a tué sa victime d’un coup de fusil avant de mettre fin à ses jours.

Les policiers sont restés dans la rue de 7 heures à 18 h 30 environ samedi soir. Ils étaient au moins une quinzaine à l’attendre ». Rue Cité-de-Limes, dans le quartier du Pollet à Dieppe, l’agitation devant le numéro 59 n’est pas passée inaperçue ce week-end. C’est dans un appartement situé dans la cour de cet immeuble que vivait Bruno Noyé. A l’heure où les forces de l’ordre venaient chercher ce Dieppois de 43 ans soupçonné de viol la veille sur une jeune fille de 19 ans, celui-ci kidnappait et tuait Aurélie, 16 ans à Jard-sur-Mer en Vendée. Puis il retournait son fusil à canon scié contre lui.

Vendredi soir, avant de prendre la route pour s’attaquer à cette jeune fille avec qui il avait eu une liaison amoureuse, il s’en est pris à une jeune apprentie boulangère, à Dieppe. Après s’être fait agresser, elle s’est donc précipitée au commissariat pour porter plainte. Là, elle a reconnu son violeur sur photo. Bruno Noyé avait en effet déjà été soupçonné d’agression sexuelle, avant qu’une précédente victime supposée se rétracte.

Couettes et armes saisies

Les forces de l’ordre se sont alors rendues au domicile du Polletais. En son absence, ils ont demandé à deux de ses voisins d’être témoins de la perquisition qu’ils devaient effectuer. « Tous les autres locataires de l’immeuble ont aussi été interrogés », explique un habitant de la rue. Dans l’appartement, ils ont mis la main sur de nombreux objets, dont un couteau de chasse et une crosse de fusil qu’ils ont emmenées dans un grand sac. Selon nos informations, ils ont aussi emporté avec eux du linge de lit, comme une couette.

Sans oublier un élément capital, une lettre de trois pages que Bruno Noyé voulait envoyer à Aurélie. Il avait connu cette jeune Vendéenne voilà près d’un an, par le biais d’un SMS qu’elle lui avait envoyé par erreur en manipulant son portable. Le message ne lui était pas destiné, mais le Dieppois qui aimait courtiser les très jeunes filles s’en était servi pour se rapprocher d’elle. Seulement, en août dernier, elle avait décidé de mettre fin à leur relation. Ne semblant pas supporter cette idée, il voulait lui envoyer en septembre cette lettre, restée finalement à son domicile où les enquêteurs l’ont retrouvée.

« La mort aura de beau qu’au moins tu seras avec moi », écrivait-il dans cette missive. Les enquêteurs dieppois savaient donc qu’il allait certainement commettre l’irréparable. Mais ils n’avaient entre les mains que le prénom de la jeune fille visée par ces menaces. Bruno Noyé avait déjà pris la route à bord de sa R21 blanche...

Harcèlement

La suite de la cavale du Dieppois s’est poursuivie en Vendée. Après avoir harcelé sa victime durant de longues semaines par SMS et par téléphone, il est allé directement chez elle, à Jard-sur-Mer. En pénétrant par le sous-sol, l’homme a d’abord neutralisé la mère d’Aurélie. « Il l’a agressée, bâillonnée et ligotée », expliquait dimanche le procureur de la République des Sables-d’Olonne. D’après ce magistrat, Bruno Noyé aurait profité de l’inconscience de cette femme endormie à l’éther pour violer sa fille. Aurélie a tenté d’appeler son grand-père sur son portable et de s’enfuir, mais dans la rue, son agresseur a réussi à l’attraper. Elle a tenté d’appeler au secours, des témoins de la scène ont voulu s’interposer. Mais Bruno Noyé les a calmés en disant : « C’est une histoire de famille, je suis son père », explique le procureur.

L’agresseur a alors fait monter l’adolescente dans sa Renault 21. Le plan Epervier a été déclenché par les forces de l’ordre. Deux motards d’un peloton de gendarmerie sont tombés bien plus tard, en fin de journée, sur ce véhicule stationné sur un parking à la pointe de l’Aiguillon-sur-Mer, à 30 km de Jard. A l’intérieur, au pied du siège passager, la jeune fille était recroquevillée, tenue en joue par Bruno Noyé avec un fusil de chasse à crosse et canon sciés. « L’homme à intimé l’ordre aux gendarmes de ranger leurs armes », poursuit le procureur. Ce qu’ils ont fait. Mais apercevant une voiture de gendarmerie, le Dieppois aurait paniqué. « Sans prévenir, il a fait feu sur la jeune fille », puis s’est donné la mort.

Véronique Guiborel

Bruno Noyé était connu dans le quartier pour sa violence

« Il avait plus d’ennemis que d’amis »

Sa carrure, son 1 m 85, son profil de boxeur ne passaient pas inaperçus dans le quartier du Pollet à Dieppe. Beaucoup de personnes l’avaient déjà croisé alors qu’il promenait souvent sur le quai ses deux chiens, un labrador et un braque. Chiens qui vagabondaient également souvent et qui ont été récupérés visiblement ce week-end par son ex-femme et son fils, âgé de 14 ans.

En dehors de sa passion pour la chasse et ses chiens, Bruno Noyé était surtout connu pour sa violence. Plusieurs de ses voisins ont été confrontés un jour ou l’autre à ses colères ou ses menaces. Et en apprenant la nouvelle de sa mort, certains n’ont pas hésité à se dire soulagés. « Ça m’avait coûté deux dents », lance un habitant de la rue Cité-de-Limes qui s’était apparemment frotté d’un peu trop près au Dieppois. « Il avait beaucoup plus d’ennemis que d’amis », lance un autre. Une de ses proches voisines avoue sans détour « avoir eu peur de lui », en refermant précipitamment sa porte comme si elle redoutait de le voir surgir près d’elle.

Il aimait les jeunes filles

Malgré tout, même si les gens qui ne portaient pas dans leur cœur cet homme au caractère violent étaient nombreux, tous ont été abasourdis par la nouvelle. « Je ne l’aurais tout de même pas cru capable de violer et tuer », lance rapidement une de ses jeunes voisines, qui avoue ne jamais avoir souhaité côtoyer cet homme plus que nécessaire.

Par ailleurs, Bruno Noyé âgé de 43 ans était connu pour aimer la compagnie des jeunes filles. Plusieurs témoignages recueillis dans le quartier vont dans le même sens. « La fille d’un ami qui travaillait en centre-ville passait tous les soirs devant chez lui pour rentrer à Neuville. Plusieurs fois, il a tenté de l’attirer chez lui. J’ai mis son père en garde, lui disant que l’homme ne semblait pas fréquentable », explique un habitant du quartier.

Le procureur de la République des Sables d’Olonne a pour sa part expliqué dimanche « que Bruno Noyé avait déjà fait l’objet d’une procédure pour avoir eu des relations avec des jeunes filles de 17 ans. Mais lorsqu’une relation est consentie à partir de 15 ans, ce n’est pas une infraction ».

VG.

Une Dieppoise a vécu huit mois avec lui en 2003

« Il avait tenté de m’étrangler »

L’an dernier, une Dieppoise d’une trentaine d’années, qui préfère conserver l’anonymat, a vécu huit mois avec Bruno Noyé. Elle le décrit comme un homme pouvant jouer de son charme pour attirer les jeunes femmes et se montrer aussi particulièrement violent.

Les yeux encore cernés par une nuit difficile, cette Dieppoise d’une trentaine d’années a encore du mal à réaliser. Cet homme qui fait la Une des journaux depuis deux jours, elle le connaissait particulièrement bien. Et pour cause ! Elle a vécu huit mois avec lui l’an dernier. Une liaison qui s’est mal terminée lorsqu’elle a compris qui était véritablement Bruno Noyé. Quand il lui a montré son véritable visage, il n’a plus cessé de la harceler.

« On ne peut pas savoir réellement qui est une personne avant d’avoir vécu avec. Mais j’ai vite compris », lance-t-elle. « Il a fait intrusion dans ma vie, comme ça... Il était très jovial, intelligent, enjôleur », poursuit-elle, tentant d’expliquer comment elle avait pu tomber sous le charme d’un tel homme. Mais rapidement, il lui a montré une autre facette de sa personnalité. Et pas la plus belle. « Je me suis aperçue très tôt qu’il avait un faible pour les mineures. Il avait vécu juste avant trois ans avec une jeune fille qui avait 15-16 ans lorsqu’ils s’étaient connus. J’ai essayé de lui ouvrir les yeux sur ce type de relations. De lui expliquer que c’était grave. Mais pour lui, il ne faisait rien de mal », raconte-t-elle.

« C’était un pervers sexuel »

Elle lui a même conseillé de se faire soigner. « Je lui ai dit qu’il était malade. C’était un pervers sexuel ». Mais rien n’y a fait. Ses difficultés avec les femmes venaient peut-être du fait que « son père était décédé lorsqu’il était jeune, et sa mère l’avait ensuite rejeté » suggère l’ex-compagne. Elle le met de nouveau en garde lorsqu’il lui explique avoir pris contact avec Aurélie. « Il m’a parlé de ce SMS qu’il venait de recevoir ». Elle a compris que pendant leur relation, il continuait de voir des jeunes filles.

Autre visage que Bruno Noyé lui dévoile petit à petit : celui d’un homme violent. « Envers moi, c’était surtout de la violence verbale. Il a tout de même essayé de m’étrangler une fois », précise-t-elle. Elle savait qu’il avait eu des problèmes avec la justice pour avoir frappé un policier. « Mais je me disais que tout le monde pouvait changer. Pourquoi ne pas lui donner une chance...»

Main-courante au commissariat

Tout s’emballe lorsque finalement elle décide de mettre fin à leur relation. « Il passait son temps à me harceler au téléphone. J’ai dû changer de portable et de numéro. Il me faisait des scènes devant tout le monde. Il m’avait dit qu’il avait fait un double de mes clés. Il a même menacé de s’en prendre à ma mère », raconte-t-elle. Elle a donc été contrainte de le faire mentionner sur une main-courante au commissariat. D’autres personnes de son entourage ont également dû signaler les agissements de cet homme. « C’est là que je ne comprends pas. Rien n’a été fait. Pourtant des jeunes filles ont signalé aussi son comportement. Ça aurait pu peut-être être évité », pense-t-elle.

Aujourd’hui, c’est tout de même un soulagement de ne plus le savoir rodant près de chez elle. Mais elle se désole de savoir que cela a coûté la vie à Aurélie. Elle ne l’aurait pas pensé capable de cela. « Qu’il se foute la gueule en l’air, oui. Mais qu’il attaque une fille, je ne l’aurais jamais imaginé », conclut-elle, amère.

V.G.

Une lettre à son domicile

Le meurtre d’Aurélie aurait-il pu être évité ?

Présenté par certains comme un « amoureux éconduit », Bruno Noyé n’en était pas moins un curieux individu au comportement perturbé. La veille de retrouver celle qui lui « manquait tant » et dont il disait ne plus supporter la séparation depuis l’été, n’en avait pas moins violé une apprentie boulangère de 19 ans la veille, vendredi avant 19 h 30. Amoureux éconduit, peut-être, criminel sexuel, sûrement... En 2001, l’expert psychiatrique l’avait examiné suite à de nombreuses plaintes pour harcèlement. Bruno Noyé n’était pas considéré comme un pervers sexuel, ni comme un pédophile. « C’est un homme à l’investissement sexuel normal », concluait ce rapport. Bruno Noyé n’avait donc pas été inquiété ou surveillé.

Du coup, alertés vendredi soir après le viol de la jeune Dieppoise par une de ses amies, les policiers du commissariat de Dieppe avaient lancé la procédure. Après avoir conseillé à l’amie de la victime du viol de faire examiner cette dernière par un médecin à l’hôpital, ils avaient recueilli sa plainte à la sortie des urgences. La victime explique à l’enquêteur de permanence que son agresseur, qu’elle décrit comme un homme d’une quarantaine d’années aux cheveux grisonnants et affecté d’une malformation à l’oreille, circule à bord d’une Renault 21 blanche. L’officier de police judiciaire pense alors à un homme déjà fiché pour plusieurs agressions sexuelles, et présente à la jeune boulangère plusieurs photos de suspects, parmi lesquelles figure celle de Bruno Noyé (page ci-contre).

L’homme identifié, l’immatriculation de sa R21 dès lors connue ainsi que son adresse, les enquêteurs dieppois attendent le lendemain matin, et l’heure légale de 6 heures, pour entamer les recherches. Ils procéderont à la perquisition de son domicile à 8 h30. Après avoir simplement ouvert la porte du 59 rue Cité-de-Limes, au Pollet, qui n’était pas fermée à clés mais qui est aujourd’hui condamnée par des scellés, ils tombent sur la lettre dans laquelle Bruno Noyé explique tout. Des patrouilles envoyées en ville ne trouvent pas la R21 qui n’est pas non plus au domicile du meurtrier. Et pour cause. Il est déjà en Vendée...

Un avis de recherche lancé au niveau national et la mobilisation de toutes les forces de l’ordre pour mettre rapidement la main sur le meurtrier et sa voiture identifiés aurait-il permis d’éviter le pire ? Peut-être, mais pas sûr...

O.B.

De petits boulots en petits boulots

Bruno Noyé, 43 ans, vivait de petits boulots. Dans les années quatre-vingt, il avait notamment été gardien au mini-golf de Dieppe et à la maison d’enfants Notre-Dame-des-Flots.

L’an passé, il avait travaillé au casino du Tréport comme agent de sécurité, et depuis quinze jours, il était opérateur sur presse chez Garçonnet à Saint-Nicolas-d’Aliermont. Une mission d’intérim qu’il devait assurer jusqu’au 29 octobre.

Au Relais Intérim de Saint-Nicolas-d’Aliermont, l’agence où il était inscrit, personne n’avait à se plaindre de lui. « Il était très bien. C’était la première fois qu’il travaillait pour nous, mais nous n’avions aucun souci. Et visiblement, l’entreprise Garçonnet était elle aussi satisfaite de ses services », témoigne un responsable de l’agence, visiblement très surpris d’apprendre la dérive meurtrière de l’un de ses intérimaires.

De Jard à Dieppe, les gendarmes sur le qui-vive

Depuis 10 heures samedi matin, lorsque l'alerte est donnée, la compagnie de gendarmerie des Sables-d'Olonne a déclenché le plan Epervier. Une centaine de gendarmes est aussitôt mobilisée pour surveiller en points fixes les croisements de routes importants. A Jard, après les rues, c'est l'office de tourisme qui est à son tour envahi par les forces de l'ordre, en quête de plans de la commune et de sa région.

Deux maîtres-chiens et un hélicoptère de Saint-Nazaire sont également réquisitionnés. Le kidnappeur d'Aurélie étant domicilié à Dieppe, le groupement vendéen de gendarmerie a fait appel aux groupements limitrophes ainsi que ceux qui se trouvent sur l'axe Jard - Dieppe. Durant toute l'après-midi, les patrouilles sillonnent encore et encore les routes de campagne vendéenne.

Au-dessus des têtes, l'hélicoptère n'arrête pas ses allers et venues autour de la commune jardaise, à l'affût de la Renault 21 blanche. A 16 heures, les troupes regroupées une première fois n'ont toujours pas la moindre piste. Mais hors de question d'abandonner. Les recherches reprennent de plus belle.

Jusqu'au signalement. « C'est un pompiste qui a prévenu les gendarmes », souligne le maire de Jard. « L'homme a été repéré à L'Aiguillon-sur-Vie. Il venait de faire une grivèlerie à l'essence », explique le capitaine Yvan Carbonnelle. Le filet se resserre peu à peu. Deux motards d'une brigade locale ont très vite localisé la R 21 sur le parking de la pointe de l'Aiguillon-sur-Mer. C’est là qu’ils parlementeront, avant que Bruno Noyé ne tire les deux coups de feu fatals.

S.H. aux Sables-d’Olonne


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