Journal du 4 mai 2004

Harcelés et menacés par une société basée en Espagne
Des Dieppois parmi les victimes
d'une arnaque européenne

Ils sont des milliers de médecins, restaurateurs, associations… en Europe à s’être fait piéger par un annuaire professionnel basé en Espagne. Parmi les victimes figurent des Dieppois. En signant ce qu’ils pensaient n’être qu’une simple fiche de renseignements pour actualiser une base de données, ils sont aujourd’hui harcelés et reçoivent des factures exorbitantes pour des encarts publicitaires.

Elle a craqué. Elle vient de régler la facture de 817 euros réclamée. Harcelée depuis plusieurs mois, menacée de poursuites, cette Dieppoise qui préfère rester anonyme, qui travaille dans le domaine de la santé, a cédé face aux relances régulières de la société European city guide, basée en Espagne et qui gère un annuaire européen. Une simple signature au bas d’un formulaire en janvier 2003 et le piège s’est refermé.

Car c’est véritablement dans un piège, comme des milliers d’autres professionnels européens, qu’elle est tombée. « J’ai reçu un document de l’European city guide me demandant de bien vouloir vérifier mes coordonnées et de rectifier au besoin pour être inscrite dans un guide », explique-t-elle. En haut du bordereau la société explique en gras « Veuillez vérifier votre adresse attentivement pour une actualisation des données, compléter ce formulaire (…) L’actualisation n’entraîne aucun frais. Signez uniquement si vous souhaitez être inséré ».

Menaces du service contentieux

Seulement voilà, en bas de page, en plus petit, se cache la véritable nature du document qui n’est autre qu’un bon de commande pour un encart payant dans un guide, et cela pour trois années. Sitôt le bon envoyé, la facture tombe… Les relances et les menaces de mettre l’affaire entre les mains du service contentieux de ladite société espagnole pleuvent. « Je ne m’étais pas méfiée puisque j’avais déjà répondu à d’autres guides comme l’annuaire vert en France », souligne-t-elle.

Mais il y a seulement quelques jours, juste après avoir posté son chèque, suite à un reportage de nos confrères de France 3, elle a compris qu’elle était victime comme des milliers d’autres personnes de ce qui se ressemble bien à une escroquerie. Aux quatre coins de l’Europe, des plaintes ont déjà été déposées de personnes qui, comme elle, s’étaient méprises sur la nature de l’engagement pris.

Et à Dieppe, elle n’est pas la seule à être harcelée par la société. Dominique Savoye qui tient avec son épouse le restaurant « La Mouette à vélo » sur le quai Henri-IV en fait partie. Mais lui a tenu bon et refuse de payer, comme le conseillent dans tous les pays les services de la répression des fraudes. « Nous avons encore reçu une relance de 1 634 euros la semaine dernière. Et la Poste m’a apporté un colis avec deux annuaires de l’European city guide que nous avons aussitôt refusés », raconte le couple.

Ne pas payer

Ils ont même été menacés de recevoir la visite d’un huissier. « Mais je n’ai rien à me reprocher, car lorsque j’ai compris que je m’étais fait avoir, j’ai envoyé dans les délais impartis une lettre en recommandé pour demander l’annulation de mon contrat », explique Dominique Savoye. Seulement la société espagnole lui a retourné une photocopie de ce contrat « sur laquelle ils avaient modifié la date. J’ai donc confié mon dossier au syndicat de l’hôtellerie », poursuit-il.

Un médecin dieppois a lui confié son dossier à son assurance qui gérait déjà ce type d’affaires pour d’autres confrères. « Cela fait déjà deux ou trois ans que ça dure. Je reconnais que j’ai dû signer le document un peu vite, mais j’en reçois tellement. J’ai hésité à payer au début, mais d’autres médecins qui apparaissaient comme moi dans le guide, m’ont conseillé de ne pas payer », explique-t-il. Aujourd’hui chaque nouvelle lettre de relance est envoyée à son assureur. Il a même reçu des menaces d’un juriste installé en Belgique. « Ils sont très bien organisés. Mais aujourd’hui je laisse courir J’attends qu’ils m’assignent devant un tribunal. Mais lequel ? », confie-t-il.

Par ailleurs différentes questions se posent lorsqu’on regarde de plus près cet annuaire. Visiblement certaines personnes apparaissent, comme un professionnel de la santé dieppois, sans jamais avoir reçu ni signé de formulaire de la société espagnole. Certains apparaissent sur la version papier du guide, tandis que d’autres ne sont cités que sur le site Internet de l’annuaire. Sans oublier les noms de sociétés aujourd’hui disparues… Ou le cd-rom promis dans le « contrat » qui n’est jamais arrivé.

Plusieurs associations de professionnels mettent en garde leurs adhérents face à cet annuaire espagnol, mais également contre de nombreuses autres sociétés qui « travaillent » dans le même créneau. Mais déjà Dominique Savoye assure que l’on ne l’y reprendrat plus. « Maintenant je suis devenu beaucoup plus méfiant. Je jette systématiquement tout ce type de courrier ».

Véronique Guiborel

Société espagnole déjà condamnée

A Barcelone en Espagne où était implantée la société à l’origine de l’European City Guide, le tribunal l’a condamnée en septembre 2003 à une importante amende de 300 000 euros, mais surtout à l’interdiction d’exercer son activité pendant un an. Dans ce cas pourquoi les victimes dieppoises reçoivent-t-elles toujours des relances ? Eh bien tout simplement parce que la société a fait ses valises pour une province voisine, où la sanction du tribunal catalan ne s’applique pas. C’est désormais de Valence que les lettres de menace sont envoyées !


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