Journal du mardi 5 octobre 2004

Nous avons testé l'accès aux lieux publics
Accès handicapés : les services publics
de l'Etat à la traîne

A l’heure où le conseil général se penche sur un schéma départemental pour les non valides, nous avons voulu tester l’accessibilité des lieux publics ou accueillant du public pour les personnes en fauteuil ou en béquilles. Le constat est évident : les services publics de l’Etat sont les plus mauvais élèves de la classe. Et la palme revient au Palais de Justice.

Accéder aux lieux publics en béquilles n’est pas chose aisée. Avec le pied dans le plâtre depuis un mois, nous en savons quelque chose. Mais avec un fauteuil pour handicapé, c’est souvent pire. Où garer sa voiture s’il n’y a pas de place pour handicapé suffisamment large ou si elle est occupée - même pour un temps très court - par un valide ? Comment monter les marches s’il n’y a pas de rampe d’accès réservée aux fauteuils et aux poussettes ? Comment ensuite se rendre dans la pièce adéquate si elle est située à l’étage sans ascenseur, et pire encore : comment se rendre aux toilettes si celles-ci ne sont pas assez larges et installées au rez-de-chaussée ?

A l’heure où s’achèvent les jeux paralympiques à Athènes, où se prépare la semaine de l’emploi des personnes handicapées (du 15 au 20 novembre, www.semaine-emploi-handicap.com) et alors que le président du conseil général travaillait mercredi à Rouen sur le schéma départemental « en faveur des personnes en situation de handicap », nous avons voulu vérifier par nous-mêmes si la loi de 1991 était respectée dans les bâtiments publics ou accueillant du public à Dieppe. Avec un chauffeur qui cherchait la petite place réservée frappée de la marque bleue, et sur nos béquilles nous avons fait le tour de ces lieux publics.

Et le constat s’impose comme une évidence : si les établissements privés (hypermarchés, cinéma, France Telecom) les équipements municipaux (mairie, Centre Jean-Renoir et médiathèque) ou certains services (EDF, France Telecom, gare SNCF) respectent la loi et vont même au-delà en proposant des équipements spécifiques pour les handicapés (fauteuil dans les hypermarchés, mini-ascenseur à France Telecom), en revanche les services de l’Etat sont à la traîne. Si vous êtes convoqué au tribunal avec vos béquilles ou votre fauteuil, bon courage ! Même problème si vous devez changer votre carte grise à la sous-préfecture ou vous rendre au bureau de Poste de Dieppe principal. L’Etat sait bien imposer ses lois aux particuliers et aux collectivités, mais il est souvent le dernier à les respecter dans ses propres services…

Enquête : Thérèse Hamel et Olivier Bassine

Il était convoqué mercredi

Branle-bas de combat au tribunal

A Rouen, c’est la même chose, que ce soit au tribunal, à la Poste ou à la préfecture. Et le pire, c’est quand on veut aller aux toilettes ». Celles du tribunal de Dieppe n’étaient pas davantage accessibles à ce Rouennais de 41 ans venu pour une audience de conciliation devant le juge des affaires familiales mercredi après-midi.

C’est la première fois qu’il venait au tribunal de Dieppe, et sa mère a dû se présenter en éclaireur avant l’audience. Depuis un accident de voiture il y a une vingtaine d’années, l’homme est en effet paralysé et ne se déplace qu’en fauteuil roulant. « La veille, je me suis présentée pour expliquer que mon fils devait venir et que je ne pourrais pas porter son fauteuil toute seule » expliquait la maman. Du coup, c’est le concierge du palais de justice qui a été mobilisé pour prêter main-forte au beau-père du Rouennais afin de lui permettre de passer la grille, puis l’étroite porte d’entrée dotée d’une marche élevée. La greffière a dû faire signer les papiers dans le couloir, quant à l’audience, elle n’a évidemment pas pu se tenir à l’étage : le juge a dû descendre au rez-de-chaussée pour rendre la justice dans une salle improvisée.

A compter du 1er octobre, le personnel de l’accueil du tribunal recensera les personnes handicapées qui viennent dans les locaux. Les feuilles sont déjà prêtes pour ce recensement qui devrait permettre à la juridiction dieppoise de demander des moyens à la chancellerie pour améliorer l’accueil des non-valides. Rien que mercredi, il y avait un justiciable en fauteuil, et deux sur des béquilles. Mais ils ne seront pas encore pris en compte dans les statistiques…

Le tour de Dieppe des lieux publics

- Les hypermarchés (+++) : tout est fait, aussi bien à Auchan que chez Leclerc, pour séduire la clientèle non valide : places réservées en nombre (et libres !) à toutes les rangées de voitures (et même accès par badge à un parking réservé à Auchan), fauteuil roulant muni d’un mini-chariot à l’avant (à échanger contre les béquilles à l’accueil), caisses réservées aux non-valides. Le seul petit problème pour les béquilles est le carrelage de l’entrée - extrêmement glissant - du magasin Auchan.

- DSN - Centre Jean-Renoir - médiathèque (+++) deux places réservées non loin de l’entrée de plain-pied à Dieppe Scène nationale. L’accès à la médiathèque, à l’étage, se fait par une longue rampe d’accès installée à l’extérieur.

- EDF (+++) : une place réservée suffisamment large pour sortir en fauteuil, une rampe d’accès qui contourne l’escalier, portes coulissantes.

- La CAF, la sécu, l’URSSAF (+++) : deux places de parking pour handicapés juste devant, rampe d’accès, porte coulissante et services de plain-pied.

- La mairie (++) : parking avec trois places pour handicapés aménagées en face des escaliers du parvis. Il faut en faire le tour pour rejoindre la rampe d’accès installée à gauche de l’entrée de l’hôtel de ville dont la porte est coulissante. Seul problème : le parking n’est gratuit que durant 15 minutes, après il faut payer.

- Cinéma Le Rex (++) : deux emplacements réservés sur la place Nationale. Pas de rampe d’accès, mais le personnel vient aider les spectateurs en fauteuil pour franchir l’unique marche. Seules les trois salles du rez-de-chaussée sont accessibles, la quatrième étant à l’étage sans ascenseur.

- France Telecom (+) : pas de place pour handicapés rue Victor-Hugo, stationnement difficile et trottoir étroit. Mais dans la boutique, une mini-cage d’ascenseur pour fauteuils et poussettes permet de franchir aisément les six marches d’escalier.

- La gare SNCF (+) : deux places pour handicapés juste devant l’entrée. La difficulté reste l’accès aux vieilles voitures qui seront bientôt remplacées par les nouveaux autorails.

- Les Impôts (+) : pas de parking ouvert au public, seul le personnel a droit à ses emplacements. Il faut se garer sur le parvis de la mairie et faire le tour, ou... mettre les warnings sur le boulevard pour venir en fauteuil devant le centre des Impôts dont l’entrée est équipée d’une rampe d’accès.

- La sous-préfecture (-) : une place pour handicapés rue Irénée-Bourgois, une autre rue du 8-Mai-1945. Mais elles ne sont pas assez larges pour descendre de voiture en fauteuil, et l’escalier de trois marches ne peut être contourné par une rampe d’accès.

- La Poste (--) : avec le tribunal, l’endroit le plus inacessible. Pas de place pour handicapés, stationnement en outre très difficile aux abords du bureau de Dieppe principal. Pas de rampe d’accès permettant de contourner les trois hautes marches d’escalier.

- Le tribunal (---) : accès étroit rue Desmarets, quasiment impossible à cause de la grille rouillée rue Claude-Groulard, porte étroite sans rampe d’accès (une marche), pas d’ascenseur pour l’étage, vieil escalier en bois glissant, et WC inaccessibles. La totale !


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