| Dauthentiques monnaies en or
datant du xive siècle ! Si on lit entre les lignes du livre du chercheur de trésors
Alain Cloarec, le lieu ne fait aucun doute. A Pourville, des pièces en or dune
valeur exceptionnelle dorment encore sous les galets
Les chercheurs dor locaux
nous lont confirmé. A Pourville, la mer ne roule pas que
des galets. Dans le vacarme des rouleaux, de curieux tintements se font parfois entendre.
Sur la plage, quelques paires dyeux scintillent en catimini lorsque les vagues se
soulèvent, puis retombent. Mais chut ! Le silence est dor. Dans le milieu des
chercheurs de trésors, on se le susurre au creux de loreille : « Des pièces
dor dorment sous les tongs des touristes ». Les vagues, en se retirant, ont
abandonné quelques écus. Des locaux en ont trouvé, et un expert en a parlé, à
demi-mot. La fièvre de lor existe toujours. Alain Cloarec en a fait son métier. Il
cherche, et parfois il trouve. Dans son livre « Comment ils ont trouvé un trésor », le
dénicheur breton brouille les pistes mais avoue que son détecteur de métaux a crié
richesse « près de Dieppe ». La bonne pêche.
« Coup de bol »
Dans sa besace, dauthentiques monnaies en or en
parfait état datant du xive siècle. A Pourville, la poignée dirréductibles, de
« chaluteurs » de belles pièces dorées aux yeux écarquillés, rient jaune. « Le gros
coup de bol », commente un Pourvillais qui ne cesse darpenter la plage depuis son
plus jeune âge. « Coup de bol » ou coup de flair, ce genre de découverte est encore
possible. Tout le monde acquiesce. « Il en reste encore », répètent les prospecteurs
locaux. Un joli cadeau de Noël. Alain Cloarec ne lâchera cependant pas le morceau sur le
lieu exact de sa trouvaille. Il nous avouera juste quil sagit effectivement de
Pourville. La valeur marchande de ces monnaies :
plus de 6 000 euros lunité. On comprend son manque de loquacité. Pas de
marque ni de rayure, des inscriptions bien lisibles. Lagressive corrosion du temps
na pas sévi.
« Noble dor »
Alain Cloarec a tapé dans le mille. Les monnaies ont été
frappées durant la guerre de Cent Ans (1337-1453), elles proviennent dAngleterre
sous le règne dEdouard III. Elles sont du type « Noble dor » ou encore «
Ecus dor ». Une rareté exceptionnelle.
En se plongeant dans lhistoire locale, deux thèses se confrontent sur
leur provenance. Lune nous oriente vers le château dHautot-sur-Mer, dont les
ruines, sont encore visibles aujourdhui dans le bois du même nom, à deux
kilomètres du rivage de la Manche.
Lhistoire se situerait entre le XIIIe et le début du XVe siècle. Une
légende raconte que la « grande dame » du lieu faillit perdre la vie pour traverser la
Scie en empruntant un petit pont, qui sécroula sous ses pas. Ne sachant pas nager,
elle se trouva rapidement emportée par le courant, et sauva sa vie in extremis en
saccrochant à la berge. Lorigine des pièces viendrait alors de la main
généreuse de son Seigneur. Il décida de faire une offrande aux bons génies des sources
et déversa le contenu dune grosse bourse de monnaies en or dans la Scie, qui les
aurait ensuite charriées vers la mer
Lautre hypothèse est celle de la naufragée de Pourville. Au siècle
dernier, lors dun fort coup de vent de Nord, une frégate anglaise a été la cible
des canonniers situés sur la falaise. Alors que le navire sombrait, des témoins
affirment quune grande femme, portant une malle très lourde, refusait dêtre
sauvée sans son trésor. Par les secousses des lames, la malle sombra. Elle renfermait
une cassette pleine de pièces dor
Depuis, lhistoire a été chamboulée au rythme des tempêtes. Les pièces
pourvillaises ont certainement valdingué sous les pieds des touristes. Mais, à chaque
fois que « ça gratte», comme on dit ici, que la mer fait le gros dos et joue avec les
galets, les chercheurs dor réapparaissent. Les détecteurs de métaux passent et
repassent sur les petites parcelles de sable qui voient le jour.
Et puis parfois, lor tombe du ciel. Sous la falaise, côté Dieppe, une
chute de terrain, en 1846 révéla à des promeneurs chanceux quatre-vingts pièces
dor des Empereurs des IVe et Ve siècles dont une dHonorius !
Briac Trébert
« Comment ils ont trouvé un trésor » dAlain Cloarec aux Editions du
Cherche midi.
Merci à Claude Féron et ses
précieuses collections Connaissances de Dieppe. |