Journal du 23 décembre 2003

Pourville
La plage aux trésors

D’authentiques monnaies en or datant du xive siècle ! Si on lit entre les lignes du livre du chercheur de trésors Alain Cloarec, le lieu ne fait aucun doute. A Pourville, des pièces en or d’une valeur exceptionnelle dorment encore sous les galets… Les chercheurs d’or locaux nous l’ont confirmé.

A Pourville, la mer ne roule pas que des galets. Dans le vacarme des rouleaux, de curieux tintements se font parfois entendre. Sur la plage, quelques paires d’yeux scintillent en catimini lorsque les vagues se soulèvent, puis retombent. Mais chut ! Le silence est d’or. Dans le milieu des chercheurs de trésors, on se le susurre au creux de l’oreille : « Des pièces d’or dorment sous les tongs des touristes ». Les vagues, en se retirant, ont abandonné quelques écus. Des locaux en ont trouvé, et un expert en a parlé, à demi-mot. La fièvre de l’or existe toujours. Alain Cloarec en a fait son métier. Il cherche, et parfois il trouve. Dans son livre « Comment ils ont trouvé un trésor », le dénicheur breton brouille les pistes mais avoue que son détecteur de métaux a crié richesse « près de Dieppe ». La bonne pêche.

« Coup de bol »

Dans sa besace, d’authentiques monnaies en or en parfait état datant du xive siècle. A Pourville, la poignée d’irréductibles, de « chaluteurs » de belles pièces dorées aux yeux écarquillés, rient jaune. « Le gros coup de bol », commente un Pourvillais qui ne cesse d’arpenter la plage depuis son plus jeune âge. « Coup de bol » ou coup de flair, ce genre de découverte est encore possible. Tout le monde acquiesce. « Il en reste encore », répètent les prospecteurs locaux. Un joli cadeau de Noël. Alain Cloarec ne lâchera cependant pas le morceau sur le lieu exact de sa trouvaille. Il nous avouera juste qu’il s’agit effectivement de Pourville. La valeur marchande de ces monnaies :
plus de 6 000 euros l’unité. On comprend son manque de loquacité. Pas de marque ni de rayure, des inscriptions bien lisibles. L’agressive corrosion du temps n’a pas sévi.

« Noble d’or »

Alain Cloarec a tapé dans le mille. Les monnaies ont été frappées durant la guerre de Cent Ans (1337-1453), elles proviennent d’Angleterre sous le règne d’Edouard III. Elles sont du type « Noble d’or » ou encore « Ecus d’or ». Une rareté exceptionnelle.

En se plongeant dans l’histoire locale, deux thèses se confrontent sur leur provenance. L’une nous oriente vers le château d’Hautot-sur-Mer, dont les ruines, sont encore visibles aujourd’hui dans le bois du même nom, à deux kilomètres du rivage de la Manche.

L’histoire se situerait entre le XIIIe et le début du XVe siècle. Une légende raconte que la « grande dame » du lieu faillit perdre la vie pour traverser la Scie en empruntant un petit pont, qui s’écroula sous ses pas. Ne sachant pas nager, elle se trouva rapidement emportée par le courant, et sauva sa vie in extremis en s’accrochant à la berge. L’origine des pièces viendrait alors de la main généreuse de son Seigneur. Il décida de faire une offrande aux bons génies des sources et déversa le contenu d’une grosse bourse de monnaies en or dans la Scie, qui les aurait ensuite charriées vers la mer…

L’autre hypothèse est celle de la naufragée de Pourville. Au siècle dernier, lors d’un fort coup de vent de Nord, une frégate anglaise a été la cible des canonniers situés sur la falaise. Alors que le navire sombrait, des témoins affirment qu’une grande femme, portant une malle très lourde, refusait d’être sauvée sans son trésor. Par les secousses des lames, la malle sombra. Elle renfermait une cassette pleine de pièces d’or…

Depuis, l’histoire a été chamboulée au rythme des tempêtes. Les pièces pourvillaises ont certainement valdingué sous les pieds des touristes. Mais, à chaque fois que « ça gratte», comme on dit ici, que la mer fait le gros dos et joue avec les galets, les chercheurs d’or réapparaissent. Les détecteurs de métaux passent et repassent sur les petites parcelles de sable qui voient le jour.

Et puis parfois, l’or tombe du ciel. Sous la falaise, côté Dieppe, une chute de terrain, en 1846 révéla à des promeneurs chanceux quatre-vingts pièces d’or des Empereurs des IVe et Ve siècles dont une d’Honorius !

Briac Trébert

« Comment ils ont trouvé un trésor » d’Alain Cloarec aux Editions du Cherche midi.
Merci à Claude Féron et ses précieuses collections Connaissances de Dieppe. 


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