| Les trois hommes étaient filés
depuis plusieurs mois. Restait à attendre quils tentent un nouveau voyage en
Hollande. Cest à leur retour que deux dentre eux ont été interpellés en
flagrant délit sur la route avant Dieppe, et le troisième quai Henri-IV. Dans la
voiture, 300 grammes dhéroïne qui alimentaient le marché dieppois. Le quai
Henri-IV en était la plaque tournante. Le père et son fils,
Jérémie, était eux-mêmes des toxicomanes « accros » à lhéroïne. Originaires
dAmiens, ils sétaient installés depuis environ un an dans la région.
Le père âgé de 45 ans habitait à Neuville-lès-Dieppe, et son fils de 23 ans
dans le centre-ville. Un troisième larron, qui logeait dans les étages des arcades sur
le quai Henri-IV, au niveau du café-tabac « Les Voyageurs », écoulait la marchandise
que la « famille » rapportait de Hollande.
Ils avaient un « truc » pour déjouer les contrôles : se faisant passer pour
des peintres en bâtiment, leur couverture leur permettait de passer la marchandise dans
des sachets hermétiques plongés dans des pots de peinture et de colle.
Pas ragoûtants à sortir du liquide visqueux, les 300 grammes dhéroïne
importés de Hollande la semaine dernière ont néanmoins été saisis. Il en fallait plus
pour déjouer lopiniâtreté des enquêteurs.
Car les deux hommes étaient sous surveillance depuis longtemps. Le père avait
en effet déjà deux condamnations au casier judiciaire pour trafic de stupéfiants, et le
petit manège du dealer du quai Henri-IV avait été repéré depuis longtemps par les
policiers.
Une information avait été ouverte il y a six mois par le juge
dinstruction du tribunal de Dieppe, Antoine Levaillant de Charny.
Cest donc en agissant sur commission rogatoire que les policiers et les
gendarmes dieppois, épaulés par la PJ de Rouen, sétaient mis à suivre de plus
près les trois hommes depuis le mois de septembre.
Ils alimentaient tout Dieppe
En deux mois, le père et son fils avaient effectué six à
huit voyages en Hollande. Des courts séjours au plat pays qui navaient pour
motivation ni lamour des tulipes, ni celui des moulins à vent et encore moins celui
des peintres impressionnistes. Cest que la drogue y est là-bas beaucoup moins
chère quen France.
Le dernier de ces voyages sest déroulé en fin de semaine dernière. Pour
environ 3 000 euros, la fausse entreprise familiale de peinture avait acheté 130 grammes
dhéroïne pure et 150 grammes de produits de coupe, soit un total denviron
300 grammes de drogue coupée qui se revendait environ 50 à 60 euros le gramme sur le
marché dieppois.
Soit un total de revente de 14 à 17 000 euros, et donc un bénéfice net de 11
à 14 000 euros pour les marchands de mort.
Et sils en consommaient une partie, le père et le fils toxicos
alimentaient tout de même la quasi-totalité des héroïnomanes dieppois, soit plus
dune trentaine de personnes réparties dans tous les quartiers de Dieppe. Cest
sur le quai Henri-IV, au contact du troisième homme, que les clients venaient chercher
leur marchandise.
300 grammes dans la voiture des
faux peintres
Ils nen auront plus loccasion depuis vendredi.
Les enquêteurs ont suivi léquipée hollandaise du duo, de laller
jusquau retour.
Cest à 5 h 30 vendredi matin que la voiture de location des faux peintres
a été interceptée sur la route juste avant darriver à Dieppe.
Le père neuvillais et le fils dieppois ont été interpellés, et les
enquêteurs nont pas hésité à plonger les mains dans les pots de peinture et de
colle.
Bonne pioche : les 130 grammes dhéroïne et 150 grammes de produits de
coupe y étaient répartis, ainsi que 3 grammes de cocaïne, soigneusement emballés dans
des sachets étanches et déposés au fond des pots visqueux.
Une demi-heure plus tard, à lheure légale de 6 heures pour les
interpellations, les policiers investissaient discrètement le logement du troisième
homme, un Dieppois qui habitait sur le quai en face du port de plaisance, au-dessus des
arcades et du bar des Voyageurs.
Les importateurs arrêtés, le revendeur interpellé : belle affaire pour les
enquêteurs et le juge qui ont mis à mal un réseau certes restreint, mais qui aurait
tout de même, en à peine deux mois, importé et écoulé sur Dieppe environ 1,3 kilo
dhéroïne, ce qui représente environ 70 000 euros de marchandise. Impressionnant !
Laffaire étant claire et le flagrant délit irréfutable, les enquêteurs
nont pas attendu la fin de la garde à vue légale prolongée, de deux fois 48
heures, pour présenter les trois trafiquants devant le juge dinstruction.
Durant toute la journée de samedi, soit un peu plus de vingt-quatre heures
après leur arrestation, les auditions des trois hommes se sont succédé.
A lissue de leur présentation devant le juge qui leur a signifié leur
mise en examen pour trafic de stupéfiants, les trois dealers ont été emmenés en
détention provisoire à Rouen.
Joli coup darrêt au réseau qui alimentait Dieppe en drogues dures.
O.B. |