Journal du 2 décembre 2003

Trois trafiquants arrêtés à Dieppe vendredi avec 300 grammes
Le quai Henri-IV, plaque tournante de l'héroïne

Les trois hommes étaient filés depuis plusieurs mois. Restait à attendre qu’ils tentent un nouveau voyage en Hollande. C’est à leur retour que deux d’entre eux ont été interpellés en flagrant délit sur la route avant Dieppe, et le troisième quai Henri-IV. Dans la voiture, 300 grammes d’héroïne qui alimentaient le marché dieppois. Le quai Henri-IV en était la plaque tournante.

Le père et son fils, Jérémie, était eux-mêmes des toxicomanes « accros » à l’héroïne. Originaires d’Amiens, ils s’étaient installés depuis environ un an dans la région.

Le père âgé de 45 ans habitait à Neuville-lès-Dieppe, et son fils de 23 ans dans le centre-ville. Un troisième larron, qui logeait dans les étages des arcades sur le quai Henri-IV, au niveau du café-tabac « Les Voyageurs », écoulait la marchandise que la « famille » rapportait de Hollande.

Ils avaient un « truc » pour déjouer les contrôles : se faisant passer pour des peintres en bâtiment, leur couverture leur permettait de passer la marchandise dans des sachets hermétiques plongés dans des pots de peinture et de colle.

Pas ragoûtants à sortir du liquide visqueux, les 300 grammes d’héroïne importés de Hollande la semaine dernière ont néanmoins été saisis. Il en fallait plus pour déjouer l’opiniâtreté des enquêteurs.

Car les deux hommes étaient sous surveillance depuis longtemps. Le père avait en effet déjà deux condamnations au casier judiciaire pour trafic de stupéfiants, et le petit manège du dealer du quai Henri-IV avait été repéré depuis longtemps par les policiers.

Une information avait été ouverte il y a six mois par le juge d’instruction du tribunal de Dieppe, Antoine Levaillant de Charny.

C’est donc en agissant sur commission rogatoire que les policiers et les gendarmes dieppois, épaulés par la PJ de Rouen, s’étaient mis à suivre de plus près les trois hommes depuis le mois de septembre.

Ils alimentaient tout Dieppe

En deux mois, le père et son fils avaient effectué six à huit voyages en Hollande. Des courts séjours au plat pays qui n’avaient pour motivation ni l’amour des tulipes, ni celui des moulins à vent et encore moins celui des peintres impressionnistes. C’est que la drogue y est là-bas beaucoup moins chère qu’en France.

Le dernier de ces voyages s’est déroulé en fin de semaine dernière. Pour environ 3 000 euros, la fausse entreprise familiale de peinture avait acheté 130 grammes d’héroïne pure et 150 grammes de produits de coupe, soit un total d’environ 300 grammes de drogue coupée qui se revendait environ 50 à 60 euros le gramme sur le marché dieppois.

Soit un total de revente de 14 à 17 000 euros, et donc un bénéfice net de 11 à 14 000 euros pour les marchands de mort.

Et s’ils en consommaient une partie, le père et le fils toxicos alimentaient tout de même la quasi-totalité des héroïnomanes dieppois, soit plus d’une trentaine de personnes réparties dans tous les quartiers de Dieppe. C’est sur le quai Henri-IV, au contact du troisième homme, que les clients venaient chercher leur marchandise.

300 grammes dans la voiture des faux peintres

Ils n’en auront plus l’occasion depuis vendredi. Les enquêteurs ont suivi l’équipée hollandaise du duo, de l’aller jusqu’au retour.

C’est à 5 h 30 vendredi matin que la voiture de location des faux peintres a été interceptée sur la route juste avant d’arriver à Dieppe.

Le père neuvillais et le fils dieppois ont été interpellés, et les enquêteurs n’ont pas hésité à plonger les mains dans les pots de peinture et de colle.

Bonne pioche : les 130 grammes d’héroïne et 150 grammes de produits de coupe y étaient répartis, ainsi que 3 grammes de cocaïne, soigneusement emballés dans des sachets étanches et déposés au fond des pots visqueux.

Une demi-heure plus tard, à l’heure légale de 6 heures pour les interpellations, les policiers investissaient discrètement le logement du troisième homme, un Dieppois qui habitait sur le quai en face du port de plaisance, au-dessus des arcades et du bar des Voyageurs.

Les importateurs arrêtés, le revendeur interpellé : belle affaire pour les enquêteurs et le juge qui ont mis à mal un réseau certes restreint, mais qui aurait tout de même, en à peine deux mois, importé et écoulé sur Dieppe environ 1,3 kilo d’héroïne, ce qui représente environ 70 000 euros de marchandise. Impressionnant !

L’affaire étant claire et le flagrant délit irréfutable, les enquêteurs n’ont pas attendu la fin de la garde à vue légale prolongée, de deux fois 48 heures, pour présenter les trois trafiquants devant le juge d’instruction.

Durant toute la journée de samedi, soit un peu plus de vingt-quatre heures après leur arrestation, les auditions des trois hommes se sont succédé.

A l’issue de leur présentation devant le juge qui leur a signifié leur mise en examen pour trafic de stupéfiants, les trois dealers ont été emmenés en détention provisoire à Rouen.

Joli coup d’arrêt au réseau qui alimentait Dieppe en drogues dures.

O.B.


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