| Des armes ont été déterrés dans le
bois de Miromesnil à Tourville-sur-Arques, mardi matin à laube. Un homme
originaire de la région dieppoise qui se promenait dans les parages a été entendu puis
relâché. Lenquête des services secrets se poursuit sur la piste de
lIra-Véritable, un groupe terroriste de catholiques irlandais.Deux
pistolets-mitrailleurs, un pistolet-automatique, deux silencieux, quatre chargeurs et des
dizaines de munitions : ces armes se trouvaient dans un coffre, enfoui sous quelques
centimètres de terre dans le bois de Miromesnil à Tourville-sur-Arques. Cet
arsenal appartiendrait à des membres dun groupe terroriste irlandais,
lIra-Véritable. Cest ce que soupçonnent fortement les hommes de la Direction
de la surveillance du territoire (DST, service de contre espionnage). Cest eux qui
ont déterré le petit conteneur en plastique, mardi matin, à laube, un peu à
lécart du chemin du Mont-Blanc situé le long de la départementale 70 reliant
Tourville-sur-Arques à Sauqueville.
Daprès la section anti-terroriste du parquet de Paris, cette « cache »
était surveillée depuis le mois daoût dernier. À lépoque, deux Irlandais
avaient traversé la Manche pour venir cacher ces armes à Tourville, et ils avaient été
repérés par les services de contre-espionnage.
Un étrange ballet
La surveillance discrète aura donc duré près de trois
mois. Trois mois durant lesquels les Tourvillais ont assisté à un étrange ballet. «
Des voitures banalisées, immatriculées pour la plupart en région parisienne
stationnaient aux abords du lieu de la découverte », explique le maire de la commune de
1100 habitants, Claude Métais. Les riverains évoquent des hommes passant leur temps au
téléphone portable dans leurs véhicules, de jour comme de nuit, dun côté ou de
lautre de la cache.
« Il y a quinze jours, intrigués par leur manège, nous avons transmis les
numéros numéralogiques aux policiers », assure le gardien du Château de Mirosmesnil,
dont le parc communique avec le bois régulièrement fréquenté par les promeneurs.
Vérifications faites, les policiers dieppois se sont rendus compte que les plaques
dimmatriculation correspondaient à des voitures... du ministère de
lIntérieur. Des collègues, en fait.
Les habitants se sont posé de multiples questions, évoquant même la
possibilité de « raveurs » venus en repérage pour une future fête. Les rumeurs les
plus folles ont couru dans le petit village. Cest Claude Métais qui a rassuré ses
concitoyens les plus inquiets et curieux en leur affirmant « quil sagissait
dune opération discrète de la police. »
Mardi, lenquête préliminaire ouverte cet été par le parquet de Paris
à la suite de renseignements de la police irlandaise, a pris une autre dimension. Finies
les écoutes téléphoniques et les surveillances, qui ont mobilisé une centaine
dhommes se relayant à tour de rôle entre le château de Miromesnil et le bas de la
D70. Place aux interpellations réalisées simultanément à Tourville-sur-Arques, Guigamp
et en Ulster. Au moment-même où la DST déterrait les armes à Tourville-sur-Arques, les
deux Irlandais soupçonnés de les y avoir enfouies étaient interpellés dans la banlieue
de Dublin. Et quatre Guingampais étaient arrêtés au même moment à leur domicile.
Aucun dentre eux nest connu comme appartenant à la mouvance indépendantiste
bretonne. Cependant, parmi eux figurent deux élus costarmoricains, membres du comité de
jumelage entre Guingamp et Shannon en Irlande.
Selon la section anti-terroriste du parquet de Paris que nous avons jointe,
lopération aurait été décidée car les armes étaient enfouies depuis trop
longtemps, et quil ne pouvait plus être question de les laisser en pleine nature.
Dautant que quelques jours plus tôt, une voiture volée avait été incendiée à
une centaine de mètres.
Un Dieppois interrogé puis
relâché
Lors de ce coup de filet, un homme de la région dieppoise a
également été arrêté. « Il aurait été vu à plusieurs reprises à proximité de la
cache darmes », explique une source proche du dossier. Lhomme a été
entendu, mardi, par la Division nationale antiterroriste (DNAT) dans les locaux du
commissariat de Dieppe. Il a été relâché en soirée. Aucun lien na été établi
entre lui et le réseau que tentent de démanteler les services secrets. Il se serait
simplement trouvé en promenade à plusieurs reprises à proximité de la cache
darmes tourvillaise. « Il sagirait dun malencontreux hasard »,
commentait, mercredi soir le parquet de Paris.
En Bretagne, une manifestation de soutien des familles et
amis était organisée au même moment devant le commissariat de Guingamp. Quant aux
quatre autres suspects bretons, deux dentre eux ont déjà été relâchés à
lheure où nous mettons sous presse. Les autres sont toujours entendus dans les
locaux de la section régionale de la police judiciaire (SRPJ) de Rennes. Ils seront soit
remis en liberté samedi matin, au terme de 96 heures de garde à vue prévues pour les
affaires de terrorisme, soit présentés à un juge dinstruction dans le cadre
dune mise en examen. À Tourville-sur-Arques, on reste abasourdi davoir été
durant trois mois le coffre-fort de terroristes présumés.
Briac Trébert et Olivier Bassine
Le trou a été rebouché
Un petit chemin près de la route de
Sauqueville
La proximité du terminal ferry de Dieppe semble expliquer
la raison pour laquelle des terroristes irlandais ont choisi Tourville-sur-Arques pour
cacher leur arsenal de guerre. Des armes quils espéraient sans doute convoyer par
bateau vers les îles britanniques.
Cest dans le bas de la D70, dans un vallon qui mène de Tourville à
Sauqueville, quun chemin monte vers le bois du château de Miromesnil situé sur les
hauteurs. Une cinquantaine de mètres après lentrée de ce chemin tout juste
carrossable, et environ deux cents mètres avant les débris de la voiture incendiée
quelques jours plus tôt, une sente piétonne étroite part sur la gauche en pente raide.
Cest là, à peine à 150 mètres de la route goudronnée, que les terroristes
présumés avaient enfouis leur arsenal dans une caisse en plastique enterrée.
Mercredi matin, des marques de coups de pelle, un petit tas de terre meuble
fraîchement remuée, et des marques de pas sur une terre à peine tassée indiquent très
clairement que le sol vient dêtre remué. La veille, les agents de la DST ont
creusé à la pelle, déposé la terre retirée un mètre derrière eux, pris le coffre
contenant les armes, et rebouché sommairement le trou en tassant la terre avec les pieds.
Lendroit est dailleurs le seul dans les environs à ne pas être jonché de
feuilles mortes. Mercredi matin, nous nous y sommes rendus en compagnie du maire de
Tourville et dune équipe de France 3. Les agents du contre-espionnage ont eu du
flair, car il nous a fallu plusieurs heures de recherche avant de trouver
lendroit...
LIra-Véritable
Groupe terroriste dune centaine
de militants
LIra-véritable a été fondé en 1997 par des
dissidents radicaux qui sopposaient au cessez-le-feu décrété par lIRA cette
année là. Les membres de ce groupe terroriste sont opposés à la paix. Ils ne veulent
pas du processus de paix qui a abouti à laccord davril 1998, dit du Vendredi
saint, entre catholiques et protestants. Ce groupe jusquau boutiste a revendiqué
lexplosion dune voiture piégée en plein centre ville dOmagh
(nord-ouest de lUlster), le 15 août 1998.
Cet attentat, qui avait 29 morts - des enfants et des femmes pour la plupart -
et plus de 300 blessés, reste le plus meurtrier du conflit en Irlande du Nord. En août
dernier son chef présumé, Michael McKevitt, a été condamné à 20 ans de réclusion
par une Cour pénale spéciale de Dublin, pour « direction dactions terroristes »
et « appartenance à une organisation illégale .» Le groupuscule ne compterait
quune centaine de militants et disposerait de peu darmes.
Ce qui reste sûr, cest que les deux pistolets-mitrailleurs, le pistolet
automatique et les munitions enterrés à Tourville-sur-Arques leur appartenaient, puisque
les deux hommes arrêtés près de Dublin y ont été vus les enfouissant il y a trois
mois. |