| « Nous savions quil
sagissait de militants de Greenpeace. Les deux premiers à pénétrer dans la
centrale ont dailleurs été aussitôt arrêtés ». Au-delà du discours rassurant
des pouvoirs publics, une quarantaine décologistes ont pourtant bel et bien réussi
à pénétrer dans le site interdit de la centrale nucléaire de Penly, et certain à
rallier des endroits sensibles. Faut-il dès lors renforcer la sécurité autour de la
centrale ? Sans doute
Réunion de crise, jeudi 4 décembre
à 16 heures à la centrale nucléaire de Penly. Autour des représentants locaux et
nationaux dEDF, se retrouvent les responsables de la gendarmerie et le directeur de
cabinet du préfet de Seine-Maritime. Cest que quelques heures plus tôt, à 6 h 45
exactement, une quarantaine de militants de lassociation écologiste Greenpeace ont
envahi le site interdit et strictement contrôlé de la centrale.
A laide déchelles simplement posées sur les clôtures, ils ont
franchi les trois « enceintes » qui séparent la plage de Penly de la propriété
dEDF. Certes, les deux premiers intrus ont aussitôt été arrêtés. Leur
comportement et leur identité ont conforté les pouvoirs publics dans leur certitude
quil sagissait de militants écologistes. Une note des Renseignements
Généraux émise la veille indiquait en effet que les écologistes internationaux du
lobby antinucléaire anglo-saxon allaient passer à laction en Seine-Maritime.
Certes, les gendarmes sont arrivés aussitôt sur les lieux. Certes ils
nont heureusement pas tiré sur les intrus. Mais rapidement, la vague écologiste
sest répandue comme un troupeau en débandade dans tous les recoins du site, une
vingtaine des quarante intrus atteignant même le cur de la centrale, deux
dentre eux grimpant sur la « pince » qui jouxte le bâtiment réacteur numéro 1,
et sur la cheminée de la tranche numéro 2.
Même si les autorités contrôlaient la situation, même si tous les systèmes
de sécurité (blocage automatique des accès au bâtiment réacteur et à la salle de
pilotage de la centrale) ont fonctionné, empêchant tout accès des intrus aux endroits
sensibles, il nempêche que les riverains sont en droit de se poser la question de
la sécurité du site.
Les RG avaient prévenu
Il semble étonnant, en effet, quune quarantaine
dindividus certes très déterminés et entraînés comme des commandos
aient réussi à se faufiler aussi facilement dans tous les recoins de la centrale.
Leur objectif était évidemment pacifique : loin de vouloir provoquer un accident
nucléaire, ils voulaient simplement déployer une banderole sur le bâtiment réacteur.
Ils ny seront pas parvenus à cause du vent mais deux écolos ont tout
de même réussi à escalader un bâtiment sensible et une cheminée.
Et pourtant, les moyens de sécurité étaient renforcés du fait du plan «
Vigipirate orange ». Et il y avait même des mesures de sécurité complémentaires, car
les responsables de la centrale et les services de sécurité publique avaient reçu la
veille un message des Renseignements Généraux indiquant que les « grandes oreilles »
de la police sattendaient à « une action de Greenpeace en Seine-Maritime dans les
prochains jours ». Cétait en fait le lendemain, à Penly.
Les soixante militants de Greenpeace venus de plusieurs pays avaient en effet
réservé un gîte à Fécamp la veille. Les RG les avaient repérés, dautant que
lassociation avait en plus loué sept véhicules dans la région pour transporter
leur matériel : fausses éoliennes de 4 mètres de haut, échelles pour franchir les
clôtures, matériel descalade, banderoles, caméras et appareils photos. Un de ces
véhicules a dailleurs été saisi par les gendarmes.
Sur les soixante militants, une quarantaine des étrangers venus de
Finlande, Suède, Suisse, Belgique, Italie, Angleterre, Allemagne
- devaient
pénétrer dans lenceinte interdite. Une vingtaine dautres, parmi lesquels
plusieurs Français, mais aucun de Seine-Maritime, restaient sur la plage ou les falaises
pour assurer la logistique.
Une clôture électrique comme
à Paluel
Parmi ces derniers, seul lun des Français qui avait
conduit une des camionnettes apportant le matériel a été appréhendé par les
gendarmes. Les autres ont été remis en liberté après un contrôle didentité. Le
« conducteur » a accompagné tous les étrangers qui avaient franchi le périmètre
interdit pour une garde à vue de quelques heures dans les brigades de gendarmerie du
Tréport et de Dieppe. Jeudi soir, tout ce petit monde était entendu par les enquêteurs.
Prévenus de lopération avant même quelle ne démarre, les avocats parisiens
de lassociation étaient à pied duvre jeudi soir pour conseiller leurs
clients.
Et les intrus qui ont mobilisé des dizaines de gendarmes jeudi matin, et
provoqué lémoi à la direction nationale dEDF et dans les ministères
jusquà Matignon, ont été remis en liberté dans la nuit de jeudi à vendredi.
Reste aux pouvoirs publics à prendre la mesure de cette « invasion écologiste ». Elle
na pas eu de conséquences, mais la réunion de crise de 16 heures jeudi à la
centrale démontre que des questions restent posées concernant la sécurité aux abords
dun site tout proche des plages de Penly et Saint-Martin-en-Campagne.
Si la direction se refusait jusqualors à électrifier la troisième
clôture, « parce que des visiteurs invités risqueraient de sy électrocuter »,
cette mesure simple et pas chère (surtout pour EDF !) pourrait bien voir le jour comme
cest déjà le cas à Paluel où cette « troisième clôture » déclenche un
système dalarme. Et dautres prescriptions seront dautant plus
indispensables si Penly accueille, comme cela devient de plus en plus évident, une
troisième tranche nucléaire expérimentale avec lEPR (european pressured reactor).
O.B.
Dans lattente dune
convocation au tribunal
Les militants remis en liberté
Ils auront passé en moyenne douze heures en garde à vue,
au Tréport,
à Envermeu et à Dieppe. Les militants de Greenpeace, interpellés jeudi matin, ont
ensuite été relâchés. Le procureur adjoint de Rouen ne sest pas encore prononcé
quant à une éventuelle convocation au tribunal.
Un camion de location immatriculé en Allemagne, saisi à Penly sur le chemin
daccès à la plage. Il sagit du seul élément encore en possession des
gendarmes. Les militants de Greenpeace, eux, sont rentrés chez eux, en Finlande, en
Suède, en Italie, en Allemagne, en Belgique ou encore en Angleterre.
Les activistes écolos attendent maintenant les suites judiciaires de leur
périple en Seine-Maritime. 45 personnes ont été interpellées jeudi matin. Placés en
garde à vue, 38 au Tréport, quatre à Envermeu et trois à Dieppe, les militants
kamikazes qui se sont lancés à lassaut des réacteurs de la centrale de Penly sont
repartis libres entre 23 heures et une heure du matin dans la nuit de jeudi à vendredi.
Loi plus sévère depuis le 11
septembre
« Sans convocation judiciaire ultérieure », précise leur
avocat parisien, Alexandre Faro. Les charges qui pèsent sur ses clients sont
lintrusion sur un site relevant de la sécurité nationale et dégradation. En
effet, les militants ont légèrement affaissé les grilles entourant le site
électronucléaire en les escaladant, jeudi matin à laube. Mais cest
davantage la première charge qui inquiète lavocat. « Depuis les attentats du 11
septembre, la loi est plus sévère », explique Maître Faro qui défend les militants
depuis plus de dix ans.
Le procureur adjoint de Rouen, monsieur Dieudonné, ne sest toujours pas
prononcé sur les suites à donner à cette action impressionnante. Est-ce que la crainte
dEDF dune remédiatisation de laffaire jouera en faveur des écolos ?
Cest ce que présume Alexandre Faro. Un procès avec 45 prévenus pourrait
effectivement faire du bruit...
B.T.
LEPR, un réacteur plus
sûr
Le projet EPR (european pressurised reactor) dit de
troisième génération est le résultat de plusieurs années détudes de conception
franco-allemandes en vue du renouvellement du parc actuel de centrales nucléaires. Plus
puissant que ses prédécesseurs, il comporte des améliorations économiques évidentes
permettant daboutir à une réduction des coûts, mais possède également quelques
améliorations sur le plan de la sûreté.
« Il est dix fois plus sûr que les réacteurs actuels », a affirmé
récemment Nicole Fontaine, la ministre de lIndustrie. Une protection renforcée
contre les chutes davions de type militaire par adjonction dune coque en
béton couvrant les parois externes du bâtiment réacteur serait notamment mise en place.
La procédure de mise à larrêt serait également plus rapide. On lui prédit aussi
une durée de vie plus longue, de 60 ans. Elle est de 40 à 45 pour les réacteurs
actuels. Les opérations de maintenance et de rechargement sont censées être moins
fréquentes également (tous les 24 mois au lieu de 18 actuellement). On lui prête
également une plus grande capacité à utiliser du MOX (le combustible réutilisant le
plutonium issu du retraitement).
B.T. |