Journal du mardi 9 décembre 2003

Retour sur une intrusion incroyable
La sécurité à Penly est-elle suffisante ?

« Nous savions qu’il s’agissait de militants de Greenpeace. Les deux premiers à pénétrer dans la centrale ont d’ailleurs été aussitôt arrêtés ». Au-delà du discours rassurant des pouvoirs publics, une quarantaine d’écologistes ont pourtant bel et bien réussi à pénétrer dans le site interdit de la centrale nucléaire de Penly, et certain à rallier des endroits sensibles. Faut-il dès lors renforcer la sécurité autour de la centrale ? Sans doute…

Réunion de crise, jeudi 4 décembre à 16 heures à la centrale nucléaire de Penly. Autour des représentants locaux et nationaux d’EDF, se retrouvent les responsables de la gendarmerie et le directeur de cabinet du préfet de Seine-Maritime. C’est que quelques heures plus tôt, à 6 h 45 exactement, une quarantaine de militants de l’association écologiste Greenpeace ont envahi le site interdit et strictement contrôlé de la centrale.

A l’aide d’échelles simplement posées sur les clôtures, ils ont franchi les trois « enceintes » qui séparent la plage de Penly de la propriété d’EDF. Certes, les deux premiers intrus ont aussitôt été arrêtés. Leur comportement et leur identité ont conforté les pouvoirs publics dans leur certitude qu’il s’agissait de militants écologistes. Une note des Renseignements Généraux émise la veille indiquait en effet que les écologistes internationaux du lobby antinucléaire anglo-saxon allaient passer à l’action en Seine-Maritime.

Certes, les gendarmes sont arrivés aussitôt sur les lieux. Certes ils n’ont heureusement pas tiré sur les intrus. Mais rapidement, la vague écologiste s’est répandue comme un troupeau en débandade dans tous les recoins du site, une vingtaine des quarante intrus atteignant même le cœur de la centrale, deux d’entre eux grimpant sur la « pince » qui jouxte le bâtiment réacteur numéro 1, et sur la cheminée de la tranche numéro 2.

Même si les autorités contrôlaient la situation, même si tous les systèmes de sécurité (blocage automatique des accès au bâtiment réacteur et à la salle de pilotage de la centrale) ont fonctionné, empêchant tout accès des intrus aux endroits sensibles, il n’empêche que les riverains sont en droit de se poser la question de la sécurité du site.

Les RG avaient prévenu

Il semble étonnant, en effet, qu’une quarantaine d’individus – certes très déterminés et entraînés comme des commandos – aient réussi à se faufiler aussi facilement dans tous les recoins de la centrale. Leur objectif était évidemment pacifique : loin de vouloir provoquer un accident nucléaire, ils voulaient simplement déployer une banderole sur le bâtiment réacteur. Ils n’y seront pas parvenus – à cause du vent – mais deux écolos ont tout de même réussi à escalader un bâtiment sensible et une cheminée.

Et pourtant, les moyens de sécurité étaient renforcés du fait du plan « Vigipirate orange ». Et il y avait même des mesures de sécurité complémentaires, car les responsables de la centrale et les services de sécurité publique avaient reçu la veille un message des Renseignements Généraux indiquant que les « grandes oreilles » de la police s’attendaient à « une action de Greenpeace en Seine-Maritime dans les prochains jours ». C’était en fait le lendemain, à Penly.

Les soixante militants de Greenpeace venus de plusieurs pays avaient en effet réservé un gîte à Fécamp la veille. Les RG les avaient repérés, d’autant que l’association avait en plus loué sept véhicules dans la région pour transporter leur matériel : fausses éoliennes de 4 mètres de haut, échelles pour franchir les clôtures, matériel d’escalade, banderoles, caméras et appareils photos. Un de ces véhicules a d’ailleurs été saisi par les gendarmes.

Sur les soixante militants, une quarantaine – des étrangers venus de Finlande, Suède, Suisse, Belgique, Italie, Angleterre, Allemagne… - devaient pénétrer dans l’enceinte interdite. Une vingtaine d’autres, parmi lesquels plusieurs Français, mais aucun de Seine-Maritime, restaient sur la plage ou les falaises pour assurer la logistique.

Une clôture électrique comme à Paluel

Parmi ces derniers, seul l’un des Français qui avait conduit une des camionnettes apportant le matériel a été appréhendé par les gendarmes. Les autres ont été remis en liberté après un contrôle d’identité. Le « conducteur » a accompagné tous les étrangers qui avaient franchi le périmètre interdit pour une garde à vue de quelques heures dans les brigades de gendarmerie du Tréport et de Dieppe. Jeudi soir, tout ce petit monde était entendu par les enquêteurs. Prévenus de l’opération avant même qu’elle ne démarre, les avocats parisiens de l’association étaient à pied d’œuvre jeudi soir pour conseiller leurs clients.

Et les intrus qui ont mobilisé des dizaines de gendarmes jeudi matin, et provoqué l’émoi à la direction nationale d’EDF et dans les ministères jusqu’à Matignon, ont été remis en liberté dans la nuit de jeudi à vendredi. Reste aux pouvoirs publics à prendre la mesure de cette « invasion écologiste ». Elle n’a pas eu de conséquences, mais la réunion de crise de 16 heures jeudi à la centrale démontre que des questions restent posées concernant la sécurité aux abords d’un site tout proche des plages de Penly et Saint-Martin-en-Campagne.

Si la direction se refusait jusqu’alors à électrifier la troisième clôture, « parce que des visiteurs invités risqueraient de s’y électrocuter », cette mesure simple et pas chère (surtout pour EDF !) pourrait bien voir le jour comme c’est déjà le cas à Paluel où cette « troisième clôture » déclenche un système d’alarme. Et d’autres prescriptions seront d’autant plus indispensables si Penly accueille, comme cela devient de plus en plus évident, une troisième tranche nucléaire expérimentale avec l’EPR (european pressured reactor).

O.B.

Dans l’attente d’une convocation au tribunal

Les militants remis en liberté

Ils auront passé en moyenne douze heures en garde à vue, au Tréport,
à Envermeu et à Dieppe. Les militants de Greenpeace, interpellés jeudi matin, ont ensuite été relâchés. Le procureur adjoint de Rouen ne s’est pas encore prononcé quant à une éventuelle convocation au tribunal.

Un camion de location immatriculé en Allemagne, saisi à Penly sur le chemin d’accès à la plage. Il s’agit du seul élément encore en possession des gendarmes. Les militants de Greenpeace, eux, sont rentrés chez eux, en Finlande, en Suède, en Italie, en Allemagne, en Belgique ou encore en Angleterre.

Les activistes écolos attendent maintenant les suites judiciaires de leur périple en Seine-Maritime. 45 personnes ont été interpellées jeudi matin. Placés en garde à vue, 38 au Tréport, quatre à Envermeu et trois à Dieppe, les militants kamikazes qui se sont lancés à l’assaut des réacteurs de la centrale de Penly sont repartis libres entre 23 heures et une heure du matin dans la nuit de jeudi à vendredi.

Loi plus sévère depuis le 11 septembre

« Sans convocation judiciaire ultérieure », précise leur avocat parisien, Alexandre Faro. Les charges qui pèsent sur ses clients sont l’intrusion sur un site relevant de la sécurité nationale et dégradation. En effet, les militants ont légèrement affaissé les grilles entourant le site électronucléaire en les escaladant, jeudi matin à l’aube. Mais c’est davantage la première charge qui inquiète l’avocat. « Depuis les attentats du 11 septembre, la loi est plus sévère », explique Maître Faro qui défend les militants depuis plus de dix ans.

Le procureur adjoint de Rouen, monsieur Dieudonné, ne s’est toujours pas prononcé sur les suites à donner à cette action impressionnante. Est-ce que la crainte d’EDF d’une remédiatisation de l’affaire jouera en faveur des écolos ? C’est ce que présume Alexandre Faro. Un procès avec 45 prévenus pourrait effectivement faire du bruit...

B.T.

L’EPR, un réacteur plus sûr

Le projet EPR (european pressurised reactor) dit de troisième génération est le résultat de plusieurs années d’études de conception franco-allemandes en vue du renouvellement du parc actuel de centrales nucléaires. Plus puissant que ses prédécesseurs, il comporte des améliorations économiques évidentes permettant d’aboutir à une réduction des coûts, mais possède également quelques améliorations sur le plan de la sûreté.

« Il est dix fois plus sûr que les réacteurs actuels », a affirmé récemment Nicole Fontaine, la ministre de l’Industrie. Une protection renforcée contre les chutes d’avions de type militaire par adjonction d’une coque en béton couvrant les parois externes du bâtiment réacteur serait notamment mise en place. La procédure de mise à l’arrêt serait également plus rapide. On lui prédit aussi une durée de vie plus longue, de 60 ans. Elle est de 40 à 45 pour les réacteurs actuels. Les opérations de maintenance et de rechargement sont censées être moins fréquentes également (tous les 24 mois au lieu de 18 actuellement). On lui prête également une plus grande capacité à utiliser du MOX (le combustible réutilisant le plutonium issu du retraitement).

B.T.


Archives 1998   Archives 1999   Archives 2000  Archives 2001  Archives 2002  Archives 2003
Recherche   Accueil