| Le chalutier dieppois Nolwenn a failli
couler dans la nuit de vendredi à samedi à cause dune voie deau. Grâce à
lintervention de quatre bateaux et dun hélicoptère, les cinq marins sont
sains et saufs. On a eu peur. Si on est venu là, cest
quon a vraiment eu très peur. » La femme du capitaine Xavier Henri attendait le
Nolwenn sur le quai de la Cale, avec près de 50 personnes samedi après-midi vers 14
heures. Plusieurs ont pleuré en retrouvant les marins. En effet familles et amis avaient
passé toute la matinée sans nouvelles, à craindre le pire. « Jétais inquiète
parce que le bateau nétait pas rentré le soir » confie Sylvana, la sur du
marin Frédéric Leroy. « Le matin, jai envoyé mon frère voir au quai ce qui se
passait. » Tony Leroy raconte : « Ça va vite, le bouche à oreille de bateau à bateau
» précise-t-il. Il a recueilli plusieurs rumeurs, disant que le Nolwenn avait une voie
deau et que deux hommes étaient tombés à la mer. « Ça a mis ma mère dans un
état pas possible. Elle a beaucoup pleuré » raconte Tony. « Elle a déjà perdu son
mari sur le Petit Forban, en 1983. Frédéric est marin depuis quil a 14 ans,
aujourdhui il en a 37. »
Après plus de cinq heures dangoisse, les familles ont enfin été
rassurées par la gendarmerie maritime, vers 13 h 30. « On était content. On préfère
que les marins soient tous sains et saufs, le bateau, on sen fout » assure Sylvana
Leroy. Pour sa part, la femme du capitaine Xavier Henri lance : « Les gars sont sains et
saufs, cest le principal.»
Epuisés, les marins ont refusé de sexprimer. Lun a seulement
déclaré : « On a passé une drôle de nuit. » Sylvana a raconté que Frédéric, dit
« Flagada » navait pas dormi depuis deux jours.
Un hélico en renfort
Le Nolwenn est un chalutier dieppois armé pour la coquille.
Il se trouvait au large de Fécamp quand une voie deau sest déclarée dans le
local des machines, à 4 h 45 dans la nuit de vendredi à samedi. « Au début
cétait juste un filet deau, qui a grossi très vite » raconte Fabrice
Valverde, officier de permanence au CROSS Gris-Nez (Centre régional opérationnel de
surveillance et de sauvetage), basé à Audinghen.
Très vite, le bateau a perdu sa propulsion et son système dénergie, et
a appelé les secours par radio. La vedette SNSM (Société nationale de sauvetage en mer)
Cap Fagnet de Fécamp est intervenue très rapidement, apportant une motopompe. Puis,
devant laugmentation de la voie deau, deux autres pompes ont été apportées
par un hélicoptère de la marine nationale basé au Touquet. Les bateaux de pêche Fer de
Lance et Maximum ont également répondu au SOS.
Deux hommes à la mer
Les quatre marins sont montés à bord du Maximum pour se
mettre à labri et au sec. Un plongeur de la marine nationale, venu à bord de
lhélicoptère, est descendu sur le Nolwenn afin dinstaller les pompes. Il
manuvrait avec le capitaine Xavier Henri qui refusait dabandonner son navire,
quand un des tuyaux a cédé. Avec la pression, ils ont tous deux été précipités
par-dessus bord. Cependant, Fabrice Valverde confirme quil ny avait pas de
danger, puisque les SNSM étaient déjà là et que le plongeur était aguerri. « Les
deux hommes ont été récupérés assez vite » insiste-t-il. « Il ny avait pas
lieu dalarmer tout le monde, parce que lhélico était à trois minutes et que
la mer nétait pas spécialement mauvaise. » Il nempêche que les hommes ont
moyennement goûté ce bain de mer forcé, ajoutant au stress de la menace de naufrage.
Une fois repêché, en milieu de matinée, Xavier Henri « allait bien, avait enfilé des
vêtements secs, et même grillé une cigarette » selon un des hommes de
lhélicoptère de secours posé sur les pelouses de la plage.
En plus de ces moyens logistiques, le remorqueur Elan de la marine nationale a
été mobilisé au cas où, puisquil dispose de moyens dassèchement. Il
était en escale au Tréport ce week-end.
Opération réussie
Les sauveteurs ont réussi à « étaler », leau ne
rentrait plus dans le Nolwenn. Le chalutier a ensuite pu être remorqué par le Cap Fagnet
jusquà Dieppe, escorté par le Fer de Lance et le Maximum. Par précaution, le
plongeur est resté à bord du Nolwenn et lhélicoptère a été positionné en
attente dintervention devant la plage de Dieppe.
Emilie Jagut
Lavenir du
Nolwenn
Le chalutier a été mis en cale sèche samedi soir pour
réparer, au bout du bassin de Paris. « Cest un vieux bateau, faut dire ce qui est
» constate Tony Leroy, en examinant la coque rouillée. « Ça fait peur de prendre la
mer la dessus. »
« Le problème de la voie deau nest pas résolu » signale Philippe
Mazenc, ladministrateur des affaires maritimes. « Le centre de sécurité des
navires va passer à bord voir doù elle vient. » Il semblerait quune fuite
sur une durite dévacuation soit à lorigine de la voie deau. |