Journal du 11 novembre 2003

Nuit d'angoisse sur le coquillard dieppois
Le Nolwenn sauvé des eaux

Le chalutier dieppois Nolwenn a failli couler dans la nuit de vendredi à samedi à cause d’une voie d’eau. Grâce à l’intervention de quatre bateaux et d’un hélicoptère, les cinq marins sont sains et saufs.

On a eu peur. Si on est venu là, c’est qu’on a vraiment eu très peur. » La femme du capitaine Xavier Henri attendait le Nolwenn sur le quai de la Cale, avec près de 50 personnes samedi après-midi vers 14 heures. Plusieurs ont pleuré en retrouvant les marins. En effet familles et amis avaient passé toute la matinée sans nouvelles, à craindre le pire. « J’étais inquiète parce que le bateau n’était pas rentré le soir » confie Sylvana, la sœur du marin Frédéric Leroy. « Le matin, j’ai envoyé mon frère voir au quai ce qui se passait. » Tony Leroy raconte : « Ça va vite, le bouche à oreille de bateau à bateau » précise-t-il. Il a recueilli plusieurs rumeurs, disant que le Nolwenn avait une voie d’eau et que deux hommes étaient tombés à la mer. « Ça a mis ma mère dans un état pas possible. Elle a beaucoup pleuré » raconte Tony. « Elle a déjà perdu son mari sur le Petit Forban, en 1983. Frédéric est marin depuis qu’il a 14 ans, aujourd’hui il en a 37. »

Après plus de cinq heures d’angoisse, les familles ont enfin été rassurées par la gendarmerie maritime, vers 13 h 30. « On était content. On préfère que les marins soient tous sains et saufs, le bateau, on s’en fout » assure Sylvana Leroy. Pour sa part, la femme du capitaine Xavier Henri lance : « Les gars sont sains et saufs, c’est le principal.»

Epuisés, les marins ont refusé de s’exprimer. L’un a seulement déclaré : « On a passé une drôle de nuit. » Sylvana a raconté que Frédéric, dit « Flagada » n’avait pas dormi depuis deux jours.

Un hélico en renfort

Le Nolwenn est un chalutier dieppois armé pour la coquille. Il se trouvait au large de Fécamp quand une voie d’eau s’est déclarée dans le local des machines, à 4 h 45 dans la nuit de vendredi à samedi. « Au début c’était juste un filet d’eau, qui a grossi très vite » raconte Fabrice Valverde, officier de permanence au CROSS Gris-Nez (Centre régional opérationnel de surveillance et de sauvetage), basé à Audinghen.

Très vite, le bateau a perdu sa propulsion et son système d’énergie, et a appelé les secours par radio. La vedette SNSM (Société nationale de sauvetage en mer) Cap Fagnet de Fécamp est intervenue très rapidement, apportant une motopompe. Puis, devant l’augmentation de la voie d’eau, deux autres pompes ont été apportées par un hélicoptère de la marine nationale basé au Touquet. Les bateaux de pêche Fer de Lance et Maximum ont également répondu au SOS.

Deux hommes à la mer

Les quatre marins sont montés à bord du Maximum pour se mettre à l’abri et au sec. Un plongeur de la marine nationale, venu à bord de l’hélicoptère, est descendu sur le Nolwenn afin d’installer les pompes. Il manœuvrait avec le capitaine Xavier Henri qui refusait d’abandonner son navire, quand un des tuyaux a cédé. Avec la pression, ils ont tous deux été précipités par-dessus bord. Cependant, Fabrice Valverde confirme qu’il n’y avait pas de danger, puisque les SNSM étaient déjà là et que le plongeur était aguerri. « Les deux hommes ont été récupérés assez vite » insiste-t-il. « Il n’y avait pas lieu d’alarmer tout le monde, parce que l’hélico était à trois minutes et que la mer n’était pas spécialement mauvaise. » Il n’empêche que les hommes ont moyennement goûté ce bain de mer forcé, ajoutant au stress de la menace de naufrage. Une fois repêché, en milieu de matinée, Xavier Henri « allait bien, avait enfilé des vêtements secs, et même grillé une cigarette » selon un des hommes de l’hélicoptère de secours posé sur les pelouses de la plage.

En plus de ces moyens logistiques, le remorqueur Elan de la marine nationale a été mobilisé au cas où, puisqu’il dispose de moyens d’assèchement. Il était en escale au Tréport ce week-end.

Opération réussie

Les sauveteurs ont réussi à « étaler », l’eau ne rentrait plus dans le Nolwenn. Le chalutier a ensuite pu être remorqué par le Cap Fagnet jusqu’à Dieppe, escorté par le Fer de Lance et le Maximum. Par précaution, le plongeur est resté à bord du Nolwenn et l’hélicoptère a été positionné en attente d’intervention devant la plage de Dieppe.

Emilie Jagut

L’avenir du Nolwenn

Le chalutier a été mis en cale sèche samedi soir pour réparer, au bout du bassin de Paris. « C’est un vieux bateau, faut dire ce qui est » constate Tony Leroy, en examinant la coque rouillée. « Ça fait peur de prendre la mer la dessus. »

« Le problème de la voie d’eau n’est pas résolu » signale Philippe Mazenc, l’administrateur des affaires maritimes. « Le centre de sécurité des navires va passer à bord voir d’où elle vient. » Il semblerait qu’une fuite sur une durite d’évacuation soit à l’origine de la voie d’eau.


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