Journal du 2 décembre 2003

Il viendra en janvier dans les terminaux ferries
Sarko contre les clandestins

A Rouen pour le congrès des maires du département samedi matin, le tourbillonnant ministre de l’Intérieur a annoncé qu’il reviendrait dans la région. Il devrait effectuer une tournée des ports en janvier pour mettre en place avec son collègue britannique un matériel de détection sophistiqué de lutte contre les clandestins. Et Dieppe fait partie de la liste.

Il est partout à la fois. A croire qu’il a le don d’ubiquité. La semaine dernière au chevet d’un policier blessé dans les Yvelines, puis cent minutes chez Olivier Mazerolles sur France 2, « pour convaincre », puis encore au congrès de l’UMP en fin de semaine dernière, où il a volé la vedette à Juppé. Et enfin à Rouen samedi matin pour un discours de trois quarts d’heure devant les maires du département réunis en congrès.

Il reviendra, il l’a promis, et sans doute à Dieppe en janvier prochain pour mettre en place le nouveau matériel sophistiqué déjà en place à Sangatte, pour détecter les clandestins à l’embarquement des ferries. « Je n’ai pas l’intention de laisser se créer des « Sangatte bis » a donc lancé samedi à Rouen un « super-Sarko » tel qu’en lui-même, ferme, déterminé et maniant l’humour parfois grinçant. Y compris à l’adresse de ses amis politiques.

« Je viendrai donc en janvier dans votre région, au Havre notamment, mais pas seulement. Je serai accompagné du ministre de l’Intérieur anglais David Plunkett, pour mettre en place dans sept ports français le même matériel performant qui a fait ses preuves à Sangatte. Nous installerons également des officiers de l’immigration britanniques en France, et français en Grande-Bretagne sur les côtes, pour prendre les passeurs dans une tenaille ».

« Oui, Dieppe en fait partie »

A l’heure où, à Dieppe, trois passeurs anglais viennent d’être condamnés à un an et un an et demi de prison ferme, la nouvelle vaut son pesant d’effet. Et lorsqu’après sa visite nous demandons en aparté au ministre de l’Intérieur si Dieppe est dans le lot des sept ports français concernés, il répond sans hésiter « oui, Dieppe en fait évidemment partie ».

Le Havre et Dieppe, les deux terminaux ferries de Seine-Maritime, devraient donc accueillir l’omniprésent ministre de l’Intérieur et son homologue anglais dans un peu plus d’un mois. Soit environ un an et demi après la fermeture de Sangatte, dont on mesure les conséquences aujourd’hui dans les autres ports de la moitié nord de la France.

« Dix mille clandestins ont été reconduits à la frontière cette année, mais j’ai demandé aux préfets de multiplier par deux ce chiffre. Ce qui nous laissera encore en retrait de l’Espagne et l’Allemagne socialiste, qui expulsent chaque année 30 000 clandestins. L’immigration zéro est un concept démagogique et stupide brandi par Le Pen. Mais au demeurant, si on traite de la même manière ceux qui ont des papiers et ceux qui n’en ont pas, à quoi cela sert-il d’en avoir ? » a conclu sur ce chapitre un Nicolas Sarkozy beaucoup moins consensuel qu’à la télévision quelques jours plus tôt.

C’est qu’il savait à quel auditoire il s’adressait samedi, et devant les maires du département – majoritairement à droite – il a voulu donner les gages du soutien de l’Etat dans la gestion des problèmes quotidiens.

Contrôles aux frontières

Contrôle des attestations d’accueil par les maires, rétention des clandestins durant 32 jours, fichier d’empreintes dans les consulats pour « rafraîchir la mémoire à ceux qui l’ont perdue » (les candidats à l’immigration qui « perdent » leurs visas et ne « se souviennent » plus de leur pays d’origine, où on ne peut donc pas les renvoyer), et contrôle plus strict des mariages blancs : la panoplie des moyens de contrôle aux frontières a été déployée devant les maires.

Et sur ce dernier sujet des mariages blancs, il leur a même lancé une boutade douce-amère : « soit notre charme est imparable, soit il y a un truc. Et quand je vous regarde, je me dis qu’il y a un truc ». Humour un peu vache, de la part de celui qui, s’il pense à l’Elysée le matin en se rasant, en tout cas se regarde sûrement lui aussi dans la glace…

Cela étant, au-delà des piques, c’est un Sarko charmeur qui a plusieurs fois soulevé des salves d’applaudissements. Jusqu’à ironiser sur sa propre image de candidat omniprésent et vibrionnant. Au début de son discours, au président des maires du département Denis Merville, il avait salué la manière dont il s’était retrouvé au pied du mur : « Cher Denis, tu as compris quelle était la meilleure manière pour que je vienne à ton assemblée : me mettre sur le carton d’invitation sans me le demander. Car si tu avais appelé mon cabinet, il t’aurait sans doute dit « non ». Aujourd’hui je devais aller à Strasbourg, ce sera finalement Rouen et Strasbourg »… Tout Sarko, résumé par Nicolas Sarkozy.

Olivier Bassine

Décentralisation et sécurité
Morceaux choisis

Après la première étape de décentralisation du Général De Gaulle, les lois Deferre de 1982 ont été utiles pour le pays. Je dis ça, et pourtant je n’ai jamais été socialiste… et ça ne s’arrange pas ». Parlant du troisième volet de décentralisation, prévu pour 2004, le représentant de l’Etat a voulu rassurer ceux des collectivités : « Vous ne serez pas les perdants de la décentralisation, nous la ferons avec les ressources et les recettes nécessaires ».

S’ils craignent en effet de devoir assumer (et donc payer) de plus en plus de compétences, les élus locaux ont bien entendu les promesses du ministre : saisine du conseil constitutionnel par les sénateurs (élus par les maires, envers qui ils sont donc redevables) en cas de transfert de dépenses plus important que les recettes, moyenne des trois dernières années pour fixer une redistribution de l’Etat qui ne sera pas fixe, mais indexée sur la croissance (redistribution d’une partie de la taxe intérieure sur les produits pétroliers et de la fiscalité sur les voitures).

Quant au rayon de sa première grande spécialité, la sécurité, Nicolas Sarkozy n’a pas changé un discours résolument modeste : « Je ne dis pas que la guerre est gagnée, mais nous sommes passés de + 7,5 % de la délinquance en 2001, à + 1,33 % en 2002 et à – 3,5 % sur les dix premiers mois de 2003. Ce travail, nous le devons aux policiers et gendarmes qui ont plus et mieux travaillé ». Si le recul en 2003 n’est que de – 0,24 % en Seine-Maritime, si au Havre, à l’inverse, la délinquance a augmenté de 8 %, et si à Rouen, la prostitution et les proxénètes envahissent le pavé, Nicolas Sarkozy veut tenir ce qu’il  rappelle être un « discours de vérité » : « Il y a un problème au Havre, et nous allons le résoudre. Chaque centimètre carré de la République sera un centimètre carré où policiers et gendarmes seront les bienvenus ».


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