| A Rouen pour le congrès des maires du
département samedi matin, le tourbillonnant ministre de lIntérieur a annoncé
quil reviendrait dans la région. Il devrait effectuer une tournée des ports en
janvier pour mettre en place avec son collègue britannique un matériel de détection
sophistiqué de lutte contre les clandestins. Et Dieppe fait partie de la liste. Il
est partout à la fois. A croire quil a le don dubiquité. La semaine
dernière au chevet dun policier blessé dans les Yvelines, puis cent minutes chez
Olivier Mazerolles sur France 2, « pour convaincre », puis encore au congrès de
lUMP en fin de semaine dernière, où il a volé la vedette à Juppé. Et enfin à
Rouen samedi matin pour un discours de trois quarts dheure devant les maires du
département réunis en congrès.
Il reviendra, il la promis, et sans doute à Dieppe en janvier prochain
pour mettre en place le nouveau matériel sophistiqué déjà en place à Sangatte, pour
détecter les clandestins à lembarquement des ferries. « Je nai pas
lintention de laisser se créer des « Sangatte bis » a donc lancé samedi à Rouen
un « super-Sarko » tel quen lui-même, ferme, déterminé et maniant lhumour
parfois grinçant. Y compris à ladresse de ses amis politiques.
« Je viendrai donc en janvier dans votre région, au Havre notamment, mais pas
seulement. Je serai accompagné du ministre de lIntérieur anglais David Plunkett,
pour mettre en place dans sept ports français le même matériel performant qui a fait
ses preuves à Sangatte. Nous installerons également des officiers de limmigration
britanniques en France, et français en Grande-Bretagne sur les côtes, pour prendre les
passeurs dans une tenaille ».
« Oui, Dieppe en fait partie
»
A lheure où, à Dieppe, trois passeurs anglais
viennent dêtre condamnés à un an et un an et demi de prison ferme, la nouvelle
vaut son pesant deffet. Et lorsquaprès sa visite nous demandons en aparté au
ministre de lIntérieur si Dieppe est dans le lot des sept ports français
concernés, il répond sans hésiter « oui, Dieppe en fait évidemment partie ».
Le Havre et Dieppe, les deux terminaux ferries de Seine-Maritime, devraient donc
accueillir lomniprésent ministre de lIntérieur et son homologue anglais dans
un peu plus dun mois. Soit environ un an et demi après la fermeture de Sangatte,
dont on mesure les conséquences aujourdhui dans les autres ports de la moitié nord
de la France.
« Dix mille clandestins ont été reconduits à la frontière cette année,
mais jai demandé aux préfets de multiplier par deux ce chiffre. Ce qui nous
laissera encore en retrait de lEspagne et lAllemagne socialiste, qui expulsent
chaque année 30 000 clandestins. Limmigration zéro est un concept démagogique et
stupide brandi par Le Pen. Mais au demeurant, si on traite de la même manière ceux qui
ont des papiers et ceux qui nen ont pas, à quoi cela sert-il den avoir ? » a
conclu sur ce chapitre un Nicolas Sarkozy beaucoup moins consensuel quà la
télévision quelques jours plus tôt.
Cest quil savait à quel auditoire il sadressait samedi, et
devant les maires du département majoritairement à droite il a voulu
donner les gages du soutien de lEtat dans la gestion des problèmes quotidiens.
Contrôles aux frontières
Contrôle des attestations daccueil par les maires,
rétention des clandestins durant 32 jours, fichier dempreintes dans les consulats
pour « rafraîchir la mémoire à ceux qui lont perdue » (les candidats à
limmigration qui « perdent » leurs visas et ne « se souviennent » plus de leur
pays dorigine, où on ne peut donc pas les renvoyer), et contrôle plus strict des
mariages blancs : la panoplie des moyens de contrôle aux frontières a été déployée
devant les maires.
Et sur ce dernier sujet des mariages blancs, il leur a même lancé une boutade
douce-amère : « soit notre charme est imparable, soit il y a un truc. Et quand je vous
regarde, je me dis quil y a un truc ». Humour un peu vache, de la part de celui
qui, sil pense à lElysée le matin en se rasant, en tout cas se regarde
sûrement lui aussi dans la glace
Cela étant, au-delà des piques, cest un Sarko charmeur qui a plusieurs
fois soulevé des salves dapplaudissements. Jusquà ironiser sur sa propre
image de candidat omniprésent et vibrionnant. Au début de son discours, au président
des maires du département Denis Merville, il avait salué la manière dont il
sétait retrouvé au pied du mur : « Cher Denis, tu as compris quelle était la
meilleure manière pour que je vienne à ton assemblée : me mettre sur le carton
dinvitation sans me le demander. Car si tu avais appelé mon cabinet, il
taurait sans doute dit « non ». Aujourdhui je devais aller à Strasbourg, ce
sera finalement Rouen et Strasbourg »
Tout Sarko, résumé par Nicolas Sarkozy.
Olivier Bassine
Décentralisation et
sécurité
Morceaux choisis
Après la première étape de décentralisation du Général
De Gaulle, les lois Deferre de 1982 ont été utiles pour le pays. Je dis ça, et pourtant
je nai jamais été socialiste
et ça ne sarrange pas ». Parlant du
troisième volet de décentralisation, prévu pour 2004, le représentant de lEtat a
voulu rassurer ceux des collectivités : « Vous ne serez pas les perdants de la
décentralisation, nous la ferons avec les ressources et les recettes nécessaires ».
Sils craignent en effet de devoir assumer (et donc payer) de plus en plus
de compétences, les élus locaux ont bien entendu les promesses du ministre : saisine du
conseil constitutionnel par les sénateurs (élus par les maires, envers qui ils sont donc
redevables) en cas de transfert de dépenses plus important que les recettes, moyenne des
trois dernières années pour fixer une redistribution de lEtat qui ne sera pas
fixe, mais indexée sur la croissance (redistribution dune partie de la taxe
intérieure sur les produits pétroliers et de la fiscalité sur les voitures).
Quant au rayon de sa première grande spécialité, la sécurité, Nicolas
Sarkozy na pas changé un discours résolument modeste : « Je ne dis pas que la
guerre est gagnée, mais nous sommes passés de + 7,5 % de la délinquance en 2001, à +
1,33 % en 2002 et à 3,5 % sur les dix premiers mois de 2003. Ce travail, nous le
devons aux policiers et gendarmes qui ont plus et mieux travaillé ». Si le recul en 2003
nest que de 0,24 % en Seine-Maritime, si au Havre, à linverse, la
délinquance a augmenté de 8 %, et si à Rouen, la prostitution et les proxénètes
envahissent le pavé, Nicolas Sarkozy veut tenir ce quil rappelle être un «
discours de vérité » : « Il y a un problème au Havre, et nous allons le résoudre.
Chaque centimètre carré de la République sera un centimètre carré où policiers et
gendarmes seront les bienvenus ». |