| Alors quil devait se rendre en
Allemagne pour voir sa fille durant les fêtes, un père a été privé de son droit de
visite par un juge allemand. Sur la base des seules déclarations de la mère et dun
médecin doutre-Rhin, le juge a décidé de suspendre ce droit jusquen
février. Sans que le père ait été entendu, cest une décision de la cour
dappel de Versailles qui est ainsi remise en cause... La
loi internationale prévoit quen matière de garde denfants, lautorité
judiciaire compétente est celle du pays où le mineur se trouve ». Cette explication
toute simple est la seule qui nous ait été fournie par la section juridique de
lambassade dAllemagne à Paris, dont on nous a cependant précisé que les
spécialistes étaient actuellement en vacances. Certes, cette explication peut sembler
logique. Sauf que...
Sauf que Joséphine est née à Dieppe le 12 octobre 2002 - elle a donc quatorze
mois - que son père habite Sainte-Marguerite-sur-Mer, et quune décision du
tribunal civil rendue alors que la mère et lenfant vivaient encore en France
accordait au père un droit de visite de trois jours deux fois par mois. Décision
dailleurs confirmée par la cour dappel de Versailles.
Mais en dépit de ces actes de justice, après lesquels la mère est rentrée
dans son pays dorigine avec sa fille, un juge allemand a, depuis Postdam, faxé au
père la notification dune ordonnance par laquelle il décide que le droit de visite
est suspendu jusquau 12 février 2004, date à laquelle il fixe un rendez-vous pour
une audience à Postdam.
Cela signifie clairement que François Chevalier, médecin-biologiste de 51 ans
qui travaille à Eu, ne pourra pas voir sa fille pendant les fêtes de fin dannée.
Encore un drame familial qui touche un ex-couple franco-allemand, et dont les
conséquences judiciaires complexes rendent la situation inhumaine. Et qui entache encore,
parmi des dizaines dautres affaires du même genre, lamitié
franco-allemande...
Visite suspendues... par fax
François Chevalier avait rencontré Inès, une jeune
Allemande de 38 ans, en 2000. Elle vivait à Paris depuis douze ans. Le couple décide
alors de sinstaller à Varengeville, et la mère donne naissance à Joséphine en
octobre 2002. Mais les nuages samoncellent, et trois mois après la naissance de
lenfant, le couple se sépare. « Mon ex-compagne est alors retournée à Paris
mi-janvier, dans lappartement quelle occupait avant de me rencontrer et
quelle avait gardé » explique le médecin de Sainte-Marguerite.
Mais si François Chevalier ne peut empêcher la mère et lenfant de le
quitter pour la capitale, il veut faire valoir son droit de paternité. Il saisit le juge
des affaires familiales de Nanterre, et lors de laudience du 28 mars dernier, la
mère annonce alors publiquement quelle va rentrer en Allemagne. Ce quelle
fait presque aussitôt. Le tribunal civil de Nanterre rend le 4 avril un jugement qui
prévoit lautorité parentale conjointe, le lieu de résidence de Joséphine chez sa
mère et des droits de visites élargis pour le père (trois jours deux fois par mois, la
moitié des vacances scolaires, avec des possibilités demmener lenfant en
France à certains moments).
Interjetant appel de cette décision, la mère réclame la réduction des droits
de visite à quatre heures par jour, trois jours par mois. Mais la cour dappel, si
elle retire au père la possibilité demmener sa fille en week-end en France une
fois par mois, maintient le reste des décisions prises en première instance en rendant
son arrêt le 23 octobre dernier.
Mais la mère na pas dit son dernier mot. Le 21 novembre dernier, elle
obtient dun pédiatre de Postdam une attestation indiquant que « lenfant ne
peut pas être séparée de sa mère », même pour quelques jours. Munie de cette
attestation, elle se rend chez le juge des affaires familiales de Postdam sans en aviser
le père. Et donc sans que celui-ci ait été entendu par la juridiction allemande, le
juge décide de suspendre le droit de visite. Il le fait savoir à François Chevalier
en... faxant tout simplement le jugement au cabinet médical du docteur à Eu...
« La mainmise de
lancienne Stasi »
Le père y apprend donc quen dépit des décisions de
la justice française, son droit de visite lui est temporairement supprimé jusquau
12 février prochain, date à laquelle les deux parents sont convoqués pour un jugement
sur le fond. « Ma dernière visite date dil y a dix jours, mais je ne sais pas
quand je la reverrai » commente dans le bureau de son avocat, Dominique Lemiegre, le
père assommé par cette décision faxée doutre-Rhin. « Je devais aller chercher
Joséphine à Postdam le samedi 27 décembre, et nous devions passer la fin de
lannée ensemble jusquau 4 janvier. Mais comme par hasard, la décision prend
effet à compter du... 26 décembre » sindigne François Chevalier, qui
nhésite pas à voir dans cette affaire « la mainmise de lancienne Stasi
dAllemagne de lEst. Car tout semble orchestré pour que psychologues et juges
sentendent sur le fait que ma présence serait dangereuse pour Joséphine ».
Du coup, sil a saisi la commission interparlementaire franco-allemande
créée pour arrondir les angles dans ces affaires de gardes denfants à
répétition (mais il attend toujours des nouvelles des parlementaires du Bundestag),
François Chevalier a estimé que le consulat ou lambassade dAllemagne ne lui
seraient daucun secours. « Pas même lambassade dAllemagne à Berlin,
car on aurait trop peur de ternir lamitié franco-allemande ».
Pour éviter que « Joséphine qui na quun an et deux mois ne me
reconnaisse plus, et ne sache pas communiquer avec moi car elle naura appris que
lallemand et non le français en pleine période dapprentissage du langage »,
François Chevalier et son avocat ont décidé de faire appel de la décision du juge de
Postdam.
Mais il faut que tout se fasse très vite, car si le père ne revoit pas sa
fille dici quelques mois, celle-ci risque de repousser définitivement cet étranger
qui parle un langage incompréhensible...
O.B.
Un précédent à Neuville
Cette affaire est la deuxième en quelques mois dans la
région. Un père neuvillais qui gardait ses enfants a en effet vu la mère allemande
venir les enlever alors quil les avait emmenés au complexe Nausicaa de
Boulogne-sur-Mer. Quelques semaines plus tôt, la mère accompagnée damis et
dune équipe de télévision avait tourné autour des écoles de Neuville dans
lespoir de savoir où ceux-ci étaient scolarisés (voir Les Infos du 7 octobre). Sans doute dans le but de
les enlever, ce quelle réussira quelque temps plus tard.
Le récit du père dans cette première affaire montre les conséquences
quaurait pour François Chevalier tout séjour en Allemagne pour tenter de voir sa
fille dici le 12 février 2004, passant outre la décision du juge allemand du 19
décembre : le père neuvillais avait voulu embrasser ses enfants par la fenêtre lors de
lune de ses visites qui nétait pas prévue par la justice allemande.
Il avait alors été embarqué manu militari par les policiers appelés par la
mère, et interrogé au commissariat de la ville. Car si une mère allemande peut enlever
ses enfants à Boulogne et les emmener en Allemagne, un père français ne pourra jamais,
sans prendre de gros risques, faire de même à Postdam... |