Journal du 15 avril 2003

Hervé Morin, député UDF normand,
en a vanté les mérites à Dieppe

Un référendum pour réunifier la Normandie ?

Une grande région à cinq départements, la question est posée, mais les convictions entre les différents acteurs ne sont pas les mêmes. La venue d’Hervé Morin, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale et président de l’association pour la réunification de la Normandie était l’occasion de faire le point sur cette réunification qui est une évidence pour certains et qui nécessite une réflexion approfondie pour d’autres.

Depuis la modification de la Constitution pour décentraliser l’administration française, on peut voir certaines sensibilités régionales se réveiller, alléchées par les nouvelles possibilités qu’offre la loi. Au plan local, la question qui fait à présent débat est la suivante: faut-il réunifier la Haute et la Basse-Normandie? Selon les sondages, à peu près deux Normands sur trois seraient pour. Hervé Morin, président du groupe UDF à l’Assemblée nationale et président de l’association pour la réunification de la Normandie, était à Dieppe jeudi soir pour vanter les bienfaits d’un référendum sur une grande région normande, à cinq départements.

« J’y vois plusieurs avantages: tout d’abord, si l’on représente plus de monde, on a plus de chances d’obtenir des crédits et des subventions pour mener de grands projets. Ensuite, cela permettra de faire des économies: il y a par exemple quatre aéroports sur les deux Normandie aujourd’hui, et pas un n’est relié convenablement aux grandes capitales régionales ou européennes! Concentrer les moyens financiers sur un plus petit nombre, ou mieux répartir les dessertes entre les sites serait plus rentable. Le réseau ferré, qui pour la ligne Rouen-Caen est digne d’un pays en voie de développement, et les nouvelles technologies de communication pourraient également en bénéficier », avance le député de l’Eure. Selon son projet, la capitale de Région serait soit Rouen soit Caen, l’autre ville accueillant la préfecture de Région.

Quant au Havre, il hébergerait le conseil économique et social. Pour Hervé Morin comme pour Patrick Hoornaert, adjoint UDF au maire de Dieppe, « ce débat dépasse la politique, et fédère des gens de droite comme de gauche ». Même si l’un et l’autre s’en défendent, force est de constater que la réunification est un bon moyen pour l’UDF d’exister face à une UMP de plus en plus tentaculaire. Et ce, à une année des élections régionales.

B.S.

L’exemple du tourisme

Pour les acteurs du tourisme, la réunification est une évidence. « Cela fait vingt-cinq ans que nous avons un seul comité régional du tourisme, avec une présidence tournante entre la Haute et la Basse-Normandie, indique Michel Agodi, directeur de l’office du tourisme de Dieppe. A l’étranger, la Normandie est connue comme une seule identité culturelle et historique. Le touriste n’a pas peur de bouger, de faire 200 km dans la journée si cela lui chante. Il est donc aberrant de vendre la Haute-Normandie seule. »

Alain Le Vern a demandé
les services d’un comité d’experts

Alain Le Vern, le président du conseil régional de Haute-Normandie pour le moins réservé jusqu’ici sur la nécessité d’une unification des deux Régions normandes a décidé de s’attaquer au problème. « J’ai demandé à Nicolas Plantrou, président du conseil économique et social régional (CESR), de réunir un groupe d’experts reconnus pour leurs connaissances de ces questions afin qu’ils apportent à ce débat le sérieux et la sérénité qu’il mérite », a expliqué Alain Le Vern lors d’une séance plénière au conseil régional, fin mars. Une réponse au discours maintenant rôdé d’Hervé Morin, député UDF, et président du comité pour la réunification de la Normandie (voir ci-dessus). Le CESR rassemblera des représentants des deux régions normandes appartenant au monde de l’économie, du social ou de l’éducation. « Il sera ainsi chargé d’analyser la pertinence d’une évolution des limites administratives des Régions et, surtout, le bénéfice que pourraient en retirer les Haut-Normands », a déclaré Alain Le Vern.

B. T.

Daniel Lemoine est président de l’association
Demain la Normandie

« J’aime mon pays
et je le souhaite attractif »

Il faut construire la Normandie de demain. » Le Dieppois Daniel Lemoine ne cesse de le répéter. Auteur des Brèves de Normandie, diffusées sur les sites Internet normandie.fr et normandie.asso.fr, le Valeriquais d’origine vante les atouts de son « pays ». Le président de l’association Demain la Normandie est persuadé que l’avenir des populations normandes passe inéluctablement par l’union des cinq départements (Orne, Calvados, Manche, Eure et Seine-Maritime) dans une région Normandie. Fermement opposé à la division administrative de la région de ses rêves, Daniel Lemoine multiplie les exemples des désavantages de la séparation actuelle: « Inégalités sociales et économiques, faiblesse des investissements, et des créations d’emploi, baisse de population, fuite des cerveaux… Il faut décider le remariage d’un couple divorcé autoritairement », martèle-t-il. Le président de l’association qui se veut apolitique n’a pas sa langue dans sa poche concernant Alain Le Vern et René Garrec (respectivement président de la Haute-Normandie et de la Basse-Normandie) « qui ignorent l’histoire et les atouts de la Normandie et préfèrent se livrer à des querelles idéologiques personnelles ». Ses 700 km de littoral qui en font la région de France avec la plus grande longueur de côtes, ses ports… les exemples sont nombreux et Daniel Lemoine, féru d’histoire normande, voudrait des actions. « J’aime mon pays et je souhaite qu’on le rende attractif », explique-t-il. À partir des sondages parus récemment dans la presse (Ouest-France annonçait que deux Normands sur trois étaient favorables à l’unification de la Normandie), Daniel Lemoine ne comprend absolument pas pourquoi des décisions ne sont toujours pas prises et il poursuit ses actes militants sans relâche. « Aujourd’hui, 2200 personnes reçoivent la lettre d’information par Internet », se félicite le président de Demain la Normandie.

« L’opinion du peuple est souveraine et certains élus et administratifs ne pourront pas mépriser encore longtemps l’utilité de construire une Normandie, sociale, économique, culturelle, sportive, administrative. Elle développerait ses atouts et compétences et apporterait avenir, solidarité, valeurs humanistes qui ont toujours été l’apanage des Normands », s’emporte Daniel Lemoine, souhaitant que les Normands soient « heureux dans le pays qu’ils ont choisi ».

B.T.


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