| Ce nétait quune question
de procédure à respecter, mais lissue du débat ne faisait pas mystère. Comme on
pouvait sy attendre, la ministre de lIndustrie a pressé Jean-Pierre Raffarin
dengager sans tarder le programme de réacteur nucléaire de troisième
génération. Et pour ce réacteur européen à eau pressurisée (EPR) expérimental, un
nom revient systématiquement: Penly. Edouard Leveau a immédiatement écrit à la
ministre pour mettre « sa » centrale dans les starting-blocks. Jai
quitté précipitamment le repas des anciens, pour joindre Paris et y dicter une lettre à
lattention de Nicole Fontaine ». Mercredi après-midi, la nouvelle est donc tombée
sur les téléscripteurs, et le député de la circonscription Edouard Leveau a
immédiatement réagi: la ministre déléguée à lIndustrie a annoncé quelle
proposerait à Jean-Pierre Raffarin de donner sans tarder le feu vert au projet
franco-allemand de réacteur nucléaire du futur, le futur « European pressured reactor
» (EPR) dans les cartons des industriels Framatome (Areva) et Siemens.
Et dès que lon évoque lEPR, Penly revient systématiquement sur le
devant de la scène. Cest que le site haut-normand, qui accueille actuellement deux
réacteurs de deuxième génération, avait été conçu au départ pour pouvoir en
recevoir quatre. Le terrain nivelé existe, et les infrastructures de transport de
lélectricité (transfos et lignes) sont déjà en place. De plus; des ingénieurs
dEDF y réalisent une «étude de faisabilité » de lEPR. Il nen
fallait pas plus pour précipiter Edouard Leveau vers la capitale où tout se décide.
Edouard Leveau écrit à Nicole
Fontaine
Pour Nicole Fontaine, au terme du débat de pure forme
organisé à Rennes cet été avec les industriels de lénergie et quelques
anti-nucléaires, les choses sont simples: « LEPR est moderne, dix fois plus sûr
que les centrales nucléaires actuelles. Il est plus compétitif de 10 % par rapport aux
centrales nucléaires actuelles, donc il va permettre de diminuer le prix de
lélectricité ». Enfin, cumulant les avantages si lon en croit la ministre,
il aurait en outre celui de « produire moins de déchets radioactifs ».
La raison de cette soudaine déclaration tient dans le calendrier: si la France
et lAllemagne sengagent dans le réacteur du futur (dont le prototype est
estimé à trois milliards deuros), les études ne seraient achevées quen
2007, et la construction prévue pour cinq ans sachèverait en 2012. Or, en 2025, un
tiers du parc actuel des vingt-et-une centrales nucléaires françaises atteindra sa
durée de vie maximale de 40 ans. A en croire le lobby nucléaire et la ministre, si
lon attend encore pour engager le programme EPR, on prendrait le risque de plonger
la France dans le noir.
« Je fais mienne la déclaration de Nicole Fontaine, et je lui ai donc envoyé
une lettre le jour même » commente le député de la circonscription de Dieppe dont
dépend Penly. « Etant donné la durée de vie des réacteurs actuels, on risque de
connaître un « trou » dune vingtaine dannées. Et on a vu ce qui sest
passé en Italie ou aux Etats-Unis récemment. » Les seules réserves apportées par
lélu, décidément farouche défenseur du nucléaire, concernent les déclarations
de la ministre sur la nécessité, en parallèle, de développer les éoliennes, autre
sujet qui fâche le long de nos côtes
Penly, « premier partout »
Qui dit EPR, dit donc presque automatiquement Penly, même
si on nous dit encore du côté dEDF que la décision nest pas prise. « Il
ny a que trois sites possibles, réaffirme Edouard Leveau, car on a vu cet été
avec la canicule que les centrales ont besoin dénormément deau pour être
refroidies et ne pas atteindre le seuil critique comme ça a été le cas pour certaines
centrales en bord de fleuve. Il y a Penly et Flamanville dans le Cotentin, qui sont en
bord de mer, et Tricastin, près de la mer sur le canal du Rhône ».
Dans sa lettre à Nicole Fontaine, il fait valoir les atouts de la première: «
Il faut que le réacteur soit le plus près possible des zones où lon consomme
lélectricité, car les lignes haute tension coûtent cher, sont anti-écologiques,
et plus lélectricité parcourt de kilomètres, plus il y a de déperdition
délectricité ». Avec « Lille et les Ardennes à 250 km en moyenne, Paris à 220
km et lagglomération rouennaise à 50 km », Penly apparaît encore aux yeux du
député comme la mieux située.
Enfin, dernier argument dEdouard Leveau: « Penly dispose déjà de tout
léquipement nécessaire pour transporter lénergie produite par trois
tranches, et même quatre sil devait y en avoir quatre ». Bref, « nous sommes
premiers partout » affirmé le député qui, malgré ses arguments blindés, redoute une
décision politique qui prendrait en compte dautres critères. Mais comme « le peu
que je sache est tout bon pour nous », Edouard Leveau se veut optimiste. Cest
quen novembre dernier, il avait reçu un courrier du président dEDF François
Roussely abondant dans son sens. Une fois la décision gouvernementale concernant
lEPR entérinée par le premier ministre, restera donc à choisir un site. Et si
Penly tient la corde, on risque de voir débarquer sur nos côtes les militants du réseau
Sortir du nucléaire et de Greenpeace qui estiment quune « décision sur lEPR
nest pas urgente, car elle engagerait à nouveau la France dans le tout nucléaire
pour plusieurs décennies ».
O. B. |