Journal du 10 octobre 2003

Un réacteur expérimental sur la côte d'Albâtre ?
Le feu vert pour l'EPR relance Penly III

Ce n’était qu’une question de procédure à respecter, mais l’issue du débat ne faisait pas mystère. Comme on pouvait s’y attendre, la ministre de l’Industrie a pressé Jean-Pierre Raffarin d’engager sans tarder le programme de réacteur nucléaire de troisième génération. Et pour ce réacteur européen à eau pressurisée (EPR) expérimental, un nom revient systématiquement: Penly. Edouard Leveau a immédiatement écrit à la ministre pour mettre « sa » centrale dans les starting-blocks.

J’ai quitté précipitamment le repas des anciens, pour joindre Paris et y dicter une lettre à l’attention de Nicole Fontaine ». Mercredi après-midi, la nouvelle est donc tombée sur les téléscripteurs, et le député de la circonscription Edouard Leveau a immédiatement réagi: la ministre déléguée à l’Industrie a annoncé qu’elle proposerait à Jean-Pierre Raffarin de donner sans tarder le feu vert au projet franco-allemand de réacteur nucléaire du futur, le futur « European pressured reactor » (EPR) dans les cartons des industriels Framatome (Areva) et Siemens.

Et dès que l’on évoque l’EPR, Penly revient systématiquement sur le devant de la scène. C’est que le site haut-normand, qui accueille actuellement deux réacteurs de deuxième génération, avait été conçu au départ pour pouvoir en recevoir quatre. Le terrain nivelé existe, et les infrastructures de transport de l’électricité (transfos et lignes) sont déjà en place. De plus; des ingénieurs d’EDF y réalisent une «étude de faisabilité » de l’EPR. Il n’en fallait pas plus pour précipiter Edouard Leveau vers la capitale où tout se décide.

Edouard Leveau écrit à Nicole Fontaine

Pour Nicole Fontaine, au terme du débat de pure forme organisé à Rennes cet été avec les industriels de l’énergie et quelques anti-nucléaires, les choses sont simples: « L’EPR est moderne, dix fois plus sûr que les centrales nucléaires actuelles. Il est plus compétitif de 10 % par rapport aux centrales nucléaires actuelles, donc il va permettre de diminuer le prix de l’électricité ». Enfin, cumulant les avantages si l’on en croit la ministre, il aurait en outre celui de « produire moins de déchets radioactifs ».

La raison de cette soudaine déclaration tient dans le calendrier: si la France et l’Allemagne s’engagent dans le réacteur du futur (dont le prototype est estimé à trois milliards d’euros), les études ne seraient achevées qu’en 2007, et la construction prévue pour cinq ans s’achèverait en 2012. Or, en 2025, un tiers du parc actuel des vingt-et-une centrales nucléaires françaises atteindra sa durée de vie maximale de 40 ans. A en croire le lobby nucléaire et la ministre, si l’on attend encore pour engager le programme EPR, on prendrait le risque de plonger la France dans le noir.

« Je fais mienne la déclaration de Nicole Fontaine, et je lui ai donc envoyé une lettre le jour même » commente le député de la circonscription de Dieppe dont dépend Penly. « Etant donné la durée de vie des réacteurs actuels, on risque de connaître un « trou » d’une vingtaine d’années. Et on a vu ce qui s’est passé en Italie ou aux Etats-Unis récemment. » Les seules réserves apportées par l’élu, décidément farouche défenseur du nucléaire, concernent les déclarations de la ministre sur la nécessité, en parallèle, de développer les éoliennes, autre sujet qui fâche le long de nos côtes…

Penly, « premier partout »

Qui dit EPR, dit donc presque automatiquement Penly, même si on nous dit encore du côté d’EDF que la décision n’est pas prise. « Il n’y a que trois sites possibles, réaffirme Edouard Leveau, car on a vu cet été avec la canicule que les centrales ont besoin d’énormément d’eau pour être refroidies et ne pas atteindre le seuil critique comme ça a été le cas pour certaines centrales en bord de fleuve. Il y a Penly et Flamanville dans le Cotentin, qui sont en bord de mer, et Tricastin, près de la mer sur le canal du Rhône ».

Dans sa lettre à Nicole Fontaine, il fait valoir les atouts de la première: « Il faut que le réacteur soit le plus près possible des zones où l’on consomme l’électricité, car les lignes haute tension coûtent cher, sont anti-écologiques, et plus l’électricité parcourt de kilomètres, plus il y a de déperdition d’électricité ». Avec « Lille et les Ardennes à 250 km en moyenne, Paris à 220 km et l’agglomération rouennaise à 50 km », Penly apparaît encore aux yeux du député comme la mieux située.

Enfin, dernier argument d’Edouard Leveau: « Penly dispose déjà de tout l’équipement nécessaire pour transporter l’énergie produite par trois tranches, et même quatre s’il devait y en avoir quatre ». Bref, « nous sommes premiers partout » affirmé le député qui, malgré ses arguments blindés, redoute une décision politique qui prendrait en compte d’autres critères. Mais comme « le peu que je sache est tout bon pour nous », Edouard Leveau se veut optimiste. C’est qu’en novembre dernier, il avait reçu un courrier du président d’EDF François Roussely abondant dans son sens. Une fois la décision gouvernementale concernant l’EPR entérinée par le premier ministre, restera donc à choisir un site. Et si Penly tient la corde, on risque de voir débarquer sur nos côtes les militants du réseau Sortir du nucléaire et de Greenpeace qui estiment qu’une « décision sur l’EPR n’est pas urgente, car elle engagerait à nouveau la France dans le tout nucléaire pour plusieurs décennies ».

O. B.


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