Journal du 7 octobre 2003

Elle a besoin d'une assistante de vie scolaire
Agathe, 5 ans, pourrait être privée d'école

Agathe va à l’école maternelle de Brachy une heure et demie par jour. Handicapée moteur, elle a besoin d’être épaulée par un adulte. Mais ses parents attendent toujours le recrutement d’une assistante de vie scolaire.

Agathe a cinq ans, de grands yeux rieurs et un sourire d’ange. Depuis deux ans, elle va à l’école de Brachy avec ses amis. Mais demain ou peut-être dans une semaine ou dans un mois, elle ne pourra plus retrouver ses petits camarades... Car pour pouvoir être scolarisée, la petite fille, infirme moteur cérébral suite à un manque d’oxygène à sa naissance, a besoin d’être épaulée par un adulte.

Mais cet adule est difficile à recruter. Conséquence de la disparition des emplois-jeunes et de la création des nouveaux postes « d’assistants de vie scolaire » aux fonctions différentes. Pour le moment c’est une institutrice remplaçante du secteur de Saint-Valery-en-Caux qui a été détachée pour l’aider une heure et demie par jour. Mais dès qu’une maîtresse de la circonscription sera absente, elle laissera Agathe qui ne pourra retourner à l’école. Un comble en cette année dite « année du handicap ».

L’emploi-jeune a dû partir

Le problème rencontré par les parents de la petite fille pour scolariser leur enfant date de sa première rentrée.

« Au départ en 2001, nous avions nous-mêmes embauché une auxiliaire de vie. Nous avions demandé à la mairie de nous aider en participant aux frais. Ce qu’elle avait fait en nous en payant la moitié », explique la maman d’Agathe.

Mais en décembre 2002, l’Education nationale informe les parents qu’elle vient de recruter, pour un an, un emploi-jeune pour s’occuper d’Agathe.

Du jour au lendemain la famille remercie la première jeune femme et confie la petite fille à la nouvelle assistante.

Celle-ci consacre donc chaque jour une heure et demie à Agathe et le reste de son temps aux autres enfants de l’établissement.

Solution temporaire

« Seulement cette personne a obtenu son concours à l’IUFM, six mois plus tard, en juin. Elle a donc démissionné de son poste. Et en septembre à la veille de la rentrée, on nous a dit qu’Agathe ne pouvait être scolarisée cette année », poursuit la maman. Maman qui a choisi de remuer terre et ciel pour que sa fille puisse, comme les autres et comme elle devrait en avoir le droit, être intégrée à l’école.

La solution temporaire de l’institutrice remplaçante a été finalement trouvée par l’inspecteur de l’Education nationale de Saint-Valery-en-Caux, en attendant le recrutement d’une «assistante de vie scolaire», nouveau terme pour nommer les postes créés après la disparition des emplois-jeunes.

Et c’est là qu’une nouvelle fois tout est bouleversé pour la petite Agathe. Quatre-vingt-neuf postes ont bien été créés cette rentrée dans le département pour l’accompagnement et l’intégration des enfants handicapés.

Un vrai problème au niveau du département

«Le problème c’est qu’auparavant, un emploi-jeune était rattaché à une école. Il pouvait donc s’occuper d’autres enfants que la petite fille. Mais désormais une assistante de vie scolaire est affectée à un enfant en particulier. Or Agathe ne va à l’école qu’une heure et demie par jour. Ce qui n’est pas suffisant pour recruter quelqu’un. Il faudrait au moins un temps partiel. De plus Agathe va a l’école en milieu rural et il n’y a pas d’autre enfant qui ait besoin de cette aide à proximité», explique Bruno Floutier, secrétaire de la commission de la circonscription préscolaire et élémentaire de Saint-Valery-en-Caux, Dieppe-ouest et Dieppe-est. « La solution serait peut-être de prévoir un temps de scolarisation plus important. Ce problème se pose dans toutes les circonscriptions de Seine-Maritime. Nous avons d’ailleurs une réunion vendredi sur le recrutement de ces assistants et l’intégration des enfants handicapés », poursuit-il, bien conscient des difficultés rencontrées par les familles.

« La personne que nous employions en 2001 et qui avait de l’expérience aux côtés d’Agathe a même passé un CAP et a postulé pour cet emploi d’assistante. Mais ils recrutent au niveau Bac... », raconte la maman qui est bien décidée à poursuivre ses démarches pour que sa fille reste à l’école.

Elle vient d’ailleurs d’adresser un courrier au président de la République, au ministre de la Santé, au ministre de l’Education nationale, et au secrétaire d’Etat aux personnes handicapées pour expliquer comment la disparition des emplois-jeunes bouleverse la vie d’une petite fille qui ne demande qu’une seule chose : pouvoir aller à l’école comme tous les enfants de son âge...

 V. G.


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