Journal du 7 octobre 2003

Une mère allemande voulait voir ses enfants
Vent de panique
dans les écoles maternelles de Neuville

Mais qui sont ces Allemands au comportement louche qui filment aux abords des écoles ? L’affaire a provoqué l’émoi, vendredi, dans toutes les écoles de Neuville-lès-Dieppe. Une mère allemande, accompagnée d’amis et d’une équipe de télévision, voulait à tout prix voir ses deux enfants scolarisés en maternelle. L’alerte ayant été donnée, tout ce monde s’est retrouvé au commissariat avant de repartir. Encore un cas de déchirement au sein d’un couple mixte franco-allemand.

Trois personnes étrangères à l’école sont entrées dans mon établissement vendredi vers 11 h 10. Il y avait deux dames, une très jeune et une plus âgée, et un monsieur tout habillé de noir avec un attaché-case à la main. Ils attendaient dans le couloir, et je leur ai demandé de sortir. En plus, dehors, il y avait d’autres individus qui filmaient et prenaient des photos. Comme ils refusaient d’attendre dehors, j’ai téléphoné à mon inspecteur, puis au 17 ».

C’est une directrice d’école maternelle qui a lancé l’alerte vendredi midi. Mais qui étaient donc ces sept personnes, les trois qui ont pénétré dans l’école Paul-Bert, et les quatre autres qui attendaient dehors, caméra à l’épaule ?

D’autant que, renseignements pris auprès d’autres écoles maternelles de Neuville et de Dieppe, cette « équipe de choc » se serait déjà rendue au Val-Druel la semaine dernière, et le matin de sa visite inatttendue à Paul-Bert, a également tourné autour des écoles Jeanne-Magny, Marie-Curie et Vauquelin.

De là à imaginer une tentative de rapt d’enfant, il n’y avait qu’un pas. Les directeurs d’écoles et l’inspecteur du secteur l’ont craint à un moment, ainsi que les policiers du commissariat de Dieppe. Ceux-ci ont lancé des patrouilles aux abords de la plupart des maternelles de Neuville, ou ont téléphoné à ces dernières pour savoir si elles n’avaient rien remarqué de suspect.

Les sept Allemands interpellés et relâchés

« La jeune femme m’avait simplement dit qu’elle cherchait ses enfants » explique la directrice d’école qui a donné l’alerte. « La veille, ils étaient venus faire des repérages à l’école Jeanne-Magny, avec photos et caméras. Pour moi, ils venaient enlever des enfants. J’ai donc alerté tous mes collègues ». Les sept individus, après avoir rôdé aux abords des quatre écoles, repartent à bord de trois voitures immatriculées en Allemagne.

Puis, vers 13 h 30, un père d’élève qui a eu vent de l’affaire en allant chercher son fils à la sortie de midi, aperçoit les trois véhicules devant chez lui. Il appelle la directrice de son école, qui alerte aussitôt la police. Et les sept Allemands sont aussitôt interpellés. Une vérification d’identité qui révèle que la jeune femme est la mère, séparée de son mari français, de deux enfants de 4 et 5 ans scolarisés dans une maternelle de Neuville. Elle voulait revoir ses enfants, et était accompagnée de sa mère, deux amis dont son nouveau compagnon, et de trois journalistes de RTL2 venus faire un reportage sur le casse-tête de la garde des enfants de couples franco-allemands déchirés.

« Il s’agissait d’un simple contrôle administratif. Nous avons vérifié leur identité et leur avons demandé ce qu’ils faisaient aux abords des écoles, explique un enquêteur. Comme il n’y a pas eu de tentative de rapt, mais seulement le désir de la mère de voir ses enfants, nous les avons laissé repartir, et ils sont rentrés vendredi soir en Allemagne ».

Sujet diplomatique « sensible »

L’affaire est un énième épisode de ces drames qui déchirent les couples mixtes franco-allemands. Le mari, français et neuvillais, s’était d’ailleurs déjà rendu en Allemagne alors que ses enfants séjournaient chez leur mère, qui a la double nationalité. Mais les lois n’étant pas les mêmes, et les choses s’étant mal passées, il avait été reconduit à la frontière.

Cette fois, c’est lui qui avait la garde des enfants depuis la rentrée, puisque ceux-ci étaient scolarisés à Neuville. Il y a trois semaines, d’après ses déclarations, la femme étaient venue à Neuville, et ça se serait « mal passé ». Du coup, elle est revenue en force, avec sa mère, deux amis et une équipe de télévision, sans doute pour alerter à son tour l’opinion publique allemande sur les difficultés diplomatiques entre les deux pays sur ces questions sensibles de garde d’enfants.

Finalement, il n’y a pas eu rapt ni même tentative de rapt et les Allemands sont rentrés chez eux sans être poursuivis. Mais le manège des sept individus a inquiété « à juste titre » selon un policier, les directeurs et directrices d’écoles de Neuville. A tel point qu’à deux exceptions près, aucun n’a voulu nous parler de cette affaire. Et en premier lieu pas la directrice de l’école où sont scolarisés les deux enfants, dont nous tairons le nom pour ne pas risquer un jour un véritable enlèvement...

O.B.


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