Journal du 14 octobre 2003

3000 tonnes de paille toujours en attente
dans le département

A quoi sert la solidarité des agriculteurs ?

Les agriculteurs de Seine-Maritime sont fâchés et ils veulent le faire savoir. Hier à Bois d’Ennebourg (canton de Darnétal), les responsables de l’Union syndicale agricole et des Jeunes-Agriculteurs se sont retrouvés à la ferme de Pascal Courty pour faire le point sur cette situation qu’ils qualifient d’intolérable.

Symboliquement, c’est au pied d’une meule de paille de 15 tonnes que les représentants des agriculteurs de Seine-Maritime se sont donné rendez-vous. Un rendez-vous pour crier haut et fort leur indignation face à l’immobilisme des pouvoirs publics. En effet, de nombreux exploitants ont répondu présents à l’appel à la solidarité lancé par l’Union syndicale agricole pour les éleveurs de l’Allier sinistrés par la sécheresse.

Ce ne sont pas moins de 4800 tonnes de paille qui ont été pressées et stockées au milieu de parcelles en attendant leur départ. Mais aujourd’hui, la coupe est pleine pour les agriculteurs. Depuis le mois d’août, 3000 tonnes de paille sont toujours en attente d’expédition vers l’Auvergne. Résultat: la paille destinée à nourrir les bovins se détériore considérablement. Certaines balles prennent l’eau et la paille commence à pourrir.

« Nous avons sollicité le ministre de l’Agriculture à plusieurs reprises mais aucune solution n’a été apportée. Les transporteurs privés ne sont pas réquisitionnés, l’armée est en déroute et la SNCF fournit des rames avec parcimonie » gronde Arnold Puech D’Alissac, président de l’Union Syndicale agricole.

Le ras-le-bol

Pascal Courty, éleveur à Bois d’Ennebourg dans le canton de Darnétal, fait partie de ces agriculteurs qui ne comprennent plus pourquoi on a fait appel à leur générosité si c’est pour laisser pourrir la paille sur place. « J’ai mis une meule de 15 tonnes de côté et pour le moment, rien n’est parti », explique-t-il.

Sébastien Sortambosc, secrétaire général des jeunes agriculteurs et exploitant à Quiberville-sur-Mer ne décolère pas. Il trouve cette situation inadmissible. « C’est incroyable. Personne ne bouge. La paille est en train de pourrir et on ne fait rien. En Seine-Maritime, il a parfois fallu convaincre certains éleveurs de donner de la paille. Une fois qu’ils se sont décidés, il n’y a pas de structure adaptée pour acheminer la paille. De plus, il faut maintenant expliquer aux éleveurs de l’Allier pourquoi ça n’arrive pas et pourquoi ils reçoivent de la paille pourrie. C’est vraiment désolant » ajoute-t-il.

Pour l’heure, les agriculteurs se contentent de faire passer le message de leur mécontentement. Mais d’après les conversations d’hier lundi, on peut s’attendre, si la situation n’évolue pas, bien sûr, à une « livraison » de l’excédent de paille sur le parvis de la préfecture de Seine-Maritime.

Eric Bonté


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