Les agriculteurs de Seine-Maritime
sont fâchés et ils veulent le faire savoir. Hier à Bois dEnnebourg (canton de
Darnétal), les responsables de lUnion syndicale agricole et des Jeunes-Agriculteurs
se sont retrouvés à la ferme de Pascal Courty pour faire le point sur cette situation
quils qualifient dintolérable.Symboliquement,
cest au pied dune meule de paille de 15 tonnes que les représentants des
agriculteurs de Seine-Maritime se sont donné rendez-vous. Un rendez-vous pour crier haut
et fort leur indignation face à limmobilisme des pouvoirs publics. En effet, de
nombreux exploitants ont répondu présents à lappel à la solidarité lancé par
lUnion syndicale agricole pour les éleveurs de lAllier sinistrés par la
sécheresse.
Ce ne sont pas moins de 4800 tonnes de paille qui ont été pressées et
stockées au milieu de parcelles en attendant leur départ. Mais aujourdhui, la
coupe est pleine pour les agriculteurs. Depuis le mois daoût, 3000 tonnes de paille
sont toujours en attente dexpédition vers lAuvergne. Résultat: la paille
destinée à nourrir les bovins se détériore considérablement. Certaines balles
prennent leau et la paille commence à pourrir.
« Nous avons sollicité le ministre de lAgriculture à plusieurs reprises
mais aucune solution na été apportée. Les transporteurs privés ne sont pas
réquisitionnés, larmée est en déroute et la SNCF fournit des rames avec
parcimonie » gronde Arnold Puech DAlissac, président de lUnion Syndicale
agricole.
Pascal Courty, éleveur à Bois dEnnebourg dans le
canton de Darnétal, fait partie de ces agriculteurs qui ne comprennent plus pourquoi on a
fait appel à leur générosité si cest pour laisser pourrir la paille sur place.
« Jai mis une meule de 15 tonnes de côté et pour le moment, rien nest parti
», explique-t-il.
Sébastien Sortambosc, secrétaire général des jeunes agriculteurs et
exploitant à Quiberville-sur-Mer ne décolère pas. Il trouve cette situation
inadmissible. « Cest incroyable. Personne ne bouge. La paille est en train de
pourrir et on ne fait rien. En Seine-Maritime, il a parfois fallu convaincre certains
éleveurs de donner de la paille. Une fois quils se sont décidés, il ny a
pas de structure adaptée pour acheminer la paille. De plus, il faut maintenant expliquer
aux éleveurs de lAllier pourquoi ça narrive pas et pourquoi ils reçoivent
de la paille pourrie. Cest vraiment désolant » ajoute-t-il.
Pour lheure, les agriculteurs se contentent de faire passer le message de
leur mécontentement. Mais daprès les conversations dhier lundi, on peut
sattendre, si la situation névolue pas, bien sûr, à une « livraison » de
lexcédent de paille sur le parvis de la préfecture de Seine-Maritime.
Eric Bonté