Journal du 28 octobre 2003

Déjà une demi-heure en moins à la Poste de Dieppe
60 bureaux de Poste
en moins dans le département

Le contrat de plan entre l’Etat et la Poste prévoit de réduire le nombre de bureaux de Poste de 11500 à 5000 ou 6000 en France d’ici 2007. En Seine-Maritime, les syndicats estiment que 60 bureaux sur 148 pourraient faire les frais de la restructuration. On ne connaît pas encore la liste, mais on sait déjà qu’à Dieppe, l’ouverture matinale sera retardée d’une demi-heure.

Le projet de contrat de plan entre l’Etat et la Poste présenté aujourd’hui (jeudi 23 octobre) au conseil d’administration de la Poste met en péril le service public postal » estiment les syndicats Sud, CFDT, CGT et FO de Seine-Maritime. Se voulant les défenseurs d’un « service public de qualité », les organisations syndicales de la Poste évoquent les fermetures programmées des bureaux de Villequier, Saint-Wandrille et Morgny-la-Pommeraie, en attendant d’autres noms sur une liste noire estimée à soixante fermetures de bureaux de Poste dans l’ensemble du département.

« Une partie des activités des bureaux fermés serait alors prise en charge par les communes, ou livrée au commerce local » ajoutent les syndicats, qui dénoncent aussi le fait que « la Poste prévoit également de diminuer les horaires d’ouverture de nombreux bureaux, y compris en zone urbaine ». Ce sera d’ailleurs le cas à la Poste principale de Dieppe à compter du 1er décembre.

« Il est effectivement question d’ouvrir à 8h30 au lieu de 8 heures, y compris le samedi » confirme-t-on au bureau de Poste dieppois, avenue du Maréchal-Foch. « Mais c’est en pourparlers pour l’instant, et si cela devait se faire, ce serait début décembre ». Les bureaux de Neuville-lès-Dieppe (9 heures - 12 heures et 13h30 - 17h30), du Pollet (9 heures - 12 heures et 14h30 - 17h30), ainsi que l’annexe de Janval ne seraient en revanche pas concernés par ces réductions d’horaires. Mais pour Dieppe principal, comme pour les autres bureaux qui seraient menacés par la même mesure, voire par une suppression pure et simple comme ce sera le cas de nombreux bureaux de Poste ruraux (60 sur 148!), cette réduction du service vient s’ajouter à celle déjà intervenue au printemps dernier, avec l’avancement d’une heure, voire plus, de la levée du courrier (17 heures au lieu de 18 heures, heure de fermeture du bureau à Dieppe principal, 16 heures au lieu de 17h30 en semaine et 10h50 au lieu de 12 heures le samedi à Neuville).

Une liste noire
encore secrète

Quant aux bureaux des bourgs et villages, lesquels vont-ils faire les frais de la restructuration imposée par l’Etat, pour faire de la Poste comme le suggère la Cour des Comptes, « un établissement concurrentiel face aux banques privées », ce qui suppose un abandon d’une partie du service public dont le personnel est jugé « pléthorique »? « Pour l’instant, la direction départementale ne dit rien » explique Eric Morizot de Sud-PTT. « Mais il est effectivement bien possible que le nombre de bureaux supprimés soit de 60 sur 148 ».

Certains directeurs de groupements postaux disposeraient d’informations plus précises, et le gouvernement aurait demandé aux députés d’examiner la carte de bureaux de Poste de leur circonscription, afin d’envisager de rayer de la carte ceux qui seraient estimés les moins indispensables. Si Edouard Leveau déclarait il y a quelques semaines ne s’être pas encore penché sur le sujet, en revanche le député de la Xe circonscription et maire de Yerville, Alfred Trassy-Paillogues, émet une suggestion: demander aux buralistes, dont le chiffre d’affaires chute avec la hausse du prix du tabac, de se substituer aux bureaux de poste ruraux pour assurer cette nouvelle mission de service public (voir encadré).

Du côté du responsable du groupement postal de Neufchâtel-en-Bray, Patrick Martel déclare n’envisager « aucune fermeture de bureau entre les vallées de la Bresle et de la Durdent. Le chiffre de 60 fermetures de bureaux (pourtant avancé par les syndicats, NDLR) me semble impossible. Tout au plus y aura-t-il sur mon secteur (Dieppe-Neufchâtel - Le Tréport) des réductions d’horaires limitées en fonction de la fréquentation des bureaux, mais c’est tout ».

Si le gouvernement envisage effectivement la fermeture de 5 à 6 000 bureaux en France, on voit mal comment la Seine-Maritime et notre secteur y échapperaient. En attendant la liste de ces bureaux menacés dans les campagnes, et autres réductions d’horaires dans les bureaux des bourgs plus importants, les spéculations vont bon train. Mais s’il est évident que les actifs qui travaillent en ville ne seront pas ou peu touchés par la mesure, en revanche les personnes âgées ou à mobilité réduite qui ne quittent guère leur village seront fortement pénalisées par ce recul programmé du service public.

O.B.

Action des syndicats et lettre d’un député
Alfred Trassy Paillogues écrit à la ministre

C’est traditionnellement au ministre de l’Industrie qu’échoit la responsabilité des « Postes et Télécommunications ». C’est donc à Nicole Fontaine, « ministre déléguée à l’Industrie auprès du ministre de l’Economie, des Finances et de l’Industrie » que le député-maire de Yerville a écrit la semaine dernière pour lui faire part de sa suggestion.

L’élu du Pays de Caux estime que « devant le désengagement progressif de la Poste en milieu rural et face au désarroi des buralistes devant les hausses successives du tabac qui génèrent une diminution du chiffre d’affaires », il souhaiterait que « soit examinée, dans le cadre du maintien du service public sur l’ensemble du territoire français, la possibilité que des activités de la Poste soient basculées aux débitants ». Et d’ajouter que les débitants, qui assurent déjà des missions de service public même si la vignette a été supprimée, « ne seraient pas dépaysés, puisqu’ils vendent déjà des timbres et différents documents fiscaux aux administrés ».

Une position qui permettrait en effet de ne pas isoler encore plus du reste du territoire national les campagnes les plus reculées, mais qui ne résoudra pas le problème de l’emploi mis en évidence par les syndicats des personnels postaux, qui se promettent de proposer « aux salariés et aux usagers de la Poste des initiatives d’action dans les semaines à venir».


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