Journal du 5 décembre 2003

Laurence Tiennot Herment,
une Dieppoise présidente du Téléthon

Six millions de bénévoles unis
derrière le courage d'une mère

Laurence Tiennot Herment œuvre pour le Téléthon depuis sa première édition, en 1987. Cette Dieppoise s’est occupée du Téléthon à Dieppe de 1990 à 1997, avant de se consacrer aux plateaux télévisés. En juillet dernier, elle a été nommée présidente de l’AFM (Association française contre les myopathies) qui organise le Téléthon.

Les Informations Dieppoises : Que représente pour vous le Téléthon cette année alors que vous venez d’accéder à la présidence de l’AFM ?

Laurence Tiennot Herment : Ce sera mon premier Téléthon sans mon fils. Son diagnostic a été posé en avril 1987, cinq mois avant le premier Téléthon. Sur le terrain à Dieppe, sur les plateaux télé, mon fils allait partout avec moi, il donnait du sens aux manifestations. Ce sera mon premier Téléthon en tant que présidente, et mon premier Téléthon sans mon fils, décédé de cette punaise de maladie de Duchenne, à vingt ans. Les gens en meurent encore, et il faut que les Français se mobilisent au maximum pour que ça s’arrête un jour.

Quelles sont les maladies concernées par le Téléthon ?

L'objectif de l'AFM est de vaincre les maladies neuromusculaires ou myopathies. Celle qu’a eue mon fils, la myopathie de Duchenne, est une des plus rares et des plus sévères. Les enfants sont sans problèmes jusqu’à sept ans, puis il perdent la marche, perdent l’usage de leurs membres supérieurs, ne peuvent plus respirer seuls. Alors on les trachéotomise, puis ils doivent être reliés à un appareil respiratoire 24 heures sur 24. C’est quelque chose que je ne souhaite à personne, de voir son enfant s’enfoncer tous les jours.

Que souhaitez-vous dire à nos lecteurs ?

Voilà le message essentiel qu’il faut retenir : nos recherches ont de grandes retombées sur les maladies fréquentes et peuvent bénéficier au plus grand nombre. Pour les maladies génétiques, ce n’est pas parce qu’on n’en a pas dans sa famille qu’on n’est pas concerné. Moi par exemple, j’ai eu un enfant qui est décédé il y a un mois de la maladie de Duchenne, sans antécédents familiaux. Alors, personne ne peut se croire à l’abri non plus.

Je voudrais aussi remercier les bénévoles, les six millions de personnes qui vont courir, marcher, danser, et qui sont encore plus nombreuses cette année. Un des objectifs doit également être la sécurité : lors des manifestations, il faut respecter les balisage et, pour les sportifs, ne pas trop forcer.

A quoi sert l’argent du Téléthon ?

L’an dernier, nous avons collecté plus de 91 millions d’euros. L’AFM a deux missions principales : guérir et aider. La mission scientifique concerne le développement des thérapeutiques. On finance environ 270 équipes de chercheurs, qui travaillent sur des projets différents. Nous finançons des laboratoires dans toute la France, par exemple le Généthon d’Evry. Pour la mission sociale, nous organisons des assises début 2004 sur l’aide aux malades, pour leur autonomie, l’accès aux soins, etc. Enfin, il y a la préparation du Téléthon. J’y travaille à fond depuis juillet. Il y aura 22 000 manifestations pendant les trente heures, coordonnées par 135 équipes de dix personnes. Il faut assurer la sécurité, la remontée des fonds, rencontrer les associations, motiver les bénévoles, sans compter la préparation des émissions, en cours depuis le mois de juin. C’est une période très, très active.

Comment faites-vous pour continuer à mobiliser les gens après seize Téléthon ?

Il y a une part de fidèles, ça c’est certain, il faut les remercier et les encourager à continuer. Il y a aussi 40 % des dons qui sont collectés sur le terrain, lors des manifestations. C’est important, car il y a de plus en plus d’actions menées sur le terrain. Ensuite, je crois que les Français ne sont pas bêtes. Il y a 5000 maladies rares, qui touchent trois millions de Français. Le développement de la science pour les maladies rares sert aussi au plus grand nombre, par exemple, notre recherche sur les greffes de muscles a permis de traiter l’infarctus du myocarde. Nous finançons aussi des travaux sur le criblage des molécules, en vue de soigner les myopathies mais aussi les maladies de Parkinson et d’Alzheimer.

Quelles sont les avancées scientifiques de ces dernières années ?

Entre 1998 et 2002, nous avons travaillé sur le programme « La grande tentative ». L’objectif était de faire la preuve des techniques de thérapie génique ou cellulaire sur l’homme. Nous avons connu trois réussites mondiales en 2000, sur les bébés bulles, l’infarctus du myocarde et la maladie de Huntington. La plus intéressante est celle des bébés bulles. Atteints d’immunodéficience, ces bébés étaient contraints de rester enfermés à vie dans une bulle pour se protéger des maladies. Neuf ont été traités par la thérapie génique, et neuf ont pu sortir de leur bulle. Aujourd’hui ils sont guéris et vivent normalement. Le plus âgé a quatre ou cinq ans.

Notre nouveau programme s’appelle « La nouvelle frontière ». Lancé en 2002 sur cinq ans, il vise à développer les techniques de biothérapie ou de génothérapie sur plus de malades et de maladies.

La guérison des bébés bulles est-elle porteuse d’espoir pour l’AFM ?

Les bébés bulles ne sont pas myopathes. Leur guérison est la preuve que le Téléthon profite à l’ensemble des maladies génétiques rares, en attendant de trouver la cure pour les maladies neuromusculaires. Parallèlement, les premiers essais de thérapie génique ont été réalisés en 2001 sur la myopathie de Duchenne : on voit de bons résultats sur un morceau de muscle qui a reçu une injection de dystrophine, le gène en cause dans la maladie. On voit que le muscle abîmé commence à se régénérer. Ce sont les premiers pas, il y a encore du chemin à faire. On tient le bon bout, mais c’est pas le moment de nous lâcher ! Pour ce 17e Téléthon, nous comptons sur vous tous.

Emilie Jagut

Les actions dans la région

Laurence Tiennot Herment se réjouit : « C’est la première année qu’il y a vraiment un gros Téléthon à Dieppe, une quarantaine d’associations participent. C’est surtout le CAT (Centre d’aide par le travail) d’Etran et le Lions Club qui se sont démenés pour contacter les commerçants, d’autres associations et faire bouger les choses. »

Les myopathes rencontrent souvent des difficultés de diagnostic : peu de médecins ont l’habitude de leur cas. En Seine-Maritime, il existe un seul lieu de consultation spécialisé dans les myopathies : le cabinet du docteur Catherine Vanhulle, au CHU de Rouen. L’Association française contre les myopathies a contribué à financer son cabinet, grâce aux fonds récoltés lors du Téléthon.

Les thérapies géniques et cellulaires

La thérapie cellulaire est basée sur l’utilisation des cellules souches. Ces cellules sont de type indifférent, elles n’appartiennent à aucune catégorie, contrairement aux cellules osseuses, aux cellules musculaires, aux cellules de la peau... Les chercheurs essaient de faire se différencier les cellules souches en cellules musculaires, celles qui font défaut aux myopathes, afin de régénérer leurs muscles malades.

Les greffes de muscles ont fonctionné sur les patients qui souffraient d’un infarctus du myocarde, car on leur a pris du muscle de la cuisse pour faire la greffe. Chez les myopathes en revanche, tous leurs muscles sont atteints et on ne peut pas leur faire de greffe autologue, c’est-à-dire venant d’eux-mêmes. Il faut donc trouver un donneur compatible, en général l’un des parents, et gérer les problèmes de rejet.

La thérapie génique est issue de la connaissance des gènes. Par exemple, on sait que la dystrophine est le gène en cause dans la myopathie de Duchenne. On sait aussi sur quel chromosome il se situe. La thérapie consiste à mettre un gène médicament sur un vecteur.

Le vecteur est un virus modifié, rendu inoffensif mais toujours capable de s’introduire dans les cellules. Une fois dans la cellule, le gène médicament « répare » le gène atteint.


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