Journal du 18 novembre 2003

Déjà des rôdeurs dans l'ancienne Emulation Dieppoise
Après la RN27, l'IUT en panne

L’ancien lycée de l’Emulation Dieppoise n’est plus qu’une coquille vide. Et comme pour les crédits retirés à la RN27, l’Etat traîne à faire connaître sa décision d’y aménager un IUT. En attendant, le risque de squat et de dégradation des locaux par le froid et l’humidité sont réels. Déjà, quelques carreaux ont été cassés et des rôdeurs y ont traîné.

Les promesses n’engagent que ceux qui les tiennent, c’est vrai. Mais en attendant, la région dieppoise est toujours en quête de ce « souffle nouveau » que nombre de bons augures lui prédisaient...

Fini l’enclavement routier, et partant économique, avec le doublement de la RN 27. Fini l’isolement intellectuel, qui oblige nos étudiants à chercher ailleurs, et souvent loin, des formations adaptées à leurs besoins... et à ceux de la région. Un IUT devait voir le jour à la prochaine rentrée...

C’est du moins ce que nous promettait le contrat de plan Etat-Région pour la période 2000 – 2006. Ecrit, signé, acté : les deux partenaires devaient mettre la main à la poche pour boucler entièrement la deux fois deux voies entre Rouen et Dieppe, et aménager un Institut universitaire de technologie avant la fin de 2006. Du moins du temps où les deux partenaires étaient du même bord politique...

On sait ce qu’il advint du prolongement de la RN27 : nous avions déjà révélé (voir Les Infos du 28 octobre) que l’Etat avait décidé de retirer les 9 millions d’euros prévus au contrat de plan pour commencer les études sur la quatre voies. Motif : pas assez d’argent pour financer la totalité du projet. Résultat : les 9 millions iront au sixième pont de Rouen.

Toujours pas de carte des formations

Maintenant, c’est au tour du projet d’IUT de voir ses jolis rouages bien huilés devenir un rien grippés. Pourtant, l’opération « tiroir » paraissait évidente : la Région construisait le nouveau lycée de l’Emulation dieppoise, et il suffisait de réaménager une partie des 10 000 mètres carrés de l’ancien lycée professionnel, à côté de l’hôpital, pour inaugurer, dès septembre 2004, un premier département d’IUT. Suivi on l’espère, de quelques autres...

Il y a six mois, le responsable du projet au Rectorat, M. Colignon, déclarait qu’il travaillait sur le sujet. Mais aujourd’hui, il semble que ce travail n’ait pas encore abouti. « Le recteur essaye de dégager une carte des formations, mais pour l’instant, il n’y a toujours rien, car l’Etat semble mettre le frein sur les formations » lance le candidat Alain Le Vern, président du conseil régional en campagne pour sa propre succession contre cette droite accusée de freiner le projet d’IUT dieppois.

M. Colignon plancherait donc toujours sur la carte des formations. Et tant qu’une filière n’est pas attribuée à Dieppe, il ne sert à rien que la Région et l’Etat, dans le cadre du contrat de plan, entament dès à présent la rénovation de l’ancienne Emulation dieppoise : il faut en effet savoir à quoi vont servir les locaux avant d’y installer quelque chose. On ne construit pas un labo pour des futurs vendeurs, ou un « amphi » pour des chimistes... En attendant, l’ancienne « Emul’ » va passer l’hiver sans chauffage, sans compter qu’il faut surveiller les locaux vides pour qu’ils ne soient pas squattés et limiter les risques d’incendie (voir encadré).

Pas avant septembre 2005... au mieux

« Comme nous l’avons fait pour les IUT d’Evreux et Elbeuf, nous avons les crédits nécessaires pour transformer l’Emulation en IUT » souligne Jean Beaufils, vice-président du conseil régional et conseiller municipal de Dieppe. « Mais pour lancer les travaux, il faut savoir quel sera le contenu pédagogique, et il faut que l’Etat crée les postes d’enseignants nécessaires. Ça va se faire, c’est sûr, mais on est en train de prendre du retard. Pour bien faire, il aurait fallu enchaîner directement dans la continuité du déménagement de l’Emulation dieppoise. Maintenant, il semble difficile, voire impossible d’inaugurer un IUT avant septembre 2005 ».

Et comme le contrat de plan s’achève en 2006, Dieppe risque une fois encore de manquer le bon train... Or, depuis le temps qu’il est question de créer un pôle universitaire dans la deuxième sous-préfecture du département, « on a eu le temps de définir le contenu pédagogique » estime Jean Beaufils. Il faut croire que non. Il a été vaguement question de formations consacrées au commerce, au commerce international, à la maintenance des centrales nucléaires... Mais ce n’étaient que des hypothèses. Quoi qu’il en soit, pour éviter que les bâtiments de l’ancienne Emulation dieppoise ne se dégradent au point de devenir insalubres et de devoir être démolis au lieu d’être transformés en pôle universitaire, il semble urgent d’ouvrir au plus vite un premier département d’IUT accueillant entre 60 et 100 élèves là où, en juin dernier encore, 650 lycéens apprenaient la mécanique, la carrosserie et l’électricité...

O.B.

Carreaux cassés et rondes de police
Déjà quelques squatters à « L’Emul’ »

Même si la police y fait des rondes de surveillance et si portes et fenêtres ont été soigneusement fermées, des rôdeurs sont déjà entrés dans l’enceinte de l’ancien lycée.

Dans les anciens locaux du lycée professionnel, il reste encore quelques meubles à emporter. Mais depuis la rentrée scolaire, les locaux n’accueillent plus personne, hormis les déménageurs. Personne ? Pas sûr... « Nous avons reçu quelques visites ponctuelles au début » répond le proviseur adjoint, Francis Pimont, aux questions que nous lui avons posées sur l’avenir du bâtiment. « Mais nous avons tout rebarricadé, et le commissariat qui est situé juste à côté multiplie les patrouilles et les rondes dans le secteur ».

De fait, quelques fenêtres de l’ancienne Emulation encore grouillante de lycéens il y a seulement cinq mois, sont déjà cassées. Pour empêcher d’éventuels squatters d’entrer dans les locaux et de les dégrader, un bas de porte cassé est seulement masqué par une lourde armoire métallique simplement posée derrière. Mais pas si lourde que ça : du pied, nous avons réussi à la pousser, et n’importe quel rôdeur pourrait en faire autant pour trouver abri dans les locaux quasiment vides.

Chauffage hors gel

De l’autre côté, les grillages métalliques qui protègent les fenêtres sont tout rouillés et s’arrachent le plus facilement du monde. Une fenêtre a d’ailleurs déjà été cassée, preuve que des rôdeurs ont voulu voir ce qu’il y avait à l’intérieur. « Des gens qui traînaient dans le coin ont vu qu’il y avait un déménagement, et ils ont sans doute essayé d’en tirer profit » ajoute Francis Pimont, qui se veut pourtant rassurant en affirmant que plus personne ne rôde autour de l’ancien lycée.

En attendant, si l’électricité et l’eau ont été coupées pour éviter les squatters, le chauffage, lui, a été laissé en position hors gel pour éviter que le grand froid et l’humidité n’attaquent les murs. Mais qu’en sera-t-il après le 31 décembre, quand la Région rendra le bâtiment à l’Etat qui en deviendra propriétaire ? Un brin de chauffage permettra-t-il de maintenir les lieux dans un état à peu près convenable ?

Quant au risque de squat, si la situation s’éternise, la police ne pourra indéfiniment multiplier les patrouilles autour du futur IUT. Il faudra alors craindre le risque d’incendie pour un bâtiment qui, selon les guides de Dieppe ville d’art et d’histoire, présente un certain intérêt historique.


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