| Lancien lycée de
lEmulation Dieppoise nest plus quune coquille vide. Et comme pour les
crédits retirés à la RN27, lEtat traîne à faire connaître sa décision
dy aménager un IUT. En attendant, le risque de squat et de dégradation des locaux
par le froid et lhumidité sont réels. Déjà, quelques carreaux ont été cassés
et des rôdeurs y ont traîné. Les promesses nengagent
que ceux qui les tiennent, cest vrai. Mais en attendant, la région dieppoise est
toujours en quête de ce « souffle nouveau » que nombre de bons augures lui
prédisaient...
Fini lenclavement routier, et partant économique, avec le doublement de
la RN 27. Fini lisolement intellectuel, qui oblige nos étudiants à chercher
ailleurs, et souvent loin, des formations adaptées à leurs besoins... et à ceux de la
région. Un IUT devait voir le jour à la prochaine rentrée...
Cest du moins ce que nous promettait le contrat de plan Etat-Région pour
la période 2000 2006. Ecrit, signé, acté : les deux partenaires devaient mettre
la main à la poche pour boucler entièrement la deux fois deux voies entre Rouen et
Dieppe, et aménager un Institut universitaire de technologie avant la fin de 2006. Du
moins du temps où les deux partenaires étaient du même bord politique...
On sait ce quil advint du prolongement de la RN27 : nous avions déjà
révélé (voir Les Infos du 28 octobre) que lEtat avait décidé de retirer les 9
millions deuros prévus au contrat de plan pour commencer les études sur la quatre
voies. Motif : pas assez dargent pour financer la totalité du projet. Résultat :
les 9 millions iront au sixième pont de Rouen.
Toujours pas de carte des
formations
Maintenant, cest au tour du projet dIUT de voir
ses jolis rouages bien huilés devenir un rien grippés. Pourtant, lopération «
tiroir » paraissait évidente : la Région construisait le nouveau lycée de
lEmulation dieppoise, et il suffisait de réaménager une partie des 10 000 mètres
carrés de lancien lycée professionnel, à côté de lhôpital, pour
inaugurer, dès septembre 2004, un premier département dIUT. Suivi on
lespère, de quelques autres...
Il y a six mois, le responsable du projet au Rectorat, M. Colignon, déclarait
quil travaillait sur le sujet. Mais aujourdhui, il semble que ce travail
nait pas encore abouti. « Le recteur essaye de dégager une carte des formations,
mais pour linstant, il ny a toujours rien, car lEtat semble mettre le
frein sur les formations » lance le candidat Alain Le Vern, président du conseil
régional en campagne pour sa propre succession contre cette droite accusée de freiner le
projet dIUT dieppois.
M. Colignon plancherait donc toujours sur la carte des formations. Et tant
quune filière nest pas attribuée à Dieppe, il ne sert à rien que la
Région et lEtat, dans le cadre du contrat de plan, entament dès à présent la
rénovation de lancienne Emulation dieppoise : il faut en effet savoir à quoi vont
servir les locaux avant dy installer quelque chose. On ne construit pas un labo pour
des futurs vendeurs, ou un « amphi » pour des chimistes... En attendant, lancienne
« Emul » va passer lhiver sans chauffage, sans compter quil faut
surveiller les locaux vides pour quils ne soient pas squattés et limiter les
risques dincendie (voir encadré).
Pas avant septembre 2005... au
mieux
« Comme nous lavons fait pour les IUT dEvreux
et Elbeuf, nous avons les crédits nécessaires pour transformer lEmulation en IUT
» souligne Jean Beaufils, vice-président du conseil régional et conseiller municipal de
Dieppe. « Mais pour lancer les travaux, il faut savoir quel sera le contenu pédagogique,
et il faut que lEtat crée les postes denseignants nécessaires. Ça va se
faire, cest sûr, mais on est en train de prendre du retard. Pour bien faire, il
aurait fallu enchaîner directement dans la continuité du déménagement de
lEmulation dieppoise. Maintenant, il semble difficile, voire impossible
dinaugurer un IUT avant septembre 2005 ».
Et comme le contrat de plan sachève en 2006, Dieppe risque une fois
encore de manquer le bon train... Or, depuis le temps quil est question de créer un
pôle universitaire dans la deuxième sous-préfecture du département, « on a eu le
temps de définir le contenu pédagogique » estime Jean Beaufils. Il faut croire que non.
Il a été vaguement question de formations consacrées au commerce, au commerce
international, à la maintenance des centrales nucléaires... Mais ce nétaient que
des hypothèses. Quoi quil en soit, pour éviter que les bâtiments de
lancienne Emulation dieppoise ne se dégradent au point de devenir insalubres et de
devoir être démolis au lieu dêtre transformés en pôle universitaire, il semble
urgent douvrir au plus vite un premier département dIUT accueillant entre 60
et 100 élèves là où, en juin dernier encore, 650 lycéens apprenaient la mécanique,
la carrosserie et lélectricité...
O.B.
Carreaux cassés et rondes de
police
Déjà quelques squatters à «
LEmul »
Même si la police y fait des rondes de surveillance
et si portes et fenêtres ont été soigneusement fermées, des rôdeurs sont déjà
entrés dans lenceinte de lancien lycée.
Dans les anciens locaux du lycée professionnel, il reste encore quelques
meubles à emporter. Mais depuis la rentrée scolaire, les locaux naccueillent plus
personne, hormis les déménageurs. Personne ? Pas sûr... « Nous avons reçu quelques
visites ponctuelles au début » répond le proviseur adjoint, Francis Pimont, aux
questions que nous lui avons posées sur lavenir du bâtiment. « Mais nous avons
tout rebarricadé, et le commissariat qui est situé juste à côté multiplie les
patrouilles et les rondes dans le secteur ».
De fait, quelques fenêtres de lancienne Emulation encore grouillante de
lycéens il y a seulement cinq mois, sont déjà cassées. Pour empêcher
déventuels squatters dentrer dans les locaux et de les dégrader, un bas de
porte cassé est seulement masqué par une lourde armoire métallique simplement posée
derrière. Mais pas si lourde que ça : du pied, nous avons réussi à la pousser, et
nimporte quel rôdeur pourrait en faire autant pour trouver abri dans les locaux
quasiment vides.
Chauffage hors gel
De lautre côté, les grillages métalliques qui
protègent les fenêtres sont tout rouillés et sarrachent le plus facilement du
monde. Une fenêtre a dailleurs déjà été cassée, preuve que des rôdeurs ont
voulu voir ce quil y avait à lintérieur. « Des gens qui traînaient dans le
coin ont vu quil y avait un déménagement, et ils ont sans doute essayé den
tirer profit » ajoute Francis Pimont, qui se veut pourtant rassurant en affirmant que
plus personne ne rôde autour de lancien lycée.
En attendant, si lélectricité et leau ont été coupées pour
éviter les squatters, le chauffage, lui, a été laissé en position hors gel pour
éviter que le grand froid et lhumidité nattaquent les murs. Mais quen
sera-t-il après le 31 décembre, quand la Région rendra le bâtiment à lEtat qui
en deviendra propriétaire ? Un brin de chauffage permettra-t-il de maintenir les lieux
dans un état à peu près convenable ?
Quant au risque de squat, si la situation séternise, la police ne pourra
indéfiniment multiplier les patrouilles autour du futur IUT. Il faudra alors craindre le
risque dincendie pour un bâtiment qui, selon les guides de Dieppe ville dart
et dhistoire, présente un certain intérêt historique. |