| Le prix des cigarettes va encore
exploser le 20 octobre. A Dieppe et Neuville, les débitants de tabac sassocient au
mouvement de colère national et font signer une pétition contre cette nouvelle hausse.
Ils ne veulent plus être pris « pour des vaches à lait » et craignent pour leur
avenir. Vingt pour cent en octobre, vingt pour cent en janvier ;
le coup de tabac annoncé sur le prix des cigarettes fait monter la grogne chez les
débitants et les consommateurs. Michel Danlos, buraliste depuis vingt-cinq ans à
Neuville-lès-Dieppe, ne décolère pas : « Je dénonce labus de pouvoir et
lhypocrisie des responsables politiques. Alors que le tabac nest plus
comptabilisé dans lindice des prix, on continue à culpabiliser les fumeurs qui
sont les meilleurs contribuables. Je travaille pour lEtat depuis vingt-cinq années,
la colère couvait depuis longtemps ; le ministre de la Santé nous a même qualifiés de
distributeurs de mort ! ».
La contrebande
en hausse
Depuis jeudi, à linitiative de la Confédération
nationale des débitants de tabac, il invite ses clients à signer la pétition de
défense de ces commerces de proximité. « On a récolté plus de 500 signatures en une
journée et je vais la faire remonter à la confédération qui transmettra aux douanes,
notre autorité de tutelle », se félicite le commerçant devant le succès de
lopération.
En France, ce sont plus de 35 000 points de vente et 100 000 salariés qui sont
concernés par cette nouvelle hausse. Les premiers touchés sont principalement les
débits frontaliers qui enregistrent déjà une baisse de leur chiffre daffaires de
30 à 35 %. Pourtant Dieppe, point de ravitaillement incontournable des fumeurs
britanniques, semble bénéficier dune conjoncture favorable. « On va arriver à
des prix comparables ceux de lAngleterre. Les Britanniques ne vont plus venir. Le
prix du tabac a doublé en deux ans ; on sexpose à une recrudescence de la
contrebande qui atteint déjà 7 % et les jeunes risquent davoir accès à
dautres substances illicites en sapprovisionnant dans les rues. En cherchant
à nous acculer dans les cordes, les politiques ne devraient pas oublier que les
signataires de la pétition sont aussi des électeurs ! », alerte Michel Danlos.
Vers un front uni ?
Dores et déjà, fumeurs et non fumeurs soutiennent le
mouvement et plusieurs centaines de milliers de signatures risquent de parvenir dans les
ministères concernés. « Je trouve quils exagèrent et quils se moquent des
gens. ça va faire du tort au commerce et mon budget tabac va diminuer cest sûr.
Mais ce nest pas pour ça que je vais arrêter de fumer. Je suis prête à
manifester à leurs côtés », prévient une cliente.
Attirer la sympathie et le soutien des consommateurs, cest ce à quoi
aspirent les détaillants qui font le pari que la protestation va samplifier lors
des manifestations prévues dans les principales villes de France. Mais début octobre,
lorsque la hausse sera effective, les accros du café matinal-cigarette-journal risquent
de se heurter au rideau baissé de leur buraliste.
Dominique Collinet
Quelques chiffres
4,70 euros : Cest le prix quatteindra le paquet
de vingt de Marlboro ou encore de Camel à partir du 20 octobre. Soit plus de 30 francs !
De quoi faire tousser.
6,70 euros : Cest le prix du paquet de Marlboro dans un pub londonien. On
comprend pourquoi les fumeurs anglais qui ne sont pas découragés par les quelque 45
francs le paquet de vingt viennent acheter leurs cigarettes en France.
1,95 euros : Cest le prix de vente moyen dun paquet de cigarettes
blondes
au Portugal. Mieux vaut fumer au soleil.
66 400 décès : Il y a trois ans, le gouvernement estimait le nombre de décès
attribués au tabac à 66 400, dont 21 000 par cancer du poumon.
16 ans : Depuis peu, une loi interdit la vente de tabac, de papier à rouler et
de cigarettes aux moins de 16 ans. Les buralistes sont passibles dune contravention
fixée à 150 euros damende en cas dinfraction. |