Journal du 26 septembre 2003

Toshiba
La colère gronde

Le délégué syndical avait prévenu la direction. Elle s’exposait à des grèves en refusant les négociations sur le montant des primes de licenciements. Hier, une centaine d’employés a refusé de travailler. Le plan social mené sur l’usine de la zone Eurochannel à Martin-Eglise tourne au vinaigre. L’angoisse des salariés monte, et la mobilisation semble n’être qu’à son début.

Le froid vif n’a pas apaisé les esprits. Hier matin, sur le site de Toshiba, la colère a éclaté. Depuis l’annonce d’un plan social dans l’usine de la zone Eurochannel de Martin-Eglise, le 18 septembre dernier, la grève couvait. Jusque-là, les salariés avaient débrayé deux jours seulement et rien qu’une heure à chaque fois. Hier, à l’ouverture de l’usine, à 8 h 20, une centaine d’entre eux ont regagné la salle de repos, sans passer par la chaîne de montage. Ils souhaitaient le résumé de la réunion du comité d’entreprise de la veille que la direction a refusé de communiquer avant la fin de la journée. La décision a été rapide, il n’était plus question de travailler pour s’acheter la corde qui servirait à se pendre.

« On nous propose des cacahuètes »

« Les suppressions d’emplois, on ne peut rien faire, mais il nous faut de l’argent pour nous retourner », explique Elisabeth, désabusée. A 51 ans, elle sait que sa carrière s’arrêtera ici, qu’elle ne retrouvera plus de travail, alors elle jette ses dernières forces dans la bataille.

Plus personne ici ne se bat pour l’emploi. Ils savent que 30 personnes vont devoir partir en janvier prochain. Ils s’y résignent. Beaucoup se doutent que l’entreprise de l’agglomération dieppoise est sur une pente glissante. Qu’elle va droit dans le mur. « Avec la baisse du carnet de commandes dû à la perte pour partie du marché allemand, avec la concurrence de la main d’œuvre chinoise… »

L’énumération de Claude Billard, délégué syndical CGT qui aura « seize ans de boîte en novembre » promet des lendemains noirs. Tous en ont conscience. Ils souhaitent seulement partir dignement. La politique de la direction qui consiste à ne rien dire et à faire passer « leurs intérêts avant ceux des salariés », répète Claude Billard, « ils n’en peuvent plus. » « On les avait prévenus qu’ils s’exposaient à des grèves », ajoute-t-il.

Hier, la peur au ventre, face au chantage à l’emploi que semble mener leur hiérarchie, ils sont tout de même venus aux barrières, sans jamais les franchir. Dans l’entreprise, où les salariés syndiqués sont rares, le geste était symbolique. Ils sont venus écouter les conseils de William Pilon, le président du syndicat des métaux CGT de Dieppe et sa région. Deux calicots rouge sang sont déployés devant les murs bétonnés. Pas un cri. « Que peut-on faire ? », interrogent les salariés qui n’ont pour la plupart aucune qualification. Ils ne souhaitent pas éviter l’inévitable, mais juste négocier. Négocier, le mot est sur toutes les langues. « La plupart du personnel ne connaît pas ses droits », insiste William Pilon. « Les indemnités de licenciement qu’on leur impose sont inacceptables », répète le syndicaliste. « Ils veulent que l’on parte avec des cacahuètes », s’exclame un homme, père de quatre enfants, la blouse entrouverte malgré le froid. Pour lui, comme pour beaucoup d’autres, il n’a que Toshiba à mettre sur son CV.

L’heure de la révolte a sonné

Tous s’accordent à dire que les perspectives dieppoises de Toshiba ne se fondent pas sur des raisons économiques, mais sur la seule volonté du groupe japonais de conforter ses bénéfices. Le souhait est aujourd’hui de mettre un frein aux négociations stériles entre la direction et les représentants des salariés. Et le temps presse. Le plan social doit être entériné mercredi prochain, le 1er octobre, et le personnel a été mis en RTT jusque là.

« Coïncidence ! », ironise Nathalie, qui ne cache pas son angoisse à l’approche du jour J. Une réunion extraordinaire est annoncée mercredi. Et les salariés mobilisés hier, le seront également mercredi. « On restera mobilisés », promettaient, à l’unisson, les salariés, hier, en fin de matinée, alors qu’ils allaient poursuivre leurs actions, à l’intérieur des locaux.

William Pilon, lui, étudiait déjà la possibilité d’entamer une action en justice contre la direction de l’entreprise. Les salariés de Toshiba n’ont pas fini de se faire entendre.

Briac Trébert


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