| Le délégué syndical avait prévenu
la direction. Elle sexposait à des grèves en refusant les négociations sur le
montant des primes de licenciements. Hier, une centaine demployés a refusé de
travailler. Le plan social mené sur lusine de la zone Eurochannel à Martin-Eglise
tourne au vinaigre. Langoisse des salariés monte, et la mobilisation semble
nêtre quà son début. Le froid vif na pas
apaisé les esprits. Hier matin, sur le site de Toshiba, la colère a éclaté. Depuis
lannonce dun plan social dans lusine de la zone Eurochannel de
Martin-Eglise, le 18 septembre dernier, la grève couvait. Jusque-là, les salariés
avaient débrayé deux jours seulement et rien quune heure à chaque fois. Hier, à
louverture de lusine, à 8 h 20, une centaine dentre eux ont regagné la
salle de repos, sans passer par la chaîne de montage. Ils souhaitaient le résumé de la
réunion du comité dentreprise de la veille que la direction a refusé de
communiquer avant la fin de la journée. La décision a été rapide, il nétait
plus question de travailler pour sacheter la corde qui servirait à se pendre.
« On nous propose des
cacahuètes »
« Les suppressions demplois, on ne peut rien faire,
mais il nous faut de largent pour nous retourner », explique Elisabeth,
désabusée. A 51 ans, elle sait que sa carrière sarrêtera ici, quelle ne
retrouvera plus de travail, alors elle jette ses dernières forces dans la bataille.
Plus personne ici ne se bat pour lemploi. Ils savent que 30 personnes vont
devoir partir en janvier prochain. Ils sy résignent. Beaucoup se doutent que
lentreprise de lagglomération dieppoise est sur une pente glissante.
Quelle va droit dans le mur. « Avec la baisse du carnet de commandes dû à la
perte pour partie du marché allemand, avec la concurrence de la main duvre
chinoise
»
Lénumération de Claude Billard, délégué syndical CGT qui aura «
seize ans de boîte en novembre » promet des lendemains noirs. Tous en ont conscience.
Ils souhaitent seulement partir dignement. La politique de la direction qui consiste à ne
rien dire et à faire passer « leurs intérêts avant ceux des salariés », répète
Claude Billard, « ils nen peuvent plus. » « On les avait prévenus quils
sexposaient à des grèves », ajoute-t-il.
Hier, la peur au ventre, face au chantage à lemploi que semble mener leur
hiérarchie, ils sont tout de même venus aux barrières, sans jamais les franchir. Dans
lentreprise, où les salariés syndiqués sont rares, le geste était symbolique.
Ils sont venus écouter les conseils de William Pilon, le président du syndicat des
métaux CGT de Dieppe et sa région. Deux calicots rouge sang sont déployés devant les
murs bétonnés. Pas un cri. « Que peut-on faire ? », interrogent les salariés qui
nont pour la plupart aucune qualification. Ils ne souhaitent pas éviter
linévitable, mais juste négocier. Négocier, le mot est sur toutes les langues. «
La plupart du personnel ne connaît pas ses droits », insiste William Pilon. « Les
indemnités de licenciement quon leur impose sont inacceptables », répète le
syndicaliste. « Ils veulent que lon parte avec des cacahuètes », sexclame
un homme, père de quatre enfants, la blouse entrouverte malgré le froid. Pour lui, comme
pour beaucoup dautres, il na que Toshiba à mettre sur son CV.
Lheure de la révolte a
sonné
Tous saccordent à dire que les perspectives
dieppoises de Toshiba ne se fondent pas sur des raisons économiques, mais sur la seule
volonté du groupe japonais de conforter ses bénéfices. Le souhait est aujourdhui
de mettre un frein aux négociations stériles entre la direction et les représentants
des salariés. Et le temps presse. Le plan social doit être entériné mercredi prochain,
le 1er octobre, et le personnel a été mis en RTT jusque là.
« Coïncidence ! », ironise Nathalie, qui ne cache pas son angoisse à
lapproche du jour J. Une réunion extraordinaire est annoncée mercredi. Et les
salariés mobilisés hier, le seront également mercredi. « On restera mobilisés »,
promettaient, à lunisson, les salariés, hier, en fin de matinée, alors
quils allaient poursuivre leurs actions, à lintérieur des locaux.
William Pilon, lui, étudiait déjà la possibilité dentamer une action
en justice contre la direction de lentreprise. Les salariés de Toshiba nont
pas fini de se faire entendre.
Briac Trébert |