Journal du 5 décembre 2003

Trente personnes pénètrent
dans le coeur du site nucléaire de Penly

Greenpeace envahit la centrale

Ils ne veulent pas du réacteur nucléaire de troisième génération. Une quarantaine de militants déterminés de l’association Greenpeace ont investi la centrale de Penly jeudi matin avant l’aube. Entrés par trois accès différents, vingt d’entre eux ont réussi à atteindre le cœur de la centrale et deux « alpinistes » ont escaladé le bâtiment réacteur de la tranche 1 et la cheminée de la tranche 2. Alerte générale du côté des forces de l’ordre, qui ont arrêté une vingtaine d’écologistes.

« Ça risque de mal se passer... Qu’est-ce qu’on fait, on arrête ? » En milieu de matinée jeudi, le coordonnateur de l’opération « invasion » montée par l’association écologiste Greenpeace à la centrale nucléaire de Penly commence à mesurer les risques encourus par ses troupes qui ont fait intrusion avant l’aube dans ce site extrêmement sensible. Pendant qu’il hésite à donner le signal du repli, deux pompiers descendent en rappel le bâtiment réacteur de la tranche 1 pour intercepter le « monte en l’air » de Greenpeace qui y est accroché depuis environ deux heures. D’autres escaladent la cheminée de la tranche 2 pour également mettre un terme aux acrobaties d’un militant qui a réussi à y prendre pied.

Il était 7 heures du matin, jeudi, quand une quarantaine de militants de Greenpeace ont investi le site hyper-surveillé de la centrale nucléaire. Ils ont réussi à forcer l’enceinte élargie du site en y pénétrant « par trois endroits différents » selon leur porte-parole, Frédéric Marillier qui centralisait une partie des opérations depuis la plage de Saint-Martin-en-Campagne. C’est d’ailleurs par cette plage, mais aussi par celle de Penly et par le haut des falaises, que les militants kamikazes ont réussi à pénétrer sur le site interdit.

Une vingtaine d’entre eux serait même parvenue au pied des bâtiments réacteurs, les endroits les plus sensibles d’une centrale nucléaire. Ce qui est sûr, c’est que deux écolos ont réussi à grimper sur un des deux dômes de béton qui abritent les réacteurs, et sur la cheminée de l’autre d’où ils ont été délogés par les gendarmes. Car sitôt l’alerte donnée, c’est un impressionnant dispositif de gendarmes et de pompiers qui, par le funiculaire, a pénétré à son tour au cœur du site pour faire la chasse aux trublions. Tout le périmètre a été circonscrit, et il fallait montrer patte blanche pour seulement l’approcher.

Arrestation de 20 militants de sept pays

Avec l’aide des pompiers du groupement de recherche et d’intervention en milieu périlleux (GRIMP), les deux « alpinistes » ont été délogés, et tous ceux qui se trouvaient dans le périmètre interdit emmenés au poste. C’est que la gendarmerie ne plaisante pas avec ce genre d’intrusion, en plein plan vigipirate renforcé. D’autant que parmi les intrus, il y avait bon nombre de militants écolos étrangers, venus de Finlande (où Areva envisage d’expérimenter le premier réacteur de troisième génération (EPR), mais également de Suède, d’Italie, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Espagne et de Belgique.

Pendant ce temps, sur la plage de Saint-Martin-en-Campagne, une douzaine de militants de Greenpeace, vêtus de combinaisons oranges frappées du logo de leur organisation, posaient devant huit mini-éoliennes. Venus de sept pays, ils voulaient délivrer deux messages à l’opinion publique européenne juste avant que le gouvernement français ne donne son feu vert à l’EPR : « Une vingtaine d’entre nous ont été arrêtés, mais cela prouve que la sécurité des centrales nucléaires n’est pas totale, puisque nous avons réussi à y pénétrer » estime Frédéric Marillier. Et d’ajouter, ironique : « C’est un audit gratuit pour la population, une démonstration qui parle d’elle-même ».

Autre leitmotiv : « si au lieu de dépenser des milliards pour le nucléaire, on dépensait la même somme en éoliennes terrestres et offshores, on produirait deux fois plus d’électricité et cinq fois plus d’emplois » affirme le porte-parole. Un point de vue résumé par le slogan de la journée : « Pas d’EPR, du vent ». Et ce matin, il y en avait beaucoup, à tel point que Greenpeace n’a pas pu déployer sa banderole...

Briac Trébert et Olivier Bassine

38 interpellations

Les militants de Greenpeace n’avaient pas beaucoup d’alternative. Une fois entrés sur le site, à 6 h 45, l’issue était inévitable. L’arrestation programmée. Les gendarmes étaient mobilisés en nombre, le groupement de recherche et d’intervention en milieu périlleux (Grimp) de Dieppe était à leurs côtés pour assurer les interpellations, « en douceur », précise la direction de la centrale de Penly. « La centrale n’a pas arrêté de fonctionner », insiste Alain Peckre, le directeur. Au total, ce serait 38 militants sur la cinquantaine présente hier matin sur le site et aux abords du site de la centrale électronucléaire de Penly qui ont été interpellés par les gendarmes. A midi, le site était évacué. Reste maintenant à connaître les répercussions d’une telle manifestation dans ce lieu à haut risque à l’heure où la sécurité de l’énergie nucléaire est sérieusement remise en question à travers l’Europe, et, où pays après pays, on dit « non » au nucléaire.

Vers un nouveau débat sur l’énergie ?

Alors qu’un débat sur les énergies organisé par le ministère de l’Industrie vient de s’achever, les militants de Greenpeace montent au créneau. L’opération menée hier matin avait pour but de marquer l’hostilité des écolos face à la relance du nucléaire qui se profile en France. « Nous demandons à EDF de renoncer à l’EPR », expliquait Hendi, un militant britannique du haut de la falaise de Saint-Martin-en-Campagne alors que d’autres millitants avaient envahi la plage. « Ce projet expérimental que le lobby nucléaire tente d’imposer à Penly, est complètement dépassé », affirme-t-il. Du côté de la direction de la centrale de Penly qui attend le feu vert du Parlement pour évoquer le sujet EPR, on s’indigne de « l’attitude de Greenpeace », préférant un « débat démocratique sur ce sujet qu’est l’avenir énergétique de notre pays », commentait hier midi Alain Peckre. Le débat entamé en mars vient pourtant de s’achever avant l’automne.


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