| Ils ne veulent pas du réacteur
nucléaire de troisième génération. Une quarantaine de militants déterminés de
lassociation Greenpeace ont investi la centrale de Penly jeudi matin avant
laube. Entrés par trois accès différents, vingt dentre eux ont réussi à
atteindre le cur de la centrale et deux « alpinistes » ont escaladé le bâtiment
réacteur de la tranche 1 et la cheminée de la tranche 2. Alerte générale du côté des
forces de lordre, qui ont arrêté une vingtaine décologistes. «
Ça risque de mal se passer... Quest-ce quon fait, on arrête ? » En milieu
de matinée jeudi, le coordonnateur de lopération « invasion » montée par
lassociation écologiste Greenpeace à la centrale nucléaire de Penly commence à
mesurer les risques encourus par ses troupes qui ont fait intrusion avant laube dans
ce site extrêmement sensible. Pendant quil hésite à donner le signal du repli,
deux pompiers descendent en rappel le bâtiment réacteur de la tranche 1 pour intercepter
le « monte en lair » de Greenpeace qui y est accroché depuis environ deux heures.
Dautres escaladent la cheminée de la tranche 2 pour également mettre un terme aux
acrobaties dun militant qui a réussi à y prendre pied.
Il était 7 heures du matin, jeudi, quand une quarantaine de militants de
Greenpeace ont investi le site hyper-surveillé de la centrale nucléaire. Ils ont réussi
à forcer lenceinte élargie du site en y pénétrant « par trois endroits
différents » selon leur porte-parole, Frédéric Marillier qui centralisait une partie
des opérations depuis la plage de Saint-Martin-en-Campagne. Cest dailleurs
par cette plage, mais aussi par celle de Penly et par le haut des falaises, que les
militants kamikazes ont réussi à pénétrer sur le site interdit.
Une vingtaine dentre eux serait même parvenue au pied des bâtiments
réacteurs, les endroits les plus sensibles dune centrale nucléaire. Ce qui est
sûr, cest que deux écolos ont réussi à grimper sur un des deux dômes de béton
qui abritent les réacteurs, et sur la cheminée de lautre doù ils ont été
délogés par les gendarmes. Car sitôt lalerte donnée, cest un
impressionnant dispositif de gendarmes et de pompiers qui, par le funiculaire, a
pénétré à son tour au cur du site pour faire la chasse aux trublions. Tout le
périmètre a été circonscrit, et il fallait montrer patte blanche pour seulement
lapprocher.
Arrestation de 20 militants de
sept pays
Avec laide des pompiers du groupement de recherche et
dintervention en milieu périlleux (GRIMP), les deux « alpinistes » ont été
délogés, et tous ceux qui se trouvaient dans le périmètre interdit emmenés au poste.
Cest que la gendarmerie ne plaisante pas avec ce genre dintrusion, en plein
plan vigipirate renforcé. Dautant que parmi les intrus, il y avait bon nombre de
militants écolos étrangers, venus de Finlande (où Areva envisage dexpérimenter
le premier réacteur de troisième génération (EPR), mais également de Suède,
dItalie, dAllemagne, dAngleterre, dEspagne et de Belgique.
Pendant ce temps, sur la plage de Saint-Martin-en-Campagne, une douzaine de
militants de Greenpeace, vêtus de combinaisons oranges frappées du logo de leur
organisation, posaient devant huit mini-éoliennes. Venus de sept pays, ils voulaient
délivrer deux messages à lopinion publique européenne juste avant que le
gouvernement français ne donne son feu vert à lEPR : « Une vingtaine dentre
nous ont été arrêtés, mais cela prouve que la sécurité des centrales nucléaires
nest pas totale, puisque nous avons réussi à y pénétrer » estime Frédéric
Marillier. Et dajouter, ironique : « Cest un audit gratuit pour la
population, une démonstration qui parle delle-même ».
Autre leitmotiv : « si au lieu de dépenser des milliards pour le nucléaire,
on dépensait la même somme en éoliennes terrestres et offshores, on produirait deux
fois plus délectricité et cinq fois plus demplois » affirme le
porte-parole. Un point de vue résumé par le slogan de la journée : « Pas dEPR,
du vent ». Et ce matin, il y en avait beaucoup, à tel point que Greenpeace na pas
pu déployer sa banderole...
Briac Trébert et Olivier Bassine
38 interpellations
Les militants de Greenpeace navaient pas beaucoup
dalternative. Une fois entrés sur le site, à 6 h 45, lissue était
inévitable. Larrestation programmée. Les gendarmes étaient mobilisés en nombre,
le groupement de recherche et dintervention en milieu périlleux (Grimp) de Dieppe
était à leurs côtés pour assurer les interpellations, « en douceur », précise la
direction de la centrale de Penly. « La centrale na pas arrêté de fonctionner »,
insiste Alain Peckre, le directeur. Au total, ce serait 38 militants sur la cinquantaine
présente hier matin sur le site et aux abords du site de la centrale électronucléaire
de Penly qui ont été interpellés par les gendarmes. A midi, le site était évacué.
Reste maintenant à connaître les répercussions dune telle manifestation dans ce
lieu à haut risque à lheure où la sécurité de lénergie nucléaire est
sérieusement remise en question à travers lEurope, et, où pays après pays, on
dit « non » au nucléaire.
Vers un nouveau débat sur
lénergie ?
Alors quun débat sur les énergies organisé par le
ministère de lIndustrie vient de sachever, les militants de Greenpeace
montent au créneau. Lopération menée hier matin avait pour but de marquer
lhostilité des écolos face à la relance du nucléaire qui se profile en France.
« Nous demandons à EDF de renoncer à lEPR », expliquait Hendi, un militant
britannique du haut de la falaise de Saint-Martin-en-Campagne alors que dautres
millitants avaient envahi la plage. « Ce projet expérimental que le lobby nucléaire
tente dimposer à Penly, est complètement dépassé », affirme-t-il. Du côté de
la direction de la centrale de Penly qui attend le feu vert du Parlement pour évoquer le
sujet EPR, on sindigne de « lattitude de Greenpeace », préférant un «
débat démocratique sur ce sujet quest lavenir énergétique de notre pays
», commentait hier midi Alain Peckre. Le débat entamé en mars vient pourtant de
sachever avant lautomne. |