Journal du vendredi 28 novembre 2003

Gardes de nuit à l'hôpital de Dieppe
SOS infirmières !

Aujourd’hui, il leur arrive d’assurer seules les nuits de deux services hospitaliers à la fois. Soit une seule infirmière pour soixante lits. Quand elles passeront à 32 h 30 par semaine au lieu de 35 heures actuellement, les infirmières de nuit craignent une surcharge d’activité et réclament l’embauche de neuf personnes supplémentaires pour assurer convenablement les gardes.

Il nous arrive déjà d’être une seule pour assurer la garde de nuit de deux services en même temps, soit jusqu’à soixante malades à la fois. Quand notre horaire sera ramené à 32 h 30 au lieu de 35 heures, ce sera encore pire si la direction ne prévoit pas d’embauches ». Le personnel de nuit de l’hôpital de Dieppe, infirmières et aides-soignantes, est inquiet. Alors que le débat sur les moyens accordés par les pouvoirs publics à la Santé s’est ouvert tragiquement avec la canicule d’août dernier, les infirmières et infirmiers de l’hôpital craignent de ne plus pouvoir faire face.

« Pour l’instant, il n’y a pas encore eu de casse, mais on croise les doigts pour que cela n’arrive pas » lance Bruno Ricque, le représentant de la CGT. Et d’ajouter : « Le CHU Charles-Nicolle de Rouen admet aujourd’hui soixante morts liées à la canicule ». Les mots et les exemples ne manquent pas de force pour évoquer les craintes liées à la réduction du temps de travail s’il n’y a pas d’embauches compensatoires. « Aux urgences, j’ai vu un patient arriver à 6 heures du matin et attendre sur un vieux brancard d’après-guerre jusqu’à 21 heures le soir avant d’être pris en charge » affirme cette infirmière. « Une attente insupportable, sans compter l’inconfort du brancard étroit, avec les risques d’escarres. Et tout ça à cause d’un manque de lits à ce moment-là ».

Autre exemple qui tend à démontrer par l’absurde certains cas de « surcharge », cette histoire d’une patiente venue au service gastro-entérologie pour y suivre un traitement de chimiothérapie. « Comme il n’y avait pas de lit disponible, on a dû l’installer dans un fauteuil, dans une chambre dont les deux lits étaient déjà occupés par les malades. Et c’est sur ce fauteuil qu’elle a subi son traitement. Elle est venue une fois, elle ne reviendra pas » s’indigne cette autre infirmière.

« Charge de travail trop lourde »

Cela étant, il serait faux d’affirmer que ces situations extrêmes sont le lot quotidien des personnels de santé de l’hôpital. Mais elles démontrent en tout cas qu’en cas de pic d’activité, l’hôpital, à Dieppe ou ailleurs, tente déjà de faire face vaille que vaille. Qu’en sera-t-il alors, quand le temps de travail des personnels de nuit, infirmières, aides-soignantes, brancardiers... sera réduit de 35 heures à 32 h 30 ? « Pour compenser les cent heures annuelles en moins par personne, il faudrait embaucher neuf personnes et demie » affirment Bruno Ricque (CGT) et Michèle Lemaître (CFDT).

Pour permettre au personnel de réduire son temps de travail, la direction a également prévu de réduire le temps de « chevauchement » (le moment de passation des informations le soir entre les équipes de jour et de nuit) de une demi-heure à un quart d’heure. « On nous a déjà fait le coup en janvier 2002, quand les équipes de jour sont passées de 39 à 35 heures. Maintenant, ça va être au tour des équipes de nuit » se plaignent les personnels soignants.

Le mardi 25 novembre, une dizaine d’agents hospitaliers se sont rassemblés dans les locaux syndicaux à l’appel de la CGT et de FO. Ils réclament à la direction la création de neuf postes et demi, le maintien des « chevauchements » à trente minutes et l’attribution de dix repos aux agents de nuit. « Actuellement, la charge de travail la nuit est lourde et l’équipe de tournantes est insuffisante pour faire face aux maladies, congés et absences » ajoute le texte qui réclame qu’une délégation soit reçue le jeudi 4 décembre par la direction. « Nous ne voulons pas que la RTT se traduise pour nous par une dégradation de nos conditions de travail ».

La direction de l’hôpital, pour sa part, a fait remonter la demande de création de cinq postes supplémentaires à l’agence régionale d’hospitalisation (ARH), et s’étonne que l’accord signé « au moins par FO et qui n’était pas contesté au comité technique d’octobre » soit aujourd’hui remis en cause. Cela étant, le directeur par intérim, Maurice Epaillard, « n’estime pas qu’il y a un personnel pléthorique à l’hôpital de Dieppe ». En clair : l’ARH serait bien avisée d’au moins prendre en compte les demandes budgétaires pour 2004. Mais pour les personnels, ce serait même insuffisant.

O.B.

A l’agence régionale d’hospitalisation

« Des moyens supplémentaires
ont été accordés sur trois ans »

Nous avons attribué aux hôpitaux des moyens supplémentaires répartis sur trois années pour compenser l’accord de réduction du temps de travail » répond Christian Dubosc, directeur de l’agence régionale d’hospitalisation, l’homme qui gère la répartition des crédits de la Santé sur les établissements de Haute-Normandie. « Cela a commencé en 2002, quand les personnels de jour sont passés de 39 à 35 heures. Puis cela a continué en 2003, et un dernier recrutement est prévu en 2004, pour le passage des personnels de nuit de 35 heures à 32 h 30 ».

Admettant qu’il « peut y avoir un peu de temps entre le moment où le poste est ouvert et celui où il est effectivement occupé par un agent », le patron de l’ARH se veut rassurant. Il indique par exemple que « ce plan de recrutement sur trois ans a fait passer de 540 à 860 le nombre de personnes formées en école d’infirmière, et ce chiffre passera même à 945 l’an prochain ». Un recrutement dont on ne devrait voir les effets - après le temps de formation - « qu’à partir de décembre 2003 ». On y est donc...

Cela étant, Christian Dubosc, lorsque nous évoquons les problèmes soulevés à l’hôpital de Dieppe, déclare ne chercher « ni à rassurer, ni à alarmer. Sur l’ensemble de la région, nous n’avons pas de signaux faisant état de difficultés régionales sur le sujet du recrutement (référence à la nécessité de recruter des infirmières espagnoles dans certaines régions), à l’exception de quelques cas ponctuels ». Quant à l’hôpital de Dieppe lui-même, « s’il peut arriver qu’il y ait des pics d’activité, il fonctionne plutôt mieux qu’en 1995 où il était au creux de la vague, et nous continuons à le rénover et à le développer, en aménageant par exemple prochainement un nouveau plateau chirurgical ». Et si la RTT pose problème au personnel surchargé, « s’il n’est pas possible de passer immédiatement à 32 h 30 la nuit, le recours aux heures supplémentaires sera possible en 2004 ».


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