| Aujourdhui, il leur arrive
dassurer seules les nuits de deux services hospitaliers à la fois. Soit une seule
infirmière pour soixante lits. Quand elles passeront à 32 h 30 par semaine au lieu de 35
heures actuellement, les infirmières de nuit craignent une surcharge dactivité et
réclament lembauche de neuf personnes supplémentaires pour assurer convenablement
les gardes. Il nous arrive déjà dêtre une seule pour
assurer la garde de nuit de deux services en même temps, soit jusquà soixante
malades à la fois. Quand notre horaire sera ramené à 32 h 30 au lieu de 35 heures, ce
sera encore pire si la direction ne prévoit pas dembauches ». Le personnel de
nuit de lhôpital de Dieppe, infirmières et aides-soignantes, est inquiet. Alors
que le débat sur les moyens accordés par les pouvoirs publics à la Santé sest
ouvert tragiquement avec la canicule daoût dernier, les infirmières et infirmiers
de lhôpital craignent de ne plus pouvoir faire face.
« Pour linstant, il ny a pas encore eu de casse, mais on croise
les doigts pour que cela narrive pas » lance Bruno Ricque, le représentant de
la CGT. Et dajouter : « Le CHU Charles-Nicolle de Rouen admet aujourdhui
soixante morts liées à la canicule ». Les mots et les exemples ne manquent pas de
force pour évoquer les craintes liées à la réduction du temps de travail sil
ny a pas dembauches compensatoires. « Aux urgences, jai vu un
patient arriver à 6 heures du matin et attendre sur un vieux brancard
daprès-guerre jusquà 21 heures le soir avant dêtre pris en charge »
affirme cette infirmière. « Une attente insupportable, sans compter linconfort
du brancard étroit, avec les risques descarres. Et tout ça à cause dun
manque de lits à ce moment-là ».
Autre exemple qui tend à démontrer par labsurde certains cas de «
surcharge », cette histoire dune patiente venue au service gastro-entérologie
pour y suivre un traitement de chimiothérapie. « Comme il ny avait pas de lit
disponible, on a dû linstaller dans un fauteuil, dans une chambre dont les deux
lits étaient déjà occupés par les malades. Et cest sur ce fauteuil quelle
a subi son traitement. Elle est venue une fois, elle ne reviendra pas »
sindigne cette autre infirmière.
« Charge de travail trop lourde
»
Cela étant, il serait faux daffirmer que ces
situations extrêmes sont le lot quotidien des personnels de santé de lhôpital.
Mais elles démontrent en tout cas quen cas de pic dactivité,
lhôpital, à Dieppe ou ailleurs, tente déjà de faire face vaille que vaille.
Quen sera-t-il alors, quand le temps de travail des personnels de nuit,
infirmières, aides-soignantes, brancardiers... sera réduit de 35 heures à 32 h 30 ? «
Pour compenser les cent heures annuelles en moins par personne, il faudrait embaucher neuf
personnes et demie » affirment Bruno Ricque (CGT) et Michèle Lemaître (CFDT).
Pour permettre au personnel de réduire son temps de travail, la direction a
également prévu de réduire le temps de « chevauchement » (le moment de
passation des informations le soir entre les équipes de jour et de nuit) de une
demi-heure à un quart dheure. « On nous a déjà fait le coup en janvier 2002,
quand les équipes de jour sont passées de 39 à 35 heures. Maintenant, ça va être au
tour des équipes de nuit » se plaignent les personnels soignants.
Le mardi 25 novembre, une dizaine dagents hospitaliers se sont rassemblés
dans les locaux syndicaux à lappel de la CGT et de FO. Ils réclament à la
direction la création de neuf postes et demi, le maintien des « chevauchements »
à trente minutes et lattribution de dix repos aux agents de nuit. «
Actuellement, la charge de travail la nuit est lourde et léquipe de tournantes est
insuffisante pour faire face aux maladies, congés et absences » ajoute le texte qui
réclame quune délégation soit reçue le jeudi 4 décembre par la direction. «
Nous ne voulons pas que la RTT se traduise pour nous par une dégradation de nos
conditions de travail ».
La direction de lhôpital, pour sa part, a fait remonter la demande de
création de cinq postes supplémentaires à lagence régionale
dhospitalisation (ARH), et sétonne que laccord signé « au moins
par FO et qui nétait pas contesté au comité technique doctobre » soit
aujourdhui remis en cause. Cela étant, le directeur par intérim, Maurice
Epaillard, « nestime pas quil y a un personnel pléthorique à
lhôpital de Dieppe ». En clair : lARH serait bien avisée dau
moins prendre en compte les demandes budgétaires pour 2004. Mais pour les personnels, ce
serait même insuffisant.
O.B.
A lagence régionale
dhospitalisation
« Des moyens supplémentaires
ont été accordés sur trois ans »
Nous avons attribué aux hôpitaux des moyens
supplémentaires répartis sur trois années pour compenser laccord de réduction du
temps de travail » répond Christian Dubosc, directeur de lagence régionale
dhospitalisation, lhomme qui gère la répartition des crédits de la Santé
sur les établissements de Haute-Normandie. « Cela a commencé en 2002, quand les
personnels de jour sont passés de 39 à 35 heures. Puis cela a continué en 2003, et un
dernier recrutement est prévu en 2004, pour le passage des personnels de nuit de 35
heures à 32 h 30 ».
Admettant quil « peut y avoir un peu de temps entre le moment où le
poste est ouvert et celui où il est effectivement occupé par un agent », le patron
de lARH se veut rassurant. Il indique par exemple que « ce plan de recrutement
sur trois ans a fait passer de 540 à 860 le nombre de personnes formées en école
dinfirmière, et ce chiffre passera même à 945 lan prochain ». Un
recrutement dont on ne devrait voir les effets - après le temps de formation - «
quà partir de décembre 2003 ». On y est donc...
Cela étant, Christian Dubosc, lorsque nous évoquons les problèmes soulevés
à lhôpital de Dieppe, déclare ne chercher « ni à rassurer, ni à alarmer.
Sur lensemble de la région, nous navons pas de signaux faisant état de
difficultés régionales sur le sujet du recrutement (référence à la nécessité de
recruter des infirmières espagnoles dans certaines régions), à lexception de
quelques cas ponctuels ». Quant à lhôpital de Dieppe lui-même, «
sil peut arriver quil y ait des pics dactivité, il fonctionne plutôt
mieux quen 1995 où il était au creux de la vague, et nous continuons à le
rénover et à le développer, en aménageant par exemple prochainement un nouveau plateau
chirurgical ». Et si la RTT pose problème au personnel surchargé, « sil
nest pas possible de passer immédiatement à 32 h 30 la nuit, le recours aux heures
supplémentaires sera possible en 2004 ». |