Journal du 30 décembre 2003

Lutte contre les maladies nosocomiales
Un nouveau cas de pneumopathie
à l'hôpital de Saint-Valery

En trois jours, la semaine dernière, quatre personnes sont décédées à l’hôpital de Saint-Valery-en-Caux. C’est un pneumocoque qui aurait pu causer le décès de ces personnes jugées « très fragiles.» Aujourd’hui, la situation est maîtrisée, et les autres patients sont traités sous antibiotiques. Seuls deux ont encore de la fièvre. Mais cette alerte relance le débat sur ces maladies contractées à l’hôpital. Enquête à Dieppe.

Une personne est décédée le dimanche 21 décembre puis trois autres dans la nuit du 22 au 23. Depuis ces décès inhabituels (voir notre édition du vendredi 26 décembre), l’hôpital local de Saint-Valery-en-Caux est toujours sous surveillance.

Il semble que les risques de nouveaux décès soient écartés aujourd’hui, bien que dix-huit patients soient toujours sous antibiotiques. Les premiers prélèvements d’urine, de sang et de muqueuse analysés en fin de semaine dernière à Dieppe, Rouen et Paris semblent montrer que deux malades sur les quatre décédés auraient été en contact avec un germe responsable d’une pneumopathie. Ces deux patients partageaient la même chambre.

Mais les analyses réalisées depuis ne confirment pas cette hypothèse. Une hypothèse, donc, qui reste cependant « forte » selon le docteur Richard Léry de la DDASS. Mais une hypothèse seulement. Ce pneumocoque peut avoir été contracté par contact avec des personnes venues de l’extérieur, mais l’hypothèse d’une maladie nosocomiale, interne à l’hôpital, n’est à ce jour pas exclue.

« Nous avons tout de suite écarté les possibilités de grippe et de légionellose », souligne Catherine Beyl, cadre infirmier. « Et nous avons pris toutes les dispositions nécessaires », ajoute Martial Blanquet, directeur de l’hôpital de Saint-Valery-en-Caux.

La direction départementale des affaires sanitaires et sociales de Seine-Maritime (DDASS) a, sitôt l’alerte donnée concernant ces quatre morts suspectes, immédiatement mis en place une cellule de veille sous le contrôle de l’Institut national de veille sanitaire.

Plusieurs services de santé se sont mobilisés également : le centre national de référence pour la grippe, le bureau des alertes de la direction générale de la santé et le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) de Saint-Valery. Ce dernier a reçu le soutien de celui du centre hospitalier de Dieppe, l’établissement de référence de l’hôpital local de Saint-Valery-en-Caux.

Une antibiothérapie efficace

L’affection contagieuse, qui a entraîné la mort de quatre personnes âgées de 68 à 97 ans, semble aujourd’hui contenue. Même si son origine reste à déterminer par les autorités sanitaires.

Les symptômes qui ont alerté le personnel médical de l’établissement disposant de cent trois lits (forte fièvre, encombrement pulmonaire important, difficulté respiratoire) se sont atténués chez les patients qui inspiraient de l’inquiétude, grâce à une antibiothérapie adaptée suggérée par le médecin de l’hôpital de Dieppe qui soignait nombre des patients infectés.

Un nouveau cas a cependant été constaté dans la nuit de dimanche à lundi. Une pensionnaire de 80 ans a, à son tour, été mise sous antibiotiques. Lundi, elle restait avec seulement une autre des dix-sept personnes soignées, la seule à avoir encore de la fièvre.

A l’heure où des cas de maladies nosocomiales, ces bactéries contractées à l’hôpital par des malades fragilisés, se multiplient dans le pays - comme à l’hôpital Henri-Mondor de Créteil (94) où quatre morts suspectes ont fait l’objet d’une alerte - la question de l’hygiène dans les établissements de soins devient de plus en plus obsédante.

Quelles sont les mesures à prendre en temps normal par les personnels soignants ? Quelles sont les mesures d’urgence en cas de décès suspects ?

L’hôpital de Dieppe ayant lui aussi son comité de lutte contre les infections nosocomiales, nous y avons enquêté afin de savoir quelles prescriptions ont été prises depuis la « crise » de Saint-Valery-en-Caux, et quelles sont les contraintes pour le personnel dans la gestion quotidienne des soins. Des prescriptions contraignantes, certes, mais vitales pour les patients.

On rentre en effet à l’hôpital pour tenter de se faire soigner d’une maladie, pas pour en contracter une autre qui peut s’avérer mortelle.

B.T. et O.B.

Pneumopathie d’origine bactérienne ?

Sur deux des quatre malades décédés, les toutes premières analyses ont révélé la présence d’un germe à pneumocoques, responsable des ennuis bronchiques, puis du décès des malades concernés, déjà fragilisés par leur âge et leur état de santé. Mais les analyses effectuées ensuite vendredi et lundi n’ont pas pu être aussi catégoriques.

Tout reste donc possible : maladie nosocomiale ou contractée par une contagion naturelle venue de l’extérieur, pneumocoques ou virus, germe unique ou venus de plusieurs sources en même temps et qui auraient provoqué cette vague de malades et de décès ? En attendant, si quatre malades sont décédés, si les dix-huit autres présentant des symptômes identiques ont vu leur état s’améliorer grâce aux antibiotiques (à l’exception de deux malades dont la fièvre n’est pas encore retombée), l’hôpital de Saint-Valery reste sous surveillance.

A l’hôpital de Dieppe
Prévenir les risques au quotidien

A l’hôpital de Dieppe, c’est l’équipe du Comité de lutte contre les maladies nosocomiales qui travaille au quotidien à faire appliquer les règles d’hygiène. Elle doit prévenir les risques et gérer les alertes.

Lutter au jour le jour contre des ennemis invisibles : les bactéries, les virus et autres facteurs d’infection. Voilà la lourde tâche de l’équipe du Comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN), de l’hôpital de Dieppe. Un praticien, un cadre supérieur de santé et deux infirmières travaillent quotidiennement à la mise en place de protocoles, de séries de mesures adaptées à chaque service selon les gestes exécutés... pour éviter que les patients ne soient contaminés lors de leur séjour. Dans les différents secteurs du centre hospitalier, ils sont relayés par des infirmières et des médecins référents régulièrement formés à l’hygiène. « Car le risque zéro n’existe pas », souligne le docteur Berthelot, chef du service de micro-biologie et président du CLIN.

En dehors des protocoles précis selon les gestes exécutés, il y a à la base des règles d’hygiène identiques pour tout le personnel soignant : le lavage des mains en est le principal exemple. « Il fait partie intégrante des soins », note le médecin. Si une infirmière se lavait les mains autant de fois qu’il est nécessaire, « elle y passerait deux heures sur ses huit heures de travail. Pour éviter que cela ne prenne autant de temps, elle peut également utiliser une solution hydro-alcoolique, qui lui évite de se rendre à chaque fois au point d’eau », note Marie-Claire Vacandare, infirmière-hygiéniste.

« Des contrôles de l’environnement, c’est à dire des prélèvements d’air et des surfaces, sont également régulièrement réalisés et analysés au laboratoire de l’hôpital », explique-t-elle. En cas d’alerte, l’équipe du Clin intervient dans le service. Le malade est placé à l’isolement et l'infirmière-hygiéniste examine avec le personnel le respect de la procédure et le conseille selon la situation.

« L’hygiène est l’affaire de tous »

Des efforts financiers sont réalisés pour aider à la lutte contre ces maladies nosocomiales. « Par exemple pour lutter contre les risques de légionellose, il y a quatre ans nous avons refait le réseau de distribution d’eau pour un million de francs », souligne Maurice Epaillard, le directeur par intérim de l’hôpital. De même, le matériel à usage unique est favorisé, les points d’eau pour se laver les mains ont été multipliés.

Un seul mot d’ordre dans l’établissement : « L’hygiène est l’affaire de tous ». C’est sur ce point que le docteur Berthelot insiste. Car « l’infection peut venir de l’extérieur », note-t-il. « Et la présomption de responsabilité de l’hôpital n’est jamais facile à inverser », reprend le directeur. Difficile de prouver que l’agent infectieux a été véhiculé par un visiteur... Sachant en plus qu’avec la forte utilisation d’antibiotiques, « certaines bactéries sont aujourd’hui beaucoup plus résistantes. On en trouve à l’hôpital mais aussi en ville », explique-t-il. C’est pourquoi désormais de grands panneaux dans chaque service demandent aux visiteurs de faire un effort : de ne pas apporter de fleurs, de ne pas s’asseoir sur les lits, de ne pas amener d’enfants de moins de 12 ans...

Véronique Guiborel


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