| En trois jours, la semaine dernière,
quatre personnes sont décédées à lhôpital de Saint-Valery-en-Caux. Cest
un pneumocoque qui aurait pu causer le décès de ces personnes jugées « très
fragiles.» Aujourdhui, la situation est maîtrisée, et les autres patients sont
traités sous antibiotiques. Seuls deux ont encore de la fièvre. Mais cette alerte
relance le débat sur ces maladies contractées à lhôpital. Enquête à Dieppe. Une
personne est décédée le dimanche 21 décembre puis trois autres dans la nuit du 22 au
23. Depuis ces décès inhabituels (voir notre édition du vendredi 26 décembre),
lhôpital local de Saint-Valery-en-Caux est toujours sous surveillance.
Il semble que les risques de nouveaux décès soient écartés aujourdhui,
bien que dix-huit patients soient toujours sous antibiotiques. Les premiers prélèvements
durine, de sang et de muqueuse analysés en fin de semaine dernière à Dieppe,
Rouen et Paris semblent montrer que deux malades sur les quatre décédés auraient été
en contact avec un germe responsable dune pneumopathie. Ces deux patients
partageaient la même chambre.
Mais les analyses réalisées depuis ne confirment pas cette hypothèse. Une
hypothèse, donc, qui reste cependant « forte » selon le docteur Richard Léry de la
DDASS. Mais une hypothèse seulement. Ce pneumocoque peut avoir été contracté par
contact avec des personnes venues de lextérieur, mais lhypothèse dune
maladie nosocomiale, interne à lhôpital, nest à ce jour pas exclue.
« Nous avons tout de suite écarté les possibilités de grippe et de
légionellose », souligne Catherine Beyl, cadre infirmier. « Et nous avons pris toutes
les dispositions nécessaires », ajoute Martial Blanquet, directeur de lhôpital de
Saint-Valery-en-Caux.
La direction départementale des affaires sanitaires et sociales de
Seine-Maritime (DDASS) a, sitôt lalerte donnée concernant ces quatre morts
suspectes, immédiatement mis en place une cellule de veille sous le contrôle de
lInstitut national de veille sanitaire.
Plusieurs services de santé se sont mobilisés également : le centre national
de référence pour la grippe, le bureau des alertes de la direction générale de la
santé et le comité de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN) de Saint-Valery.
Ce dernier a reçu le soutien de celui du centre hospitalier de Dieppe,
létablissement de référence de lhôpital local de Saint-Valery-en-Caux.
Une antibiothérapie efficace
Laffection contagieuse, qui a entraîné la mort de
quatre personnes âgées de 68 à 97 ans, semble aujourdhui contenue. Même si son
origine reste à déterminer par les autorités sanitaires.
Les symptômes qui ont alerté le personnel médical de létablissement
disposant de cent trois lits (forte fièvre, encombrement pulmonaire important,
difficulté respiratoire) se sont atténués chez les patients qui inspiraient de
linquiétude, grâce à une antibiothérapie adaptée suggérée par le médecin de
lhôpital de Dieppe qui soignait nombre des patients infectés.
Un nouveau cas a cependant été constaté dans la nuit de dimanche à lundi.
Une pensionnaire de 80 ans a, à son tour, été mise sous antibiotiques. Lundi, elle
restait avec seulement une autre des dix-sept personnes soignées, la seule à avoir
encore de la fièvre.
A lheure où des cas de maladies nosocomiales, ces bactéries contractées
à lhôpital par des malades fragilisés, se multiplient dans le pays - comme à
lhôpital Henri-Mondor de Créteil (94) où quatre morts suspectes ont fait
lobjet dune alerte - la question de lhygiène dans les établissements
de soins devient de plus en plus obsédante.
Quelles sont les mesures à prendre en temps normal par les personnels soignants
? Quelles sont les mesures durgence en cas de décès suspects ?
Lhôpital de Dieppe ayant lui aussi son comité de lutte contre les
infections nosocomiales, nous y avons enquêté afin de savoir quelles prescriptions ont
été prises depuis la « crise » de Saint-Valery-en-Caux, et quelles sont les
contraintes pour le personnel dans la gestion quotidienne des soins. Des prescriptions
contraignantes, certes, mais vitales pour les patients.
On rentre en effet à lhôpital pour tenter de se faire soigner dune
maladie, pas pour en contracter une autre qui peut savérer mortelle.
B.T. et O.B.
Pneumopathie dorigine
bactérienne ?
Sur deux des quatre malades décédés, les toutes
premières analyses ont révélé la présence dun germe à pneumocoques,
responsable des ennuis bronchiques, puis du décès des malades concernés, déjà
fragilisés par leur âge et leur état de santé. Mais les analyses effectuées ensuite
vendredi et lundi nont pas pu être aussi catégoriques.
Tout reste donc possible : maladie nosocomiale ou contractée par une contagion
naturelle venue de lextérieur, pneumocoques ou virus, germe unique ou venus de
plusieurs sources en même temps et qui auraient provoqué cette vague de malades et de
décès ? En attendant, si quatre malades sont décédés, si les dix-huit autres
présentant des symptômes identiques ont vu leur état saméliorer grâce aux
antibiotiques (à lexception de deux malades dont la fièvre nest pas encore
retombée), lhôpital de Saint-Valery reste sous surveillance.
A lhôpital
de Dieppe
Prévenir les risques au quotidien
A lhôpital de Dieppe, cest
léquipe du Comité de lutte contre les maladies nosocomiales qui travaille au
quotidien à faire appliquer les règles dhygiène. Elle doit prévenir les risques
et gérer les alertes.
Lutter au jour le jour contre des ennemis invisibles : les bactéries, les virus
et autres facteurs dinfection. Voilà la lourde tâche de léquipe du Comité
de lutte contre les infections nosocomiales (CLIN), de lhôpital de Dieppe. Un
praticien, un cadre supérieur de santé et deux infirmières travaillent quotidiennement
à la mise en place de protocoles, de séries de mesures adaptées à chaque service selon
les gestes exécutés... pour éviter que les patients ne soient contaminés lors de leur
séjour. Dans les différents secteurs du centre hospitalier, ils sont relayés par des
infirmières et des médecins référents régulièrement formés à lhygiène. «
Car le risque zéro nexiste pas », souligne le docteur Berthelot, chef du service
de micro-biologie et président du CLIN.
En dehors des protocoles précis selon les gestes exécutés, il y a à la base
des règles dhygiène identiques pour tout le personnel soignant : le lavage des
mains en est le principal exemple. « Il fait partie intégrante des soins », note le
médecin. Si une infirmière se lavait les mains autant de fois quil est
nécessaire, « elle y passerait deux heures sur ses huit heures de travail. Pour éviter
que cela ne prenne autant de temps, elle peut également utiliser une solution
hydro-alcoolique, qui lui évite de se rendre à chaque fois au point deau », note
Marie-Claire Vacandare, infirmière-hygiéniste.
« Des contrôles de lenvironnement, cest à dire des prélèvements
dair et des surfaces, sont également régulièrement réalisés et analysés au
laboratoire de lhôpital », explique-t-elle. En cas dalerte, léquipe
du Clin intervient dans le service. Le malade est placé à lisolement et
l'infirmière-hygiéniste examine avec le personnel le respect de la procédure et le
conseille selon la situation.
« Lhygiène est
laffaire de tous »
Des efforts financiers sont réalisés pour aider à la
lutte contre ces maladies nosocomiales. « Par exemple pour lutter contre les risques de
légionellose, il y a quatre ans nous avons refait le réseau de distribution deau
pour un million de francs », souligne Maurice Epaillard, le directeur par intérim de
lhôpital. De même, le matériel à usage unique est favorisé, les points
deau pour se laver les mains ont été multipliés.
Un seul mot dordre dans létablissement : « Lhygiène est
laffaire de tous ». Cest sur ce point que le docteur Berthelot insiste. Car
« linfection peut venir de lextérieur », note-t-il. « Et la présomption
de responsabilité de lhôpital nest jamais facile à inverser », reprend le
directeur. Difficile de prouver que lagent infectieux a été véhiculé par un
visiteur... Sachant en plus quavec la forte utilisation dantibiotiques, «
certaines bactéries sont aujourdhui beaucoup plus résistantes. On en trouve à
lhôpital mais aussi en ville », explique-t-il. Cest pourquoi désormais de
grands panneaux dans chaque service demandent aux visiteurs de faire un effort : de ne pas
apporter de fleurs, de ne pas sasseoir sur les lits, de ne pas amener denfants
de moins de 12 ans...
Véronique Guiborel |