| Elle est lune des plus
mystérieuses affaires du siècle. Aujourdhui encore, chacun a son idée sur ce qui
a bien pu se passer dans la nuit du 4 au 5 août 1952 au bord de la RN 96 dans les Alpes
de Haute-Provence à 150 m de la ferme de la famille Dominici. Si TF 1 a pris le parti de
suivre la thèse de William Reymond et donc de présenter, hier soir et lundi prochain, un
Gaston Dominici non coupable, la chaîne a également chargé une équipe de journalistes
denquêter sur la thèse retenue de lespionnage. Une enquête quils ont
commencée à Dieppe
Pour débuter notre enquête, nous
sommes partis de la dernière phrase du livre de William Reymond qui se demande «
Pourquoi la police française na jamais enquêté sur le meurtre de la secrétaire
particulière de Drummond, June Marshall retrouvée noyée dans le port de Dieppe ».
Comme de nombreux Français, laffaire Dominici a passionné Madeleine Sultan,
co-auteur du documentaire « Laffaire Dominici : ses mystères, ses impasses, ses
mensonges ». Cest donc avec enthousiasme que la journaliste et Jean-Charles Deniau,
co-auteur, ont répondu à la demande de la chaîne Odyssée, une filiale de TF 1 qui
souhaitait compléter le téléfilm dune enquête sur la thèse avancée dun
Jack Drummond, lune des trois victimes, agent secret anglais.
Loin de la commune de Lurs où Jack Drummond, son épouse et sa petite fille de
10 ans ont été assassinés, les journalistes débuteront leur enquête à Dieppe en
suivant la dernière phrase du livre de William Reymond, dont la thèse a séduit et dont
les droits ont été achetés par TF 1.
« Lidée de départ était de voir les faits et de retrouver les témoins
pour compléter le téléfilm, indique Madeleine Sultan. Après que les téléspectateurs
ont vu la fiction sur la thèse de lespionnage, nous voulions observer la réalité
avec tous ses points dinterrogation. » Les journalistes enquêteurs iront pourtant
beaucoup plus loin en vérifiant si Jack Drummond était bien, comme le soutient William
Reymond dans son livre « Dominici non coupable, les assassins retrouvés », un agent
secret anglais. Ce qui impliquerait que le massacre aurait été le résultat dun
règlement de comptes.
La thèse
de lespionnage démontée à Dieppe
Les journalistes arrivent donc à Dieppe pour retrouver la
trace de June Marshall qui aurait été la secrétaire particulière de Drummond et qui
aurait été retrouvée noyée dans le port de Dieppe. Ils fouillent dans les archives,
sattardant sur la rubrique « Faits divers » des Infos en 1955. Ils ny
trouveront rien. Ensuite, ils observent toute la documentation que contient le fonds
ancien sur cette année-là. Ils retrouveront bien une Jeannett Marshall, une Anglaise
assassinée entre Dieppe et Amiens. Cette jeune institutrice de Nottingham, voisine des
Drummond, a été tuée par un maniaque sexuel, repris de justice qui a avoué le meurtre.
Rien à voir avec la thèse soutenue par William Reymond : « Dieppe nous a
permis de commencer à démonter la thèse de lespionnage. »
De la cité de Duquesne, les journalistes partiront dans toutes les directions,
chacune sajoutant à la piste dieppoise pour réduire à néant lidée
dun Jack Drummond espion : « Jean-Charles Deniau a réalisé de nombreux
documentaires en Russie. Nous avons donc rencontré un ancien officier du KGB en poste à
Londres dans les années cinquante et actuellement à la retraite. Il a vérifié dans les
archives et na rien trouvé sur Drummond, un scientifique anglais, spécialiste de
la nutrition » explique Madeleine Sultan.
Lhomme a notamment mis au point les aliments de survie pour toutes les
personnes sortant des camps de concentration après la Seconde Guerre mondiale, mais
également spécialiste de produits chimiques tels quen produit une usine de Lurs.
Cinquante ans après le drame (voir par ailleurs), les journalistes avancent
donc une première hypothèse pour expliquer la présence de Jack Drummond à Lurs en ce
début août 1952.
Dans leur documentaire, les enquêteurs interrogent les descendants des témoins
et notamment le motocycliste qui a prévenu les gendarmes juste après la découverte des
corps par Gustave Dominici, le fils de Gaston. Ils donneront également la parole aux
membres de la famille Dominici dont le petit-fils, Alain, se bat encore pour innocenter
Gaston.
Aujourdhui, cinquante ans après le triple meurtre, passion et mystère
entourent encore le drame, certains témoins choisissant de se taire ou ayant emporté la
vérité dans la mort.
A lheure où le mystère Dominici na jamais été élucidé, TF 1
relance laffaire.
S. B.
Retour sur les
lieux du crime
Dans la nuit du 4 au 5 août 1952, à 1 h 30, des coups de
feu résonnent au bord de la nationale 96 à une centaine de mètres de la ferme des
Dominici, « Le Grand air ». La famille Drummond, le père, un scientifique anglais
anobli, son épouse et leur petite fille de 10 ans, viennent dêtre assassinés.
Juliette aura le crâne fracassé de deux coups de crosse, sa maman mourra derrière la
voiture tandis que son papa, touché à la main aura le temps de traverser la route avant
de recevoir une balle dans le dos. Cest Gustave, au petit matin qui trouvera le
corps de la petite fille. Il hèle un motocycliste qui préviendra les gendarmes. Au «
Grand air » personne na rien vu ni entendu. La famille Dominici sinquiétait
plutôt dun champ, trop arrosé la veille et qui menaçait de sébouler sur la
voie de chemin de fer et ainsi de stopper la micheline.
Une enquête embrouillée
Lorsque les gendarmes arrivent sur les lieux du triple
crime, ils ninstallent pas de périmètre de sécurité. Les curieux fouillent dans
la voiture sans prendre garde aux empreintes. Alerté, le commissaire Edmond Sébeille de
la police judiciaire de Marseille narrivera à Lurs que vers 17 heures. Il affirmera
: « Cétait la foire » avant que Scotland Yard ne débarque.
Larme du crime sera retrouvée dans un bras mort de la Durance qui passe
juste derrière la ferme des Dominici. Personne ne la reconnaîtra et pourtant, elle
semble provenir de la remise de la « Grand air ».
Les témoins semmêlent
Le motocycliste qui préviendra la gendarmerie assure que
Gustave est sorti de derrière la voiture alors que le fils de Gaston Dominici assurera
être devant la voiture. Paul Maillet, un poseur de voie ami de Gustave, qui, à 93 ans,
témoigne dans le documentaire, indique que Gustave lui a dit que lenfant bougeait
encore lorsquil est arrivé lui, précisant : « Si tu avais entendu ces cris, ces
cris, quelle horreur. ». Des propos que le fils Dominici niera avoir tenus.
Après que Gaston a passé deux mois en prison pour non-assistance à personne
en danger, lenquête reprend. Après une série daveux et contre-aveux à
rendre fous les policiers, Gustave avoue que son père, Gaston, a tué la famille
anglaise. Arrêté, Gaston niera toujours, se confiant pourtant à un vieux gardien de
prison provençal : « Cétait un accident, je les ai fait péter tous les trois ».
Lorsquil faudra le répéter devant le juge dinstruction et le
commissaire, Gaston précisera : « Je suis innocent mais je maccuse pour sauver
lhonneur de ma famille. »
Clovis, le fils aîné, fâché avec son père mais très proche de son jeune
frère, sera le seul à ne jamais changer de thèse, affirmant que son père a tué la
famille Drummond.
Gaston Dominici sera finalement inculpé. Lors dun procès qui a
passionné la France, il sera condamné à mort puis gracié par René Coty. Il sera
libéré en 1962 par le général De Gaulle.
Avec passion
« Personne na jamais pensé quil y avait eu
intention de tuer. Si Gaston a tué, cest un accident sauf peut-être pour la petite
Juliette, achevée puisque témoin de la scène » assure Madeleine Sultan. La journaliste
sétonne de cette enquête si bizarrement réalisée alors que rien ne commence
normalement et que tous mentent. Elle accuse même le commissaire Sébeille davoir
travesti la vérité dans ses mémoires.
Laffaire naura sans doute jamais de fin tant ceux qui savent se
taisent et partent dans la tombe avec leur secret. |