| Cest la première fois que des
escrocs de lélectronique sattaquent à la région dieppoise. En allant faire
leur plein dessence au distributeur par carte bleue de la station Esso, dans la
côte de Rouen, des dizaines de Dieppois, et sans doute autant de visiteurs, ont vu leur
carte bleue copiée et leur compte pillé par des prélèvements effectués à
létranger, au Luxembourg notamment. Plusieurs cas ont
déjà été signalés en France. Mais cest la première fois que le Nord de la
France, a fortiori la région dieppoise, est victime de lhabileté de ces escrocs de
lélectronique qui pillent les comptes en banque.
Avec un matériel très sophistiqué, qui capture le contenu de la piste
magnétique de la carte bancaire et qui lit le code secret, les escrocs pouvaient - à
laide dune machine permettant de graver une nouvelle carte - effectuer des
retraits.
Mais à létranger seulement, car le système utilisé à la station
automatique Esso de la côte de Rouen, à Dieppe, en mai et juin dernier, ne permet pas de
décoder la puce, indispensable pour effectuer un achat en France.
Ils sont donc des dizaines - prévenus pour la plupart par leur banque - dont le
compte a été pillé pour des sommes allant de 100 à 600 euros. Depuis lundi, le
commissariat est assailli de dépôts de plaintes : une vingtaine étaient déjà
enregistrées mercredi soir, et cest sans doute loin dêtre fini.
Car les escrocs qui ont installé leur système sophistiqué à la station Esso
du haut de lavenue Gambetta, ont opéré depuis le milieu du mois de mai
jusquà la fin juin, faisant des dizaines, et sans doute des centaines de victimes
dans la région.
« Jai reçu un coup de fil, puis un courrier de ma banque
mexpliquant quelle avait dû faire opposition sur ma carte à cause dun
versement effectué à mon insu à Berlange, au Luxembourg » explique une Dieppoise de 20
ans venue déposer plainte mercredi matin. « Je ne suis jamais allée là-bas, et le
retrait de 100 euros a été effectué le 28 juillet. En revanche, je me rends toutes les
deux semaines environ à la station de la côte de Rouen pour faire mon plein » ajoute la
jeune femme.
« La banque ma prévenue tout de suite que ma carte avait été
neutralisée, avant que je ne men serve pour un achat. Et on ma demandé de
venir porter plainte. De toutes façons, on ma dit que je serai remboursée ».
Des retraits de 100 à 600
euros
Car ce sont bien les banques qui payeront, pour défaut de
sécurité sur la carte bancaire. Et la note pour les établissements dieppois pourrait
bien être salée : pour linstant, sur la quinzaine de plaintes enregistrées, les
escroqueries portent sur des sommes de 100 à 600 euros.
Les escrocs, qui ont opéré à Dieppe entre le 14 mai et le 23 juin,
disposaient donc dun matériel très sophistiqué. Ils auraient effectué un
branchement pirate sur lautomate de la station-service, dans laquelle il ny a
pas de personnel, puisquelle ne fonctionne quautomatiquement avec des machines
qui lisent les cartes bancaires et les billets de banque.
Ils y auraient ensuite installé leur petit bricolage maison : une machine qui
enregistre les données inscrites sur la bande magnétique de la carte. Un autre
dispositif encore plus sophisitiqué leur aurait ensuite apparemment permis de décrypter
le code secret des cartes bancaires, permettant leur utilisation.
Munis de ces précieuses informations, il ne leur restait plus quà
reproduire une fausse carte bancaire, avec les données contenues sur sa piste magnétique
(mais pas la fameuse puce), à laide dune machine à graver les cartes. En
France, de telles cartes ne pouvaient pas servir, les lecteurs de cartes bancaires lisant
simultanément la piste magnétique et la puce.
En revanche, à létranger où seule la piste magnétique est lue par la
machine, ça marche. Cest pourquoi les escrocs, une fois leur moisson de données
récoltée à Dieppe, opéraient ensuite au Luxembourg.
Une affaire denvergure
nationale
Pour les enquêteurs du commissariat de Dieppe, reste
maintenant à identifier les escrocs. Une affaire compliquée denvergure nationale,
car les bandes capables de disposer dun tel matériel sont heureusement encore assez
rares.
Celle qui a opéré à Dieppe ces dernières semaines est apparemment composée
de spécialistes qui agissent sur lensemble de la France, et jusquà présent
surtout dans le Midi.
Ce ne sont certainement pas de simples voyous, mais sans doute des délinquants
en col blanc, très organisés et disposant de moyens importants, ne serait-ce que le
système électronique de lecture de carte et la machine qui permet de graver de nouvelles
cartes bleues.
Mercredi midi, une demi-douzaine de policiers sest rendue à la station
Esso. Un responsable de la société Tokheim, qui gère les machines de ces stations
automatiques, leur a ouvert les portes du local technique où les policiers sont venus
relever des indices.
Un automate arraché et hors
service
Mais le matériel électronique installé les semaines
précédentes par les escrocs, nétait plus en place. Celui-ci avait sans doute
été déplacé en un autre lieu, pour servir à dautres escroqueries.
Car le principe de ces bandes est de piller cartes et codes en différents
endroits de France, en ne restant jamais trop longtemps au même endroit.
En partant, la bande ne sest pas cassé la tête à démonter
minutieusement son système informatique : elle a carrément emporté toute une partie de
lautomate pour récupérer son matériel, mettant lautomate situé au fond de
la station hors service depuis plusieurs semaines.
Toute personne qui aurait aperçu des individus suspects rôdant autour de la
station ou démontant lautomate est invitée à communiquer ces informations au
commissariat de police.
Olivier Bassine
Plusieurs clients
des banques dieppoises concernés
« Ce sont les
banques qui payeront »
Pas dinquiétude. Aussi impressionnant soit
il, le copiage de la piste magnétique de la carte bancaire est rare et les conséquences
pour le client sont nulles. Il est entièrement remboursé. Le point avec Christian
Cobert, le directeur du Crédit Agricole de Dieppe.
« La carte bancaire est actuellement le moyen de paiement le plus sûr. »
Christian Cobert, le directeur du Crédit Agricole de Dieppe veut rassurer les porteurs.
La vague descroquerie qui a touché plusieurs clients de différentes banques ces
derniers jours est « rare » et surtout « entièrement couvert par les établissements
», insiste-t-il.
Effectivement, lors de ce type de fraude permettant de copier la piste
magnétique et de capturer les codes confidentiels, la carte nest utilisable
quà létranger et les banques sont extrêmement vigilantes. «
Généralement, nous nous en rendons compte et appelons directement le client », explique
Christian Cobert. Les « vraies-fausses » cartes sont utilisées pour des opérations de
retraits despèces ou de paiement sur des matériels ne lisant que la piste
magnétique des cartes bancaires. Ensuite, la démarche est la même.
Tout dabord, le client fait opposition, puis dépose plainte, et dans les
jours qui suivent, son compte est recrédité, conformément à la loi sur la sécurité
quotidienne de novembre 2001. « Dans ce genre de cas descroquerie, jamais un
porteur na perdu un centime avec une carte bancaire », insiste Christian Cobert.
Les débits sont remboursés, mais également les frais annexes tels que ceux de la mise
en opposition ou encore d éventuels agios.
La puce bientôt utilisée
partout en Europe
Les vols de chéquiers savèrent bien plus fréquents
et surtout plus faciles, « il suffit dimiter la signature ». « Mes seules
réserves concernent les achats par correspondance via Internet et le fameux fer à
repasser qui existent encore dans quelques pays européens », énonce le banquier. En
France, les quelque 45 millions de cartes bancaires en circulation sont équipées
dune puce « copiable mais très difficile à utiliser », commente-t-on au centre
dopposition de la société SMT qui travaille en relation avec une centaine de
banques à travers la France. Pas dinquiétude donc, mais des recommandations tout
de même. Il faut signaler à la banque un éventuel débit inexpliqué à
létranger alors que lon est toujours en possession de sa carte au moment de
lopération contestée ; le conseil habituel de frapper son code secret à quatre
chiffres, à labri des regards indiscrets, également, et ce, en protégeant de
lautre main celle qui compose le code sur le clavier, et bien sûr, de « ne jamais
écrire son code confidentiel sur son agenda ou ailleurs. Le coup du code maquillé en
date de naissance, tout le monde le connaît, et surtout les voleurs », sourit Christian
Cobert. Une fois ces précautions dusage rappelées, la carte bancaire semble avoir
de beaux jours devant elles, surtout que la technologie très sécuritaire de la puce, qui
équipe les cartes françaises depuis 1992, devrait sexporter rapidement dans
lensemble des pays européens. De plus, les trois principaux mécanismes de
sécurité : le code confidentiel, la valeur de signature (un nombre qui est propre à la
carte), et lauthentification cryptographique sont améliorés régulièrement en
fonction des progrès informatiques
et des moyens des fraudeurs. Les génies des
mathématiques et de linformatique ont du travail devant eux.
B. T. |