Il nest plus remonté sur un
vélo depuis quinze ans. Responsable des relations publiques dASO (ex-société du
Tour de France) qui organisait le Grand Prix des Nations dimanche à Dieppe, Bernard
Hinault a passé tout le week-end dans la cité dAngo. Des salons de lhôtel
de ville au casino en passant par le coup denvoi du match Dieppe-Auxerre et la
rencontre ALND-Carquefou, le « blaireau » était partout. Rencontre avec une légende
vivante.Il la remporté cinq fois entre 1977 et 1984. Au
temps où le Grand Prix des Nations accueillait encore les vainqueurs du Tour de France
dont il est, avec Anquetil, Merckx, Indurain et maintenant Armstrong, lun des
quintuples vainqueurs. Légende vivante du cyclisme français, Bernard Hinault a lun
des plus beaux palmarès à son actif. Cinq tours de France (1978, 1979, 1981, 1982 et
1985), trois tours dItalie, deux tours dEspagne, le mémorable championnat du
monde sur route à Sallanches en 1980, cinq Grands prix des Nations (1977, 1978, 1979,
1982, 1984) et près de trente classiques: aucun roi du peloton daujourdhui ne
peut en aligner autant.
Aujourdhui agriculteur dans les Côtes dArmor où il est né, le «
blaireau » comme on le surnommait dans les pelotons, nest plus remonté sur un
vélo depuis quinze ans. Et na pas lintention de remettre ça. Sans doute en
a-t-il trop « bouffé ». Mais comme responsable des relations publiques dAmaury
Sport Organisation (ex-société du Tour de France), il est toujours sur les circuits, au
départ, à larrivée ou sur le parcours en voiture où il commente les courses pour
les invités de Jean-Marie Leblanc, patron du Tour.
Cest à ce titre quil était partout, le week-end dernier à Dieppe,
à loccasion du Grand Prix des Nations (lire en pages sport). Coup denvoi du
match de foot Dieppe-Auxerre, coup denvoi de la rencontre de basket
Neuville-Carquefou, réception à lHôtel de Ville samedi soir, départ et arrivée
du Grand Prix des Nations, de lépreuve de masse de 8 heures à 12h30 jusquà
larrivée du dernier « pro » un peu avant 17 heures, puis réception finale au
casino. Et il sest prêté de bonne grâce à toutes les sollicitations.
Les Infos:
Vous qui avez gagné cinq tours de France et cinq Grands Prix des Nations,
ne regrettez-vous pas labsence de grands noms aujourdhui à Dieppe?
Bernard Hinault:
Le Grand Prix des Nations na rien perdu de sa valeur, mais les champions qui
gagnent le Tour ny viennent plus. Cest dommage. Pourtant, cest une
épreuve qui montre vraiment la valeur dun coureur, qui doit courir tout seul et pas
derrière un groupe.
Pourquoi les coureurs raccourcissent-ils à ce point leur saison
aujourdhui?
Parce quà lexception de quelques coureurs de classiques comme
Museeuw ou Bettini, les autres nont quune seule obsession: le Tour de France.
Ils rétorquent quils ne peuvent pas tout faire, et ne font que sentraîner
pour ça. Mais cest de la rigolade: le Tour, il ny en a quun qui le
gagne, et les autres qui se sont entraînés toute lannée sont derrière. Moi, si
jétais encore dans le peloton aujourdhui, je courrais pendant douze mois sur
douze. Rien ne vaut la compétition.
Vous considérez donc que lentraînement na pas la même
valeur?
La compétition, cest le piment. Cest bien plus stimulant que
lentraînement. Cest quand même plus marrant de se battre contre les autres
plutôt que contre le vent. Cest la condition physique qui fait que tu gagnes une
course, et pour ça rien ne vaut la compétition qui te fait aller toujours plus loin. A
lentraînement, tu ne sais pas si tu es à fond, tandis quen compétition,
oui
Que pensez-vous du parcours du Grand Prix des Nations? Vous
rappelle-t-il quelques souvenirs de courses dans la région dieppoise?
Je ne me rappelle pas être venu courir par ici. Quant au circuit du Grand Prix
des Nations, je lai examiné sur la carte et il me paraît plutôt bien tracé.
Jirai le découvrir en voiture demain (dimanche, NDLR) en transportant des
personnalités et en leur commentant la manière de courir des engagés.
Ce travail de relations publiques chez Amaury Sport
Organisation, comment lappréciez-vous?
Cest un job sympa. On rencontre des gens différents à chaque fois. Un
jour on transporte un ministre, et le lendemain le maire dun petit village de 500
habitants. Et puis le cyclisme aujourdhui, cest ça: de plus en plus de
communication, de TV, de radio
Vous nêtes pas remonté sur un vélo depuis quinze ans. Pourquoi?
Cela ne vous manque pas?
Pas du tout. Simplement parce que je nen éprouve pas le besoin. Je mène
une vie saine à la campagne. Dans ma ferme à la campagne, cest aussi du sport: il
faut courir après les bêtes, et de temps en temps cest aussi un peu la
corrida
Que pensez-vous de laffiche de ce 67e Grand Prix des Nations à
Dieppe? Et votre pronostic?
A part Lance Armstrong et David Millar, tous les meilleurs du contre-la-montre
sont présents. A mon avis, Uwe Peschel (vainqueur en 2002, NDLR), Jens Voigt et Lazlo
Bodrogi sont les favoris, mais il peut y avoir des surprises
Et à quoi attribuez-vous lénorme succès de lépreuve de
masse, avec 411 inscrits?
Les amoureux du cyclisme, qui sont de plus en plus nombreux, veulent comparer
leur temps aux meilleurs. Cest normal. Et ce, quelle que soit la région de France.
En Normandie, bien sûr, mais si le Grand Prix des Nations avait lieu en Bretagne, il y
aurait autant de monde.
Propos recueillis par Olivier Bassine