Journal du 23 septembre 2003

Bernard Hinault, du circuit aux réceptions
Le "blaireau" était au Grand Prix des Nations

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Quand deux anciens pros se rencontrent, de quoi parlent-ils? René Volet (75 ans) et Bernard Hinault (48 ans) n'étaient pas ensemble dans le peloton mais ils avaient dimanche soir au casino bien des choses à se dire.

Il n’est plus remonté sur un vélo depuis quinze ans. Responsable des relations publiques d’ASO (ex-société du Tour de France) qui organisait le Grand Prix des Nations dimanche à Dieppe, Bernard Hinault a passé tout le week-end dans la cité d’Ango. Des salons de l’hôtel de ville au casino en passant par le coup d’envoi du match Dieppe-Auxerre et la rencontre ALND-Carquefou, le « blaireau » était partout. Rencontre avec une légende vivante.

Il l’a remporté cinq fois entre 1977 et 1984. Au temps où le Grand Prix des Nations accueillait encore les vainqueurs du Tour de France dont il est, avec Anquetil, Merckx, Indurain et maintenant Armstrong, l’un des quintuples vainqueurs. Légende vivante du cyclisme français, Bernard Hinault a l’un des plus beaux palmarès à son actif. Cinq tours de France (1978, 1979, 1981, 1982 et 1985), trois tours d’Italie, deux tours d’Espagne, le mémorable championnat du monde sur route à Sallanches en 1980, cinq Grands prix des Nations (1977, 1978, 1979, 1982, 1984) et près de trente classiques: aucun roi du peloton d’aujourd’hui ne peut en aligner autant.

Aujourd’hui agriculteur dans les Côtes d’Armor où il est né, le « blaireau » comme on le surnommait dans les pelotons, n’est plus remonté sur un vélo depuis quinze ans. Et n’a pas l’intention de remettre ça. Sans doute en a-t-il trop « bouffé ». Mais comme responsable des relations publiques d’Amaury Sport Organisation (ex-société du Tour de France), il est toujours sur les circuits, au départ, à l’arrivée ou sur le parcours en voiture où il commente les courses pour les invités de Jean-Marie Leblanc, patron du Tour.

C’est à ce titre qu’il était partout, le week-end dernier à Dieppe, à l’occasion du Grand Prix des Nations (lire en pages sport). Coup d’envoi du match de foot Dieppe-Auxerre, coup d’envoi de la rencontre de basket Neuville-Carquefou, réception à l’Hôtel de Ville samedi soir, départ et arrivée du Grand Prix des Nations, de l’épreuve de masse de 8 heures à 12h30 jusqu’à l’arrivée du dernier « pro » un peu avant 17 heures, puis réception finale au casino. Et il s’est prêté de bonne grâce à toutes les sollicitations.

Les Infos:
Vous qui avez gagné cinq tours de France et cinq Grands Prix des Nations, ne regrettez-vous pas l’absence de grands noms aujourd’hui à Dieppe?

Bernard Hinault:
Le Grand Prix des Nations n’a rien perdu de sa valeur, mais les champions qui gagnent le Tour n’y viennent plus. C’est dommage. Pourtant, c’est une épreuve qui montre vraiment la valeur d’un coureur, qui doit courir tout seul et pas derrière un groupe.

Pourquoi les coureurs raccourcissent-ils à ce point leur saison aujourd’hui?

Parce qu’à l’exception de quelques coureurs de classiques comme Museeuw ou Bettini, les autres n’ont qu’une seule obsession: le Tour de France. Ils rétorquent qu’ils ne peuvent pas tout faire, et ne font que s’entraîner pour ça. Mais c’est de la rigolade: le Tour, il n’y en a qu’un qui le gagne, et les autres qui se sont entraînés toute l’année sont derrière. Moi, si j’étais encore dans le peloton aujourd’hui, je courrais pendant douze mois sur douze. Rien ne vaut la compétition.

Vous considérez donc que l’entraînement n’a pas la même valeur?

La compétition, c’est le piment. C’est bien plus stimulant que l’entraînement. C’est quand même plus marrant de se battre contre les autres plutôt que contre le vent. C’est la condition physique qui fait que tu gagnes une course, et pour ça rien ne vaut la compétition qui te fait aller toujours plus loin. A l’entraînement, tu ne sais pas si tu es à fond, tandis qu’en compétition, oui…

Que pensez-vous du parcours du Grand Prix des Nations? Vous rappelle-t-il quelques souvenirs de courses dans la région dieppoise?

Je ne me rappelle pas être venu courir par ici. Quant au circuit du Grand Prix des Nations, je l’ai examiné sur la carte et il me paraît plutôt bien tracé. J’irai le découvrir en voiture demain (dimanche, NDLR) en transportant des personnalités et en leur commentant la manière de courir des engagés.

« Je n’éprouve pas
le besoin de remonter sur un vélo »

Ce travail de relations publiques chez Amaury Sport Organisation, comment l’appréciez-vous?

C’est un job sympa. On rencontre des gens différents à chaque fois. Un jour on transporte un ministre, et le lendemain le maire d’un petit village de 500 habitants. Et puis le cyclisme aujourd’hui, c’est ça: de plus en plus de communication, de TV, de radio…

Vous n’êtes pas remonté sur un vélo depuis quinze ans. Pourquoi? Cela ne vous manque pas?

Pas du tout. Simplement parce que je n’en éprouve pas le besoin. Je mène une vie saine à la campagne. Dans ma ferme à la campagne, c’est aussi du sport: il faut courir après les bêtes, et de temps en temps c’est aussi un peu la corrida…

Que pensez-vous de l’affiche de ce 67e Grand Prix des Nations à Dieppe? Et votre pronostic?

A part Lance Armstrong et David Millar, tous les meilleurs du contre-la-montre sont présents. A mon avis, Uwe Peschel (vainqueur en 2002, NDLR), Jens Voigt et Lazlo Bodrogi sont les favoris, mais il peut y avoir des surprises…

Et à quoi attribuez-vous l’énorme succès de l’épreuve de masse, avec 411 inscrits?

Les amoureux du cyclisme, qui sont de plus en plus nombreux, veulent comparer leur temps aux meilleurs. C’est normal. Et ce, quelle que soit la région de France. En Normandie, bien sûr, mais si le Grand Prix des Nations avait lieu en Bretagne, il y aurait autant de monde.

Propos recueillis par Olivier Bassine


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