| Lhistoire a bouleversé la
communauté éducative de Dieppe: un enfant de six ans sest acharné sur une
directrice de centre de loisirs au point de lui casser deux dents, de provoquer un
traumatisme crânien et de lenvoyer à lhôpital. Une plainte a été
déposée, pour que lenfant victime de crises de violence régulières, bénéficie
des soins appropriés. Envoyée à lhôpital par un enfant
de six ans impossible à maîtriser! Ce nest malheureusement pas une plaisanterie,
même si laffaire peut sembler dautant plus incroyable que lenfant est
plutôt chétif.
Mais régulièrement sujet à des crises aiguës dune violence
incontrôlable, cet enfant a déjà fait de nombreuses victimes. La dernière en date,
particulièrement affectée: la directrice dun centre de loisirs du Val-Druel.
Il était 12h20, le jeudi 23 octobre, quand un garçonnet de six ans qui
fréquentait pendant les vacances un centre de loisirs de Dieppe, a été victime
dune crise aiguë de violence.
Il sen est dabord pris dans la cour à un enfant du même âge que
lui, « le tabassant littéralement » selon la directrice du centre. Les animateurs
parviennent à séparer les deux protagonistes dune bagarre particulièrement
violente, lauteur principal présumé étant mis à lécart par les
éducateurs qui lui annoncent quil va devoir sexpliquer devant la directrice.
Celle-ci est dans son bureau et règle quelque question administrative, puis
elle reçoit la visite des animateurs et de lenfant qui les accompagne. Ce dernier
semble calmé. Sa violence est retombée et il a accompagné sagement une animatrice dans
le bureau de la directrice.
Plaquée au sol et frappée au
visage
La professionnelle de lanimation des enfants, qui
exerce depuis vingt-sept ans dans les quartiers difficiles, reçoit alors le petit avec
calme.
Lanimatrice explique ce qui sest passé, et pour recueillir les
explications du bambin violent, la directrice toujours assise à son bureau se penche
alors au niveau de son visage. « Je lui ai caressé la joue, et tout dun coup, il
ma tirée par les cheveux et ma fait tomber par terre » explique la victime.
La violence retombée dans la cour du centre remonte alors en surface avec une
énergie décuplée par une crise terrible. « Jai dit à lanimatrice de ne
pas intervenir, pensant que lenfant allait se calmer » raconte la victime toujours
sous le choc dix jours après les faits.
« Mais une fois à terre, je me suis retrouvée plaquée au sol, lenfant
avait immobilisé mes épaules en appuyant dessus avec ses genoux ».
Cest alors quune brutalité inimaginable de la part dun petit
bout de six ans se déchaîne sur la dame de quarante-huit ans bloquée à terre.
« Il ma pris la tête et la frappée à plusieurs reprises sur le
sol, poursuit la directrice. Puis il ma rouée de coups de poings au visage.
Lanimatrice était tétanisée et ne pouvait rien faire dautre quappeler
au secours. Finalement, cest mon patron qui a maîtrisé lenfant ».
Dents cassées, troubles
nerveux et 3 semaines darrêt
Non sans mal, car le petit a continué à vouloir frapper
tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Il aurait lancé des coups de tête en
direction du patron des centres de loisirs de la Ville, Laurent Barras, et aurait tout
retourné dans le bureau de la directrice - y compris une lourde armoire métallique
remplie de livres - avant dêtre maîtrisé.
La victime de ce déchaînement de violence enfantine a voulu aussitôt
reprendre son travail. Mais à cause de la force des coups reçus, cela lui a été
impossible. Elle a dû être finalement conduite à lhôpital.
Elle souffrait de deux dents cassées, de multiples contusions et hématomes au
visage, et ses lunettes étaient brisées.
Aux urgences, elle a fait une crise de nerfs et a perdu connaissance. Après un
examen complet (scanner, IRM
), elle est ressortie avec un arrêt de travail
jusquau 15 novembre (trois semaines).
« Mais je dois revoir lexpert neurologique à lhôpital pour
quil évalue les dégâts » conclut la victime. Elle reste profondément marquée
par ce déchaînement de violence enfantine, a du mal à sexprimer au téléphone,
mais reste lucide et a porté plainte le lundi 27 octobre « pour que cet enfant soit
soigné et ne fasse pas de nouvelles victimes, sinon un jour il pourra tuer un autre
enfant » explique-t-elle. « Il y a deux ans, il mavait déjà cassé mes lunettes
et avait saccagé mon bureau ».
Ce nest pas la première
fois
Mais le cas de la directrice du centre de loisirs ne serait
pas unique. Le jeune enfant qui habite le quartier du Val-Druel aurait commis
dautres actes de violence incontrôlée.
« Il a également agressé une collègue en juillet, lui a cassé les lunettes
et lui a arraché une oreille en tirant sur une boucle doreille. Il sen est
également pris à une dame de la Parentèle ».
Mais ces faits ne relèvent que de la présomption, car aucune de ces victimes
présumées na souhaité porter plainte.
« Porter plainte pour que
lenfant soit soigné »
La directrice du centre de loisirs de quartier de la Ville,
en revanche, est allée au commissariat. « Pas pour obtenir des dommages et intérêts,
je nen veux pas, mais pour que cet enfant, qui a lair chétif et sait se
montrer affectueux, soit soigné comme son état le nécessite. Car lui aussi est une
victime. Mon cas nest pas grave, jai 27 ans de métier. Mais la vie de mes
jeunes collègues risquerait dêtre détruite si elles devaient être confrontées
à une telle violence ».
Violence maladive? Provoquée par la télévision ou un environnement familial
brutal? Si la plainte de la victime débouche sur une saisine du parquet, peut-être le
juge pour enfants en saura-t-il davantage lors dune éventuelle audience à
huis-clos pour préserver lidentité de cet enfant auteur, mais surtout victime.
En attendant, le petit devrait rapidement être soigné.
O. B.
Une mère dépassée?
La maman du petit auteur de cet incroyable déferlement de
violence est-elle au courant des comportements anormaux de son enfant?
Car si lenfant est sujet à des crises de violence dès quil est
confronté au milieu extérieur, il peut très bien se comporter tout à fait normalement
à la maison.
La relation mère-fils nétant évidemment pas la même que celle qui lie
la directrice dune institution à lenfant qui lui est confié pour la
journée.
« Nous avons téléphoné à la maman pour lui dire ce qui sétait
passé, et nous lui avons ramené son enfant » raconte la directrice du centre de
loisirs. « Elle nous a remerciés de le lui avoir ramené, et lui a simplement dit « mon
chéri, ce nest pas bien, ils risquent de ne plus te reprendre au centre ». Elle a
vu que jétais blessée et que mes lunettes étaient cassées, et elle a simplement
ajouté « tu as encore cassé les lunettes de la dame ». Il y a deux ans, en effet,
alors que le bambin navait que quatre ans, il mavait déjà frappée ».
Mais en dépit du fait que toute mère a une tendance naturelle à protéger son
enfant, et à sortir les griffes si on lui fait du mal, la directrice du centre de loisirs
est déterminée à témoigner pour que ce genre de violence ne se reproduise plus. «
Même si je dois subir les représailles de la maman, qui était déjà venue me menacer
avec une batte de base-ball lors dune précédente affaire » conclut la victime. |