Journal du mardi 4 novembre 2003

Une directrice de centre de loisirs à l'hôpital
Violemment agressée par un enfant de six ans !

L’histoire a bouleversé la communauté éducative de Dieppe: un enfant de six ans s’est acharné sur une directrice de centre de loisirs au point de lui casser deux dents, de provoquer un traumatisme crânien et de l’envoyer à l’hôpital. Une plainte a été déposée, pour que l’enfant victime de crises de violence régulières, bénéficie des soins appropriés.

Envoyée à l’hôpital par un enfant de six ans impossible à maîtriser! Ce n’est malheureusement pas une plaisanterie, même si l’affaire peut sembler d’autant plus incroyable que l’enfant est plutôt chétif.

Mais régulièrement sujet à des crises aiguës d’une violence incontrôlable, cet enfant a déjà fait de nombreuses victimes. La dernière en date, particulièrement affectée: la directrice d’un centre de loisirs du Val-Druel.

Il était 12h20, le jeudi 23 octobre, quand un garçonnet de six ans qui fréquentait pendant les vacances un centre de loisirs de Dieppe, a été victime d’une crise aiguë de violence.

Il s’en est d’abord pris dans la cour à un enfant du même âge que lui, « le tabassant littéralement » selon la directrice du centre. Les animateurs parviennent à séparer les deux protagonistes d’une bagarre particulièrement violente, l’auteur principal présumé étant mis à l’écart par les éducateurs qui lui annoncent qu’il va devoir s’expliquer devant la directrice.

Celle-ci est dans son bureau et règle quelque question administrative, puis elle reçoit la visite des animateurs et de l’enfant qui les accompagne. Ce dernier semble calmé. Sa violence est retombée et il a accompagné sagement une animatrice dans le bureau de la directrice.

Plaquée au sol et frappée au visage

La professionnelle de l’animation des enfants, qui exerce depuis vingt-sept ans dans les quartiers difficiles, reçoit alors le petit avec calme.

L’animatrice explique ce qui s’est passé, et pour recueillir les explications du bambin violent, la directrice toujours assise à son bureau se penche alors au niveau de son visage. « Je lui ai caressé la joue, et tout d’un coup, il m’a tirée par les cheveux et m’a fait tomber par terre » explique la victime.

La violence retombée dans la cour du centre remonte alors en surface avec une énergie décuplée par une crise terrible. « J’ai dit à l’animatrice de ne pas intervenir, pensant que l’enfant allait se calmer » raconte la victime toujours sous le choc dix jours après les faits.

« Mais une fois à terre, je me suis retrouvée plaquée au sol, l’enfant avait immobilisé mes épaules en appuyant dessus avec ses genoux ».

C’est alors qu’une brutalité inimaginable de la part d’un petit bout de six ans se déchaîne sur la dame de quarante-huit ans bloquée à terre.

« Il m’a pris la tête et l’a frappée à plusieurs reprises sur le sol, poursuit la directrice. Puis il m’a rouée de coups de poings au visage. L’animatrice était tétanisée et ne pouvait rien faire d’autre qu’appeler au secours. Finalement, c’est mon patron qui a maîtrisé l’enfant ».

Dents cassées, troubles nerveux et 3 semaines d’arrêt

Non sans mal, car le petit a continué à vouloir frapper tous ceux qui se trouvaient à sa portée. Il aurait lancé des coups de tête en direction du patron des centres de loisirs de la Ville, Laurent Barras, et aurait tout retourné dans le bureau de la directrice - y compris une lourde armoire métallique remplie de livres - avant d’être maîtrisé.

La victime de ce déchaînement de violence enfantine a voulu aussitôt reprendre son travail. Mais à cause de la force des coups reçus, cela lui a été impossible. Elle a dû être finalement conduite à l’hôpital.

Elle souffrait de deux dents cassées, de multiples contusions et hématomes au visage, et ses lunettes étaient brisées.

Aux urgences, elle a fait une crise de nerfs et a perdu connaissance. Après un examen complet (scanner, IRM…), elle est ressortie avec un arrêt de travail jusqu’au 15 novembre (trois semaines).

« Mais je dois revoir l’expert neurologique à l’hôpital pour qu’il évalue les dégâts » conclut la victime. Elle reste profondément marquée par ce déchaînement de violence enfantine, a du mal à s’exprimer au téléphone, mais reste lucide et a porté plainte le lundi 27 octobre « pour que cet enfant soit soigné et ne fasse pas de nouvelles victimes, sinon un jour il pourra tuer un autre enfant » explique-t-elle. « Il y a deux ans, il m’avait déjà cassé mes lunettes et avait saccagé mon bureau ».

Ce n’est pas la première fois

Mais le cas de la directrice du centre de loisirs ne serait pas unique. Le jeune enfant qui habite le quartier du Val-Druel aurait commis d’autres actes de violence incontrôlée.

« Il a également agressé une collègue en juillet, lui a cassé les lunettes et lui a arraché une oreille en tirant sur une boucle d’oreille. Il s’en est également pris à une dame de la Parentèle ».

Mais ces faits ne relèvent que de la présomption, car aucune de ces victimes présumées n’a souhaité porter plainte.

« Porter plainte pour que l’enfant soit soigné »

La directrice du centre de loisirs de quartier de la Ville, en revanche, est allée au commissariat. « Pas pour obtenir des dommages et intérêts, je n’en veux pas, mais pour que cet enfant, qui a l’air chétif et sait se montrer affectueux, soit soigné comme son état le nécessite. Car lui aussi est une victime. Mon cas n’est pas grave, j’ai 27 ans de métier. Mais la vie de mes jeunes collègues risquerait d’être détruite si elles devaient être confrontées à une telle violence ».

Violence maladive? Provoquée par la télévision ou un environnement familial brutal? Si la plainte de la victime débouche sur une saisine du parquet, peut-être le juge pour enfants en saura-t-il davantage lors d’une éventuelle audience à huis-clos pour préserver l’identité de cet enfant auteur, mais surtout victime.

En attendant, le petit devrait rapidement être soigné.

O. B.

Une mère dépassée?

La maman du petit auteur de cet incroyable déferlement de violence est-elle au courant des comportements anormaux de son enfant?

Car si l’enfant est sujet à des crises de violence dès qu’il est confronté au milieu extérieur, il peut très bien se comporter tout à fait normalement à la maison.

La relation mère-fils n’étant évidemment pas la même que celle qui lie la directrice d’une institution à l’enfant qui lui est confié pour la journée.

« Nous avons téléphoné à la maman pour lui dire ce qui s’était passé, et nous lui avons ramené son enfant » raconte la directrice du centre de loisirs. « Elle nous a remerciés de le lui avoir ramené, et lui a simplement dit « mon chéri, ce n’est pas bien, ils risquent de ne plus te reprendre au centre ». Elle a vu que j’étais blessée et que mes lunettes étaient cassées, et elle a simplement ajouté « tu as encore cassé les lunettes de la dame ». Il y a deux ans, en effet, alors que le bambin n’avait que quatre ans, il m’avait déjà frappée ».

Mais en dépit du fait que toute mère a une tendance naturelle à protéger son enfant, et à sortir les griffes si on lui fait du mal, la directrice du centre de loisirs est déterminée à témoigner pour que ce genre de violence ne se reproduise plus. « Même si je dois subir les représailles de la maman, qui était déjà venue me menacer avec une batte de base-ball lors d’une précédente affaire » conclut la victime.


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