| Mardi 28 octobre, six mareyeurs
dieppois comparaîtront pour la première fois devant le tribunal correctionnel pour
avoir, la saison passée, trempé dans leau des noix de coquilles Saint-Jacques.
Pour leur défense, ils expliquent que cest la seule solution pour faire face à la
concurrence étrangère. Si nous nous référons aux textes de
loi, cela ne fait aucun doute, nous sommes coupables. Mais avant de juger, il faut
comprendre comment fonctionne le marché et connaître la réalité à laquelle nous
sommes confrontés tous les jours ».
Ce mareyeur dieppois ne cherche pas à minimiser sa part de responsabilité. Il
souhaite juste apporter « des précisions sur un métier où la concurrence est très
rude » et « ouvrir le débat ».
Avec cinq autres de ses confrères, il comparaîtra mardi 28 octobre devant le
tribunal correctionnel de Dieppe suite à une plainte du service des fraudes.
Trempage illicite en France
En mars dernier, la direction régionale de la concurrence,
de la consommation et de la répression des fraudes ainsi que la gendarmerie maritime de
Dieppe ont procédé à des contrôles en pleine nuit chez les mareyeurs de la ville.
Sur neuf professionnels contrôlés, six ont été pris la main dans le sac
avec, dans leurs réfrigérateurs, des noix de coquilles Saint-Jacques trempées dans
leau. « Une façon de faire courante, qui existe depuis vingt ans et qui nest
pas spécifique à Dieppe », assure notre interlocuteur, mais qui est strictement
interdite par la loi française.
« La question est de savoir pourquoi nous trempons les noix de Saint-Jacques
», interroge le mareyeur avant dexpliquer : « En 2002, la consommation de
coquilles en France a été de 80 000 tonnes, or, le pays nen produit que 15 000 à
20 000 tonnes. Le manque est donc comblé par des coquilles venues de létranger et
principalement dEcosse, dIrlande et de Grande-Bretagne ».
Une même loi pour tous
Aucune loi européenne ninterdit à ces pays de
tremper leur marchandise. Résultat : « Quatre-vingt-dix pour cent des noix étrangères
sont trempées et vendues en toute légalité sur le territoire français à des prix
défiant toute concurrence. Cette semaine, elles étaient à 14 euros sur les étals
contre 21,20 euros pour les noix françaises énuclées et séchées. Comment pouvons-nous
lutter équitablement contre ça ? », questionne le professionnel.
« Si nous trempons nos coquilles, cest pour leur faire prendre du poids
et ainsi baisser nos prix pour faire face à la concurrence, sinon nous nous retrouvons
avec le produit sur les bras, justifie-t-il. Mais nous sommes prêts à respecter la loi,
encore faut-il que ce soit la même pour tout le monde. Soit nous raisonnons en terme
dEurope et dans ce cas, nous ne comprenons pas pourquoi les Français se voient
interdire le trempage des noix. Soit, nous raisonnons en terme national et dans ce second
cas, il faut interdire la vente de noix trempées étrangères sur le territoire ».
Dans tous les cas, leau sévaporant dans la poêle, le consommateur
retrouve la même quantité de noix et paie finalement aussi cher.
M. DS.
Une tolérance de 5 %
En France, la loi tolère 5 % de teneur en eau maximum dans
les noix de Saint-Jacques. Lan passé, des analyses faites sur des noix tout juste
débarquées avaient révélé pour certaines marchandises une teneur en eau variant de
4,8 % à 5,2 %.
« Preuve que la loi est inadaptée à la réalité », insiste notre
interlocuteur qui assure par ailleurs que la teneur en eau des noix étrangères varie,
elle, « de 25 à 30 % ». |