Journal du vendredi 17 octobre 2003

Six mareyeurs dieppois devant le tribunal correctionnel
mardi 28 octobre

Ils trempaient les coquilles pour faire
face à la concurrence

Mardi 28 octobre, six mareyeurs dieppois comparaîtront pour la première fois devant le tribunal correctionnel pour avoir, la saison passée, trempé dans l’eau des noix de coquilles Saint-Jacques. Pour leur défense, ils expliquent que c’est la seule solution pour faire face à la concurrence étrangère.

Si nous nous référons aux textes de loi, cela ne fait aucun doute, nous sommes coupables. Mais avant de juger, il faut comprendre comment fonctionne le marché et connaître la réalité à laquelle nous sommes confrontés tous les jours ».

Ce mareyeur dieppois ne cherche pas à minimiser sa part de responsabilité. Il souhaite juste apporter « des précisions sur un métier où la concurrence est très rude » et « ouvrir le débat ».

Avec cinq autres de ses confrères, il comparaîtra mardi 28 octobre devant le tribunal correctionnel de Dieppe suite à une plainte du service des fraudes.

Trempage illicite en France

En mars dernier, la direction régionale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes ainsi que la gendarmerie maritime de Dieppe ont procédé à des contrôles en pleine nuit chez les mareyeurs de la ville.

Sur neuf professionnels contrôlés, six ont été pris la main dans le sac avec, dans leurs réfrigérateurs, des noix de coquilles Saint-Jacques trempées dans l’eau. « Une façon de faire courante, qui existe depuis vingt ans et qui n’est pas spécifique à Dieppe », assure notre interlocuteur, mais qui est strictement interdite par la loi française.

« La question est de savoir pourquoi nous trempons les noix de Saint-Jacques », interroge le mareyeur avant d’expliquer : « En 2002, la consommation de coquilles en France a été de 80 000 tonnes, or, le pays n’en produit que 15 000 à 20 000 tonnes. Le manque est donc comblé par des coquilles venues de l’étranger et principalement d’Ecosse, d’Irlande et de Grande-Bretagne ».

Une même loi pour tous

Aucune loi européenne n’interdit à ces pays de tremper leur marchandise. Résultat : « Quatre-vingt-dix pour cent des noix étrangères sont trempées et vendues en toute légalité sur le territoire français à des prix défiant toute concurrence. Cette semaine, elles étaient à 14 euros sur les étals contre 21,20 euros pour les noix françaises énuclées et séchées. Comment pouvons-nous lutter équitablement contre ça ? », questionne le professionnel.

« Si nous trempons nos coquilles, c’est pour leur faire prendre du poids et ainsi baisser nos prix pour faire face à la concurrence, sinon nous nous retrouvons avec le produit sur les bras, justifie-t-il. Mais nous sommes prêts à respecter la loi, encore faut-il que ce soit la même pour tout le monde. Soit nous raisonnons en terme d’Europe et dans ce cas, nous ne comprenons pas pourquoi les Français se voient interdire le trempage des noix. Soit, nous raisonnons en terme national et dans ce second cas, il faut interdire la vente de noix trempées étrangères sur le territoire ».

Dans tous les cas, l’eau s’évaporant dans la poêle, le consommateur retrouve la même quantité de noix et paie finalement aussi cher.

M. DS.

Une tolérance de 5 %

En France, la loi tolère 5 % de teneur en eau maximum dans les noix de Saint-Jacques. L’an passé, des analyses faites sur des noix tout juste débarquées avaient révélé pour certaines marchandises une teneur en eau variant de 4,8 % à 5,2 %.

« Preuve que la loi est inadaptée à la réalité », insiste notre interlocuteur qui assure par ailleurs que la teneur en eau des noix étrangères varie, elle, « de 25 à 30 % ».


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