Journal du 29 novembre 2002

Hautot-sur-Mer
Un remake d'"Orange Mécanique"

Un quinquagénaire hautotais se souviendra sans doute toute sa vie de la soirée du 9 avril 2000. Cette fameuse soirée où trois individus se sont introduits dans son domicile et l'ont agressé sauvagement au point de le laisser à demi inconscient dans son salon. Par chance, les coups qui lui ont été assénés n'ont pas touché d'organe vital. Par chance aussi, les agresseurs n'ont pas mis à exécution le désir de l'un d'entre eux de mettre le feu à la maison avant de s'enfuir.

La victime est en vie mais n'a pas fait acte de présence pour le procès de ses tortionnaires mardi après-midi. Trop choquée sans doute et peut-être encore terrorisée par cette violence qui s'est révélée purement gratuite.

C.D. et C.M., les deux adultes du trio infernal, n'ont pas eu de justifications pour répondre de leurs actes. L'alcool et un vent de folie semblent être les mobiles de cette agression qui aurait pu les conduire devant les assises si la victime n'y avait pas survécu. C.M. a adopté une attitude de retrait en minimisant sa participation aux faits par des explications fuyantes. Tout à son honneur, C.D. a fait acte de franchise en confirmant ce qui s'était passé au cours de la soirée, tout du moins ce dont il se souvenait.

Une expédition sauvage

Les deux prévenus ainsi que leur troisième complice, un mineur qui a déjà été jugé pour les mêmes faits, ont passé ce jour-là une bonne partie de la soirée à boire en compagnie d'autres jeunes d'Hautot. Minuit a sonné depuis près de deux heures quand ils décident de se rendre chez la victime, une connaissance de C.M., pour la voler. D'abord réveillé par la sonnette, l’homme se lève et voit surgir trois individus de la véranda. D'emblée, il est frappé puis installé sur une chaise, maintenu par C.M. pendant que les deux autres se chargent de lui régler son compte à coups de pied et de poing. Pour faire plus mal sans doute, les deux acolytes prennent à chaque fois leur élan avant de se défouler sur leur pauvre victime complètement terrorisée et déjà bien assommée.

Comme si cet acharnement ne suffisait pas, C.M. décide de faire boire à sa victime un verre d'alcool à brûler qui réussira à déjouer son plan. Il décide aussi de mettre le feu à deux endroits de la maison que ses deux complices éteindront avant de partir en emportant quelques menus objets. Pour couronner le tout, ils n'hésitent pas à s'installer dans la cuisine pour y boire et manger alors même que la victime se trouve à demi inconsciente dans la pièce à côté.

Prison ferme pour les tortionnaires

Face à cette violence purement gratuite, Me Thévenin pour la partie civile s'est déclaré sidéré. « Ce sont des tortionnaires qui ont agi avec une sauvagerie digne du film Orange mécanique », déclarait-il en soulignant que son client avait cru voir sa dernière heure arriver. « Fort heureusement, les coups n'ont pas entraîné la mort mais mon client a encore des séquelles », poursuivait-il en demandant qu'une expertise médicale soit ordonnée. Il sollicitait 1200 euros à titre de provision, 4800 euros de préjudice matériel et 1500 euros de préjudice moral.

Le procureur Brigitte Lamy a qualifié les faits d'agression sauvage et déploré cette violence purement gratuite. « Ils disent être venus pour voler mais leur premier réflexe a été d'agresser leur victime comme des brutes avant de s'enfuir avec un maigre butin, ce sont des actes de barbarie! » Elle déclarait les deux prévenus coupables en requérant trois ans de prison dont un an minimum ferme et le reste en sursis mise à l'épreuve pour chacun.

Difficile de défendre des « faits pitoyables et misérables » comme devait le souligner l'un des avocats. Me Desguerrots pour la défense de C.M. souligna que son client n'était pas co-auteur des faits. « Il est seulement coupable de lâcheté et de n'avoir pas fait cesser les agissements de cette bande d'excités ». La défense de Cyril Doray parla d'une «expédition de la beuverie ». « Mon client a été spontané dans ses déclarations et n'a jamais cherché à se disculper, il ne boit plus aujourd'hui et travaille régulièrement ».

C.D. a été condamné à un an de prison ferme et deux ans assortis d'un sursis mise à l'épreuve pendant deux ans, C.M. à huit mois ferme et 28 mois assortis d'un sursis mise à l'épreuve pendant deux ans. Tous deux devront indemniser leur victime.

M. P.


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