| Un quinquagénaire hautotais se
souviendra sans doute toute sa vie de la soirée du 9 avril 2000. Cette fameuse soirée
où trois individus se sont introduits dans son domicile et l'ont agressé sauvagement au
point de le laisser à demi inconscient dans son salon. Par chance, les coups qui lui ont
été assénés n'ont pas touché d'organe vital. Par chance aussi, les agresseurs n'ont
pas mis à exécution le désir de l'un d'entre eux de mettre le feu à la maison avant de
s'enfuir. La victime est en vie mais n'a pas fait acte de
présence pour le procès de ses tortionnaires mardi après-midi. Trop choquée sans doute
et peut-être encore terrorisée par cette violence qui s'est révélée purement
gratuite.
C.D. et C.M., les deux adultes du trio infernal, n'ont pas eu de justifications
pour répondre de leurs actes. L'alcool et un vent de folie semblent être les mobiles de
cette agression qui aurait pu les conduire devant les assises si la victime n'y avait pas
survécu. C.M. a adopté une attitude de retrait en minimisant sa participation aux faits
par des explications fuyantes. Tout à son honneur, C.D. a fait acte de franchise en
confirmant ce qui s'était passé au cours de la soirée, tout du moins ce dont il se
souvenait.
Une expédition sauvage
Les deux prévenus ainsi que leur troisième complice, un
mineur qui a déjà été jugé pour les mêmes faits, ont passé ce jour-là une bonne
partie de la soirée à boire en compagnie d'autres jeunes d'Hautot. Minuit a sonné
depuis près de deux heures quand ils décident de se rendre chez la victime, une
connaissance de C.M., pour la voler. D'abord réveillé par la sonnette, lhomme se
lève et voit surgir trois individus de la véranda. D'emblée, il est frappé puis
installé sur une chaise, maintenu par C.M. pendant que les deux autres se chargent de lui
régler son compte à coups de pied et de poing. Pour faire plus mal sans doute, les deux
acolytes prennent à chaque fois leur élan avant de se défouler sur leur pauvre victime
complètement terrorisée et déjà bien assommée.
Comme si cet acharnement ne suffisait pas, C.M. décide de faire boire à sa
victime un verre d'alcool à brûler qui réussira à déjouer son plan. Il décide aussi
de mettre le feu à deux endroits de la maison que ses deux complices éteindront avant de
partir en emportant quelques menus objets. Pour couronner le tout, ils n'hésitent pas à
s'installer dans la cuisine pour y boire et manger alors même que la victime se trouve à
demi inconsciente dans la pièce à côté.
Prison ferme pour les
tortionnaires
Face à cette violence purement gratuite, Me Thévenin pour
la partie civile s'est déclaré sidéré. « Ce sont des tortionnaires qui ont agi avec
une sauvagerie digne du film Orange mécanique », déclarait-il en soulignant que son
client avait cru voir sa dernière heure arriver. « Fort heureusement, les coups n'ont
pas entraîné la mort mais mon client a encore des séquelles », poursuivait-il en
demandant qu'une expertise médicale soit ordonnée. Il sollicitait 1200 euros à titre de
provision, 4800 euros de préjudice matériel et 1500 euros de préjudice moral.
Le procureur Brigitte Lamy a qualifié les faits d'agression sauvage et
déploré cette violence purement gratuite. « Ils disent être venus pour voler mais leur
premier réflexe a été d'agresser leur victime comme des brutes avant de s'enfuir avec
un maigre butin, ce sont des actes de barbarie! » Elle déclarait les deux prévenus
coupables en requérant trois ans de prison dont un an minimum ferme et le reste en sursis
mise à l'épreuve pour chacun.
Difficile de défendre des « faits pitoyables et misérables » comme devait le
souligner l'un des avocats. Me Desguerrots pour la défense de C.M. souligna que son
client n'était pas co-auteur des faits. « Il est seulement coupable de lâcheté et de
n'avoir pas fait cesser les agissements de cette bande d'excités ». La défense de Cyril
Doray parla d'une «expédition de la beuverie ». « Mon client a été spontané dans
ses déclarations et n'a jamais cherché à se disculper, il ne boit plus aujourd'hui et
travaille régulièrement ».
C.D. a été condamné à un an de prison ferme et deux ans assortis d'un sursis
mise à l'épreuve pendant deux ans, C.M. à huit mois ferme et 28 mois assortis d'un
sursis mise à l'épreuve pendant deux ans. Tous deux devront indemniser leur victime.
M. P. |