Journal du 12 février 2002

Une initiative du tribunal et du pôle ressource santé
Parler pour sortir de la drogue

Alors qu’une campagne est lancée sur le plan national la récente évolution des pratiques de consommation des drogues chez les jeunes préoccupe. Les idées pour ralentir ce fléau sont nombreuses. Au tribunal de Dieppe, les fumeurs de joints ne reçoivent désormais pas seulement un rappel à la loi. Géraldine Bouzard, substitut du procureur, a mis au point avec la collaboration d’Isabelle Robert, directrice du pôle ressource santé, un suivi de ces jeunes.

A l’initiative de la MILDT(1) et du CFES(2), une campagne de prévention contre l’usage des drogues est actuellement mise en place. De nombreuses radios diffusent sur leurs ondes, ce message « Alcool, cannabis, tabac et autres drogues, pour savoir où vous en êtes et faire le point sur les risques liés à votre consommation, vous pouvez taper drogues-savoir plus.com ou appeler le 113, Drogues Alcool Tabac Info service ».

Ce phénomène de consommation de produits illicites bien souvent associés à des produits autorisés, et tout aussi nocifs pour la santé, inquiète, et le tribunal de Dieppe n’est pas épargné. Le récent démantèlement dans la région d’un important trafic d’héroïne, portant sur près de deux kilos, en est une preuve supplémentaire.

Géraldine Bouzard, substitut du procureur, reçoit très régulièrement des consommateurs. Certains sont envoyés vers des cures de sevrage lorsqu’il s’agit de drogues dures mais, en ce qui concerne le cannabis, un simple rappel à la loi leur est fait le plus souvent.

Le problème est pourtant bien réel aujourd’hui, alors que des ministres déclarent ouvertement avoir déjà touché au cannabis, alors que l’évolution semble aller vers la légalisation de certaines drogues jugées peu dangereuses. Un cas de conscience vis à vis de la santé des jeunes qui multiplient les consommations de cannabis, tabac et alcool de plus en plus précocement, se pose.

Isabelle Robert, titulaire d’une maîtrise en psychologie et directrice du pôle ressource santé de Dieppe est désormais là pour prolonger ce «simple» rappel à la loi et faire prendre conscience du danger de cette consommation.

« Une circulaire du garde des sceaux est tombée : elle incite les pouvoirs juridiques à ne pas uniquement se focaliser sur le produit mais sur la personne » explique Isabelle Robert. Souvent, l’animatrice va vers les jeunes, essaie d’instaurer un dialogue avec eux pour les prévenir des comportements à risques. Durant les vacances de février notamment, elle a présenté un CD rom, à des adolescents des Bruyères. Ce CD montre, sous forme d’un jeu, des situations auxquelles les jeunes peuvent être confrontés : « Il s’agit d’utiliser un moyen ludique, c’est un bon outil de prévention, » confie-t-elle. Lors de ces actions, la jeune femme a rencontré Géraldine Bouzard le dialogue s’est installé et a abouti sur un projet. Depuis mai 2001, Isabelle tient une permanence au tribunal de Dieppe en face du bureau de la substitut. Elle y reçoit en moyenne trois jeunes par semaine. Tous « tombés» pour usage de drogue douce.

Être ferme sans être fermé au dialogue

« Le cannabis est une drogue, c’est un produit illégal en France » insiste Isabelle Robert. « Lorsque le jeune consommateur passe au tribunal, on lui signifie qu’il a commis un délit».

Cependant, le projet consiste à l’accompagner afin qu’il s’en sorte. Le rôle du pôle ressource santé est de lui faire prendre conscience qu’il met sa santé en péril. « Bien sûr, souligne-t-elle, je leur explique les effets de ce produit, qu’ils perçoivent eux-mêmes. La plupart du temps, ils sont lucides sur le fait que la consommation d’herbe et de haschich entraîne rapidement des difficultés à effectuer des tâches, à rejeter les contraintes ».

Sa mission tente d’aller plus loin vers le dialogue. Les consommateurs réguliers sont classés sous condition par madame la substitut et reçoivent l’obligation de rencontrer Isabelle Robert régulièrement et ce durant trois mois. Ils sont également contraints de subir des contrôles urinaires afin de s’assurer de l’arrêt de leur consommation.

Pendant cette période, « je rencontre bien souvent les parents pour les rassurer, instaurer un dialogue entre les générations », explique-t-elle, puis, « je consacre beaucoup de temps à évoquer les causes de la dépendance de ces jeunes, à essayer de les comprendre et de les orienter, les aider à vivre sans ces produits » ajoute-t-elle. Fréquemment, des problèmes sous-jacents apparaissent et l’importance de ces entretiens devient déterminante dans l’avenir de ces jeunes qui se retrouvent bien souvent trop seuls face à leurs problèmes.

« Le travail efficace » d’Isabelle Robert comme le souligne Géraldine Bouzard a son utilité. « Les jeunes n’ont pas envie de s’adresser à la justice pour évoquer leurs problèmes » souligne-t-elle. « Certains adolescents communiquent entres eux et il arrive que leurs amis viennent me rencontrer au pôle ressource santé »ajoute Isabelle Robert.

Cette initiative porte ses fruits et montre bien que le rôle de l’écoute et de la prévention est indispensable pour ralentir le phénomène, et surtout éviter, en fin de compte que certains consommateurs de drogues douces finissent par sauter le pas vers l’héroïne.

Briac TREBERT

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