Alors quune campagne est lancée
sur le plan national la récente évolution des pratiques de consommation des drogues chez
les jeunes préoccupe. Les idées pour ralentir ce fléau sont nombreuses. Au tribunal de
Dieppe, les fumeurs de joints ne reçoivent désormais pas seulement un rappel à la loi.
Géraldine Bouzard, substitut du procureur, a mis au point avec la collaboration
dIsabelle Robert, directrice du pôle ressource santé, un suivi de ces jeunes.A
linitiative de la MILDT(1) et du CFES(2), une campagne de prévention contre
lusage des drogues est actuellement mise en place. De nombreuses radios diffusent
sur leurs ondes, ce message « Alcool, cannabis, tabac et autres drogues, pour savoir où
vous en êtes et faire le point sur les risques liés à votre consommation, vous pouvez
taper drogues-savoir plus.com ou appeler le 113, Drogues Alcool Tabac Info service ».
Ce phénomène de consommation de produits illicites bien souvent associés à
des produits autorisés, et tout aussi nocifs pour la santé, inquiète, et le tribunal de
Dieppe nest pas épargné. Le récent démantèlement dans la région dun
important trafic dhéroïne, portant sur près de deux kilos, en est une preuve
supplémentaire.
Géraldine Bouzard, substitut du procureur, reçoit très régulièrement des
consommateurs. Certains sont envoyés vers des cures de sevrage lorsquil sagit
de drogues dures mais, en ce qui concerne le cannabis, un simple rappel à la loi leur est
fait le plus souvent.
Le problème est pourtant bien réel aujourdhui, alors que des ministres
déclarent ouvertement avoir déjà touché au cannabis, alors que lévolution
semble aller vers la légalisation de certaines drogues jugées peu dangereuses. Un cas de
conscience vis à vis de la santé des jeunes qui multiplient les consommations de
cannabis, tabac et alcool de plus en plus précocement, se pose.
Isabelle Robert, titulaire dune maîtrise en psychologie et directrice du
pôle ressource santé de Dieppe est désormais là pour prolonger ce «simple» rappel à
la loi et faire prendre conscience du danger de cette consommation.
« Une circulaire du garde des sceaux est tombée : elle incite les pouvoirs
juridiques à ne pas uniquement se focaliser sur le produit mais sur la personne »
explique Isabelle Robert. Souvent, lanimatrice va vers les jeunes, essaie
dinstaurer un dialogue avec eux pour les prévenir des comportements à risques.
Durant les vacances de février notamment, elle a présenté un CD rom, à des adolescents
des Bruyères. Ce CD montre, sous forme dun jeu, des situations auxquelles les
jeunes peuvent être confrontés : « Il sagit dutiliser un moyen ludique,
cest un bon outil de prévention, » confie-t-elle. Lors de ces actions, la jeune
femme a rencontré Géraldine Bouzard le dialogue sest installé et a abouti sur un
projet. Depuis mai 2001, Isabelle tient une permanence au tribunal de Dieppe en face du
bureau de la substitut. Elle y reçoit en moyenne trois jeunes par semaine. Tous «
tombés» pour usage de drogue douce.
« Le cannabis est une drogue, cest un produit
illégal en France » insiste Isabelle Robert. « Lorsque le jeune consommateur passe au
tribunal, on lui signifie quil a commis un délit».
Cependant, le projet consiste à laccompagner afin quil sen
sorte. Le rôle du pôle ressource santé est de lui faire prendre conscience quil
met sa santé en péril. « Bien sûr, souligne-t-elle, je leur explique les effets de ce
produit, quils perçoivent eux-mêmes. La plupart du temps, ils sont lucides sur le
fait que la consommation dherbe et de haschich entraîne rapidement des difficultés
à effectuer des tâches, à rejeter les contraintes ».
Sa mission tente daller plus loin vers le dialogue. Les consommateurs
réguliers sont classés sous condition par madame la substitut et reçoivent
lobligation de rencontrer Isabelle Robert régulièrement et ce durant trois mois.
Ils sont également contraints de subir des contrôles urinaires afin de sassurer de
larrêt de leur consommation.
Pendant cette période, « je rencontre bien souvent les parents pour les
rassurer, instaurer un dialogue entre les générations », explique-t-elle, puis, « je
consacre beaucoup de temps à évoquer les causes de la dépendance de ces jeunes, à
essayer de les comprendre et de les orienter, les aider à vivre sans ces produits »
ajoute-t-elle. Fréquemment, des problèmes sous-jacents apparaissent et limportance
de ces entretiens devient déterminante dans lavenir de ces jeunes qui se retrouvent
bien souvent trop seuls face à leurs problèmes.
« Le travail efficace » dIsabelle Robert comme le souligne Géraldine
Bouzard a son utilité. « Les jeunes nont pas envie de sadresser à la
justice pour évoquer leurs problèmes » souligne-t-elle. « Certains adolescents
communiquent entres eux et il arrive que leurs amis viennent me rencontrer au pôle
ressource santé »ajoute Isabelle Robert.
Cette initiative porte ses fruits et montre bien que le rôle de lécoute
et de la prévention est indispensable pour ralentir le phénomène, et surtout éviter,
en fin de compte que certains consommateurs de drogues douces finissent par sauter le pas
vers lhéroïne.
Briac TREBERT